Les banlieues brûlent, la démocratie s’éteint !

Un jour, dans huit jours, dans six mois, dans vingt ans ou dans dix siècles, des historiens de l’évolution du monde pointeront ce mois de novembre 2005. Ils dateront ainsi la première manifestation indiscutable du déclin irréversible de l’Etat.

A leur grande surprise, ils n’y retrouveront pas l’illustration des prévisions de Karl Marx qui promettait à ses "hommes nouveaux" une évolution grandiose vers le dépérissement de l’Etat pour atteindre l’organisation ultime de la Cité.

Mais nous ne devrions pas laisser ces flammes, si complaisamment exposées, si abondamment commentées, saturer nos capteurs au point de nous rendre aveugles et sourds. Pendant qu’une certaine jeunesse joue avec des allumettes, d’autres phénomènes qui ressemblent à la répétition programmée et banale d’un quotidien social, prennent soudain des significations nouvelles dont la profondeur semble échapper à la plupart.

Cette violence là en occulte une autre...


UN INVENTAIRE...

Des événements se sont succédés depuis quelques semaines. Sans essayer d’en interpréter le sens à cet instant de notre regard, établissons-en une liste. Sans prétendre à l’exhaustivité, retenons au moins ceux que les médias de toutes natures ont cités. Nous laisserons de côté l’indigence de la plupart des commentaires qui les ont accompagnés, qui les accompagnent toujours, d’ailleurs.

Depuis près de deux mois, mous avons pu observer une série de mouvements dont l’origine relève d’un jeu constant dont le terrain immuable se porte sur tout ce qui, de près ou de loin, relève d’un mythique intérêt public. Ce qui paraît brusquement surprenant, ce sont aussi bien la nature des revendications que les moyens utilisés.

Qu’il s’agisse du Port autonome de Marseille, de la SNCM, des régies des transports urbains dans cette même ville et dans d’autres, de mouvements prévus à la SNCF, à la RATP, chaque fois et dans chaque cas, une dimension s’ajoute dont le moins que nous puissions en dire, c’est que sa nature syndicale peut et doit être discutée. Le tribunal de Grande instance de Marseille ne s’y est pas trompé qui a annulé le préavis de grève déposé par les syndicats de la RTM au motif que les justifications invoquées n’étaient pas acceptables.

Quand il s’agit de modifications réelles ou éventuelles de la nature du capital ou de l’organisation de ces entreprises, il est toujours délicat de faire le tri entre des décisions qui relèvent de leurs "actionnaires" -en l’occurrence l’Etat, c’est-à-dire nous- et celles sur lesquelles les personnels peuvent légitimement prétendre intervenir. A cet égard, des revendications qui touchent des sujets qui relèvent de la délégation de pouvoirs qui permet de passer de la volonté populaire exprimée aux diverses élections politique à sa mise en œuvre sur le terrain sont autant de dénis de démocratie. Ces comportements, en effet, traduisent le sentiment que les personnels de ces entreprises publiques en sont les véritables propriétaires. Ils tentent de saisir la réalité du pouvoir industriel en excluant ceux-là mêmes qui par le jeu de la démocratie représentative sont fondés à l’exercer.
Notons au passage que cet avatar touche de plus en plus de secteurs où les intervenants contestent de plus en plus la légitimité du pouvoir gestionnaire de l’Etat. Justice, enseignement, administration, transports, communications, pas un secteur n’échappe à cette tendance où l’expression du "pourquoi", le choix politique des mesures et de leurs applications semblent être l’objet de ces appropriations illégitimes.

Mais tous ces mouvements présentent au moins deux caractère communs. D’une part, ils développent des méthodes à la limite de la légalité républicaine, voire qui la dépassent. D’autre part, ils manifestent un mépris total des besoins des populations qu’ils sont supposés servir.

Mais en quoi ces ”événements” se rapprochent-ils des manifestations de violence dont les banlieues viennent d’être les lieux, pour ne pas dire les victimes ?

DES RAISONS DIVERSES, UNE MÊME SAUVAGERIE !

A de nombreux titres. Les comportements des personnels en grève comme ceux des ”casseurs” de banlieue s’organisent les uns et les autres dans un climat d’une rare violence. Certes, les “transporteurs” ne brôlent pas de voitures, d’écoles, de mairies, de gymnases et de commissariats mais comment qualifier cette prise en otage constante, répétée et quasiment banalisée d’une population qui n’en peut mais ? Et les agriculteurs anti-OGM qui se prennent pour les chevaliers de l’Apocalypse ?

