La croisade écologique ou le retour aux temps obscurs

Après une poursuite de dix ans, Oussama Ben Laden vient d’être retrouvé et abattu. Un succès après tant d’échecs qui réjouit les Américains à plusieurs titres, tant sur le plan de la sanction du responsable idéologique de l’attentat le plus meurtrier jamais perpétré sur le sol des Etats-Unis que sur sa responsabilité opérationnelle dans le "djihad", cette guerre menée sans répit contre les nations occidentales et leurs alliés.

Cela dit, le "djihad", s’il est bien une guerre, n’a jamais été mené comme une guerre classique et l’organisation matérielle d’al Qaïda n’a aucun rapport avec nos constructions hiérarchiques. Si nous prenons un peu de recul en nous attachant aux aspects politique, stratégique et tactiques de cette organisation, il apparaît que nous faisons face à un réseau systémique. Sans nous étendre sur ce cas particulier, quelle que soit par ailleurs son importance, nous vous suggérons, chères lectrices, chers lecteurs, de vous reporter aux numéros 53, daté de décembre 1992, "De l’arbre au réseau, la nouvelle entreprise", 117, daté d’avril 1997, "Une stratégie collective, des tactiques individuelles" et, enfin, 194, daté de septembre 2003, "Physiologie d’un réseau systémique". Disons que le génie de Ben Laden est d’avoir compris ce que de nombreux dirigeants des mondes politique et économique semblent ignorer encore : nous sommes passés du monde de la tactique à celui de la stratégie où la survie repose sur l’abandon des modes d’organisation antérieurs au profit d’un schéma plus approprié à l’importance nouvelle des individus.


Le poids de la mouvance écologique s’affirme un peu plus chaque jour. Ce n’est plus un ensemble de re-commandations qui s’appliqueraient à des choix éventuels de comportements individuels ou collectifs mais un corps d’ukases, de mises en demeure et d’excommunications. Le champ en est chaque jour plus étendu et rien n’échappe à ces nouveaux chevaliers d’une croisade si violente qu’il devient intéressant d’en exami-ner les méthodes et d’en rechercher le moteur.

Bref, un univers de pessimistes sectaires qui attendent la catastrophe pour nous crier avec une joie mauvaise : "Hein ! On vous l’avait bien dit !"

UNE DÉRIVE SÉMANTIQUE OU COMMENT FAIRE DE LA POLITIQUE AVEC UN SUJET COMPORTEMENTAL

L’attrait que suscite l’écologie peut aisément se comprendre. Qui pourrait demeurer indifférent à la pollution de l’air et de l’eau ? Qui pourrait demeurer indifférent à l’apparition de "hoquets" climatiques, à la multiplication des marées catastrophiques, des inondations ou des tremblements de terre, des périodes de sécheresse inattendues ? Personne évidemment. Tous, sans distinctions d’âge, de sexe, de fonctions, de religion, de choix philosophiques, nous sommes concernés. Nous respirons tous et toutes le même air, nous buvons la même eau et, même si nous ne mangeons pas les mêmes choses, nos nourritures à quelques détails près, ne présentent pas de particularités physiques, biologiques et chimiques qui introduiraient des différences fondamentales.

La déclinaison du préfixe "éco" n’en finit pas d’envahir nos univers, même les plus intimes. L’écologie, au départ ? Une désignation innocente d’un intérêt porté aux interactions entre l’Homme et la nature dans laquelle s’organisent son habitat, sa vie et son développement. Puis, le temps passant, la voilà transformée en science mais une science un peu particulière. En effet, l’opinion publique accepte qu’il faille des propriétés particulières pour être biologiste, chimiste, géologue, mathématicien, physicien et/ou autres spécialités de même caractère mais en ce qui concerne l’écologie, il suffit de s’autoproclamer écologiste pour acquérir aussitôt une expertise indiscutable, voire un statut. Alors que toutes et tous, nous partageons les mêmes conditions générales (qui pourrait soutenir que Neuilly, Auteuil et Passy sont moins pollués que l’Hôtel de Ville ou la Seine-Saint-Denis ?), que nous en souffrons tous quotidiennement, com-ment peut on soutenir sans rire sous cape, qu’il existe une inquiétude de droite et une inquiétude de gauche. Et si l’on souhaite poursuivre la plaisanterie plus loin jusqu’aux limites de l’absurde, il serait probablement possible de démontrer que la nourriture des "riches" est "écologiquement" plus meurtrière que celle des "pauvres"…, ce qui rend plus que discutable une argumentation colorant l’influence de l’Homme sur l’environnement à grand renfort de pigments d’origine politique.

Il est aussi intéressant d’observer les sujets que cette écologie militante, sectaire et violente aborde en priorité et ceux qu’elle abandonne, voire qu’elle ignore. Par exemple, pesticides, O.G.M, nucléaire pour n’en citer que les plus populaires vs un grand nombre de décisions administratives nationales ou européennes comme l’interdiction de capter de l’eau des cours d’eau l’hiver pour l’emmagasiner en vue des sécheresses du printemps et de l’été (nous sommes les seuls en Europe à prohiber le stockage des hautes eaux d’hiver), l’autorisation d’utiliser des graisses végétales de qualité inférieure pour la fabrication du chocolat, le refus d’une politique de recherche en matière d’alimentation et de semences…, pour ne citer que quelques cas parmi une
multitude. Le problème avec les modes d’opinion, c’est que ce sont des modes. Indiscutables parce qu’affaires de convictions plus souvent d’origine affective et, par conséquent, fermées à toute échange rationnel. Le principe de précaution, par exemple ! L’idée, élémentaire pourtant, que tout ce dont nous disposons pour évoluer quotidiennement n’a été possible que parce que quelqu’un, quelque part, quelque jour, s’est affranchi de tout principe de précaution pour essayer le fruit de son imagination.