Mais enfin direz-vous, les “voyous” s’attaquent aux biens de leurs parents, de leurs proches et de leurs voisins, ce n’est pas pareil. Ah oui ? Mais à qui donc, à quoi donc, s’attaquent les grévistes de la SNCM, de la RTM, de la SNCF, de la RATP et demain de l’Education nationale ? Les violences, la violence, qui se manifeste dans ces prises d’otage collectives n’en représentant pas moins des agressions sociales Bien sôr, l’effet n’en est pas immédiatement physique. Cependant, ces comportements entraînent des préjudices affectifs, matériels et, bien au delà, des conséquences économiques importantes. A quoi, si ce n’est à ce patrimoine commun qu’est le service public, financé par l’argent poblic, c’est-à-dire l’argent de tous. Qui rackette-on à la pointe de l’arrêt de travail ? Mais les pauvres, comme disait le ministre Tardieu aux temps de la Troisième : “Aux pauvres mon ami, Ils sont tellement plus nombreux.”

A tout bien prendre ; il serait certainement très instructif de comparer le coût réel des dégats économiques, sociaux et financiers des deux types d’agression que la France vient de, et se pépare à, supporter d’ici la fin de l’année 2005.

En fait, si nous nous donnons la peine de prendre du recul, il n’y a de différence que dans le détail de l’expression. Pour le reste, quels que soient les protagonistes, quel que soit leur niveau de socialisation (bandes informes et réunions minoritaires, organisations syndicales, communautés ethniques, voire purement circonstancielles), la coagulation des acteurs est strictement communautaire, souvent au sens le plus étroit du terme en ce que la communauté se limite à la conjonction d’intérêts corporatifs. Tout est bon, le mensonge au besoin pour justifier la mise en coupe réglée de ce qui n’est pas le groupe et que la collectivité agressée soit locale, régionale ou nationale.

Mais, encore une fois, même si certains mouvements présentent une apparente légitimité, le recours à certaines méthodes traduit le mépris total de la société concernée. Car, enfin, qui paye ? Dans le cas de la SNCF, par exemple : qui supporte le déficit de la division frêt, fût-elle une filliale ? Un déficit dont l’organisation, les méthodes et le narcissisme de certaines catégories de personnel, relayés par des organisations syndicales parfois irresponsables sont à l’origine des déboires.

Ces symboles ne sont plus des instruments du développement mais souvent des freins. Comment Marseille effacera-t-elle la fletrissure de son image ? Le port, assassiné par des dockers qui ont éloigné la majorité des trafics maritimes vers Gênes et Barcelone. La ville où les commerces, les PMI-PME, ne se rélèveront qu’en partie de ce suicide collectif qu’une minorité de travailleurs aura imposé à une population impuissante.

Les agents de la SNCF, ceux de la SNCM, ceux de la RTM, les membres de l’Education nationale toujours soule même prétexte d’un souci du public poursuivent sansrelâche le seul et même objectif d’assurer leur bien-être indivuiduel au moyen d’une action collective sans se poser la question, un seul instant, de l’équilibre qu’ils détruisent en rompant le paxte social et sociétal qui fait de notre ensemble une nation.

Et c’est en manifestatnt délibérément leur indifférence au groupe qu’ils le détruisent et qu’ils rejoignent les émeutiers banlieusards. Si ceux-ci n’ont pas d’excuses, c’est que rien ni personne ne leurs ont jamais inculqué l’idée d’appartenance. A-t-on jamais réfléchi que ces “droits-de-l’hommistes” en intrerdiasnt lapublicité des origines de chaque Français ont exclu ces jeunes del’espace culturel commun en les renvoyant ipso facto à une culture devenue clandestine parce que niée. Nous n’en avons pas fait des Français, nous en avons fait des parias. Moins alphabétis&s que les cheminots, les transporteurs divers, les marins, les dockers et les enseignants, l’organisation qui nous réunit, la société, n’a pas d’exisence à leurs yeux La régle commune, lesquelques gestes quotidiens qui permettent aux uns et aux autres decohabit sont lettres mortes à leurs yeux. Leur comportement est un comportement de sauvages dans la mesure où chacun de leurs gestes est prédateur.

Que cela puisse s’imaginer, voire se comprendre, ne devrait pas conduire pour autant à culpabilisation générale, publique, laïque... et obligatoire. Quant à ceux que le groupe a nourri, que le groupe a éduqué, auquel il a donné d’amples responsabilités qui vont de la jouissance de la liberté de se déplacer, de se chauffer ou de se nourrir, d’intégrer la communauté en distribuant les outils les plus élémentaires de la communication sociale (lire, écrire, compter, observeret rendre compte de son observation), plus que d’autres, ils devraient se souvenir en toutes circonstances qu’ils sont là pour servir la communauté qui les finance.

Bref, dans tous les cas, nous sommes à la fois acteurs et victimes d’une même maladie : pour quelques uns, nous avons oublkié que nous sommes la société ; pour d’autres, ils ne l’ont jamais su. Les devoirs s’effacent devant les droits. Des droitsqui ne s’achètent plus à la porte mais qui se distribuent sans un regard pour ceux et celles qui en deviennent les jouisseurs.

Et l’Etat ? La profonde et bien sonnue pensée de Pierre Dac : “quand les bornes sont dépassées, il n’y a plus de limites” semble à merveille résumer la situation. Peut-être que la mention de l’état d’urgence, établi puis prorogé aura pour un temps une valeur dissuasive. ”On” brûlera moins et nous aurons le faux sentiment d’un calme revenu. Mais qui ramènera le goût de l’intérêt collectif ? Où est-il cet Etat qui laisse condamner pour pédophilie des innocents dont les juges n’écoutent les cris que trois ans plus tard sa&ns mêmechuchoter la mise en cause du ou desresponsables ? Où est-il cet Etat qui se laisse tondre et qui abandonne ses prérogayives régaliennes aux mains du premier quarteron pour peu qu’il donne de la voix. Où est-il cet Etat qui devrait distribuer moins de chèques et collecter plus bonne volonté citoyenne ?

Qui va enfin poser la question de la fragmentation de la France en groupes dont les rapports sociétaux ne s’expriment que par des conflits ? Sommes-nous devenus si aveugles que nous ne percevons pas que rien ne nous uni plus ? Et si sourds que nous les clameurs égoïstes d’une minorité nous laissent indifférents. Qui dira que certaines actions collectives s’apparentent à desactes d’abus de biens sociaux ?

Et puisque nous en sompmes là et en supposant que la lueur des flammes commence à exciter nos rétines, qu’est-il encore possible de faire, histoire de ralentir la marche à l’abime ?

ENCORE UNE MINUTE, MONSIEUR LE BOURREAU...

La théorie macrosociétale est un merveilleux donaine où tout est permis parce que tout est virtuel. Hélas, là comme ailleurs, les difficultés commencent au moment du “passage à l’acte”. A la différence près que si la psychanalyse est d’ordre intime, ce qui nous menace aujourd’hui a une portée collective.

Notons au passage que les ricanements internationaux qui saluent nos comportements cachent souvent mal les errements planétairement observables.

Peut-être bien que le chômage constitue un des facteurs importants du désinterêt sociétal manifesté par de nombreux gamins, adolescents, jeunes filles (encore qu’il y en eut peu), jeunes gens et moins jeunes.Peut-être ? Ce qui est sûr, en toiut état de cause ce qu’il paraît interdit d’imaginer quelqu’autre raison au déchaînement de ces dernières semaines.

Pourtant, même les plus délurés, interrogés avec complaisance par dies médias affamés de mode, n’ont jamais formulé quelque revendication qui aillet au delà du retrait de la force publique dans les délais les plus brefs et de la licence d’agresser sans être poursuivi.

[A ce propos, il y a eu, dans un passé relativement récent, à des échelles collectives, initiées par certaines grandes surfaces provinciales, des tentatives de “socialiser” des adolescents “perdus” en les recrutant sur un programme en deux temps D’abord, placés entre les caisses et les sorties, ils devaient aider les clients à remplir leurs sacs à provisions, voire à pousser les caddies jusqu’aux voitures pour aider à les charger. Le programme, ensuite, devait les conduire dans le magasin, une fois qu’ils se seraient intégrés à la communauté des employés.Aussi, regrettable que cela ait été, le programme en question n’a pas duré longtemps : l’absence de ponctualité, de fiabilité, l’absence aussi de toute ambtion professionnelle manifestée de manière quasi générale par les engagés, tous volontaires pourtant, ont été fatales au projet.
Et l’exemple n’est pas unique.Il a été vécu par de nombreuses PMI-PME.]

Alors, tout est problème d’éducation où celle-ci se propose pour objet de commencer par donner à l’être qu’elle gère les éléments fondamentaux de la socialisation : ceux qui permettront au sujet d’intégrer la société grâce à l’acquisition des codes en vigueur.

Cela signifie que dans l’état actuel des choses, la population est diviséeen trois catgories distinctes mais toutes souffrant du même mal sous des formes différentes : une désocialisation inconsciente :

- les enfants socialisables dans une école communale améliorée ;
-  les adolescents “perdus” ;
- les adultes dévoyés.

Au cas par cas, les membres du premier groupe seront soit laissés dans le sein de leur famille avec un accompagnement véritable de travailleurs sociaux responsables et contrôlés, soit regroiupés dans des internats oùilsapprendront, entre autrees, à vivre en commun..

Les membres du second groupe sont autant d’êtres aux yeux desquels la société n’existe pas, n’a jamais existé et qui ont développé une “éthique” qui repose sur l’obéissance à l’impulsion quelle que soit sa nature. Bref, à une totale absence de sens moral par défaut d’appartenance, sera peu à peu substituée la matérialité du groupe, les avantages qu’il apporte et la nécessité de se conformer à la règle pour survivre.

Les membres du troisième groupe sont le produit d’un monde de l’assistance où l’amlbition indivduelle a été remplacée par la poussée collective. Pour avoir perdu la conscience de soi-même, il n’y a plus que la foule. Retrouver le sens de l’appartenance est un processus qui passe par la réinvention de l’individu. Dans la mesure où ce patchwork n’existe que par la crainte de se retrouver seul, le principe de la démarche à suivre est évident : individualiser. Individualiser la vie, les choix, les fonctions, les rémunérations, les choix. A chacun son droit mais après qu’il aie choisi de remplir son devoir. Réinventerl’ambition. Rétablir, établir plutôt, toutes les balises qui différencient. Diviser pour régner ? Non, particulariser pour naître. Les fonctions distribuées selon les compétences manifestées sur le terrain, les rémunérations au mérite, les opinions originales... tout sera bon pour que chaque voix exprime son ambition.

Avons-nous jamais réfléchi, par exemple, à à la perversité que représentent nos prétentions anti-racistes ? Oblitérer les origines en interdisant d’y faire référence, c’est effacer les cultures premières sans pour autant ancrer la culture doninante. C’est donc exclure plus surement en supprimant définitivement la possibilité de lancer des ponts. Toutes ces références, immédiates et inconscientes pour un fils, une fille, une petite-fille, un petit-fils, bien-de-chez-nous, demeurent l’étrange et l’inconnu pour un enfant de l’étranger. Comment parler de saisons à un enfant, à un adulte même qui ne connaissent qu’un été éternel ? (Eh oui, cet exemple est tiré de l’expérience d’une de nos amies qui ”alphabétise” des étrangers de toutes origines depuis des années.) Ce n’est pas parce que le politiquement correct interdit la mention de l’origine que l’acculturation en découle. C’est pourtant l’illusion qui fonde ce “modèle français” dont la virtualité est apparente. Jamais un enfer n’a été pavé d’aussi bonnes intentions.

Le résultat ? Des enfants sauvages, des communautés qui groupent aussi bien des professionnels que des ethnies mais en aucun cas des citoyens attachés à leur communauté nationale et conscients qu’il n’est pas un droit qui ne prenne sa source dans un devoir.

En ces matières là, personne ne peut rien apprendre à personne. A la grande rigueur, il est possible de montrer. Encore qu’un geste apprécié par mille témoins donne une image rarement conforme à l’objet. Déjà inanimées, ces mille images dues à ces mille témoins ne représentent bien souvent, que l’explosion du faux. Aussi, chacun, muni de son propre regard, devra débrouiller les cendres et construire sa propre partcipation.

Qu’en pensez-vous ?


samedi 3 décembre 2005 (Date de rédaction antérieure : décembre 2005).