En fait, ce principe de précaution est une des plus belles inventions générées par la pratique d’un conservatisme qui n’a jamais osé s’exprimer clairement et qui anime pourtant une grande majorité des membres de l’espèce et dont on re-trouve la manifestation tout au long de l’histoire de l’Humanité.

LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION ? LE MASQUE DE LA PEUR ANIMALE !

Depuis que le monde est monde, il existe deux moteurs d’unanimité.

Le premier, fondé sur l’aspect inconnu du "jour d’après", est la peur qui débouche immédiatement sur une pratique, celle de la haine. Merveilleux équilibre ! La peur paralyse et la haine pousse à l’action. Maintenir le statu quo :"on sait ce que l’on a, on ignore ce que l’on risque d’avoir !" et un aphorisme chuchoté : le pire est toujours sûr !

Le second, fondé sur la curiosité et le désir d’évolution, est l’espoir qui pousse vers l’évolution, le changement, la correction des insuffisan-ces, bref le moteur du progrès. Certes, la peur est toujours présente mais le désir d’explorer et de conquérir l’environnement sont plus forts que le destin du repli sur soi et du refus de regarder l’évolution du monde.

Seulement voilà, s’avouer couard, c’est entrer dans la peau d’un personnage peu séduisant, c’est laisser à l’entreprenant une figure de proue, lui apporter la gloire éventuelle car, contrairement à l’adage fondateur du conservatisme, le pire n’est pas toujours sûr , plus grave même, ce pire n’apparaît que fermement sollicité avant même qu’un geste nouveau soit entrepris, juste envisagé parfois. Triste paysage, triste humanité… et c’est alors qu’un esprit déluré invente le Principe de précaution. En un clin d’œil tout s’éclaire, l’impénitent froussard d’hier devient un notable sage, réfléchi et conscient de protéger l’avenir de l’espèce. Fini de battre en retraite couvert d’ignomi-nie, la pusillanimité s’est à jamais effacée pour laisser la place à une opinion consciente de ses responsabilités vis-à-vis d’elle-même et de ses semblables. La contrepartie bien sûr existe : c’est la lente régression sociale, la stagnation et, probablement à terme, la disparition de l’indépendance du groupe. Les forces vives, les inventeurs, les chercheurs, les découvreurs, brimés, ligotés dans un monde d’idées reçues, régulés par des applications dogmatiques qui tentent d’adapter le monde à un immobilisme intellectuel plutôt que de laisser l’évolution créer un monde en constante évolution, ne manqueront pas de fuir ce monde où la poussière étouffera peu à peu toute respiration.

Tout est objet de jugements passéistes, de souvenirs d’un passé mal digéré. Tout raté est exalté et tout progrès mesuré à l’aune des risques pris qui auraient dû nous noyer sous les catastrophes. Le progrès passé lui-même est réexaminé, ses apports réévalués au point que les progrès sont remis en question. Ce retour programmé à la lampe à huile (encore que la combustion de l’huile soit polluante) et à la marine à voile, les remises à l’ordre du jour de comportements rétrogrades qui nient les bénéfices pourtant quotidiens qu’apportent les sauts dans l’inconnu accompagnés de leurs prises de risques, vont entraîner très vite une baisse du niveau de vie, au sens le plus large. La qualité de la vie, l’exigence de santé, l’alimentation, tous ces conforts dont nous avons l’habitude vont se rétrécir et la population risque de ne pas l’accepter aussi facilement. Alors, là encore, se met en route le mécanisme de la peur, de la culpabilité, orchestrées autour du terme majeur de notre responsabilité individuelle dans le déclin de la planète. Coupables, nous sommes tous coupables. Le mot est lâché et avec lui la dénonciation du comportement destructeur, narcissique, égoïste de l’Homme, sans distinction d’âge ou de sexe. Coupables d’avoir mis la planète en coupe régulière, c’est à nous de réparer en économisant sur tout. Pour peu que le rendement des cultures diminue, ce qui ne manquera pas si l’on suit la critique des productions de masse, les thèses malthusiennes vont vivement se répandre. Déjà le problème commence à se poser des conséquences de l’allongement de la vie, assaisonnées d’un refus de l’allongement de la vie active.

Mais qu’est-ce qui alimente en amont ce type de réflexions comme les solutions qu’elles ne manqueront pas de suggérer et dont nous vous laissons le loisir d’examiner celles qui viendront le plus vite à l’esprit ? Un raisonnement simple, pour ne pas dire simpliste, qui nous est suggéré par cette vision d’un monde où tout à une limite que nous semblons être à deux doigts d’atteindre, fatale, inéluctable : tout ce qui est du ressort de l’application de l’ingénuité humaine est limité. Les ressources alimentaires, minières, en énergie, etc…, leur transformation en produits, s’appuient sur une richesse de la planète limitée. C’est un gâteau, il n’est pas inépuisable et pour le faire durer, un seul moyen, l’économie d’abord et demain, sans doute, la restriction. Une restriction d’abord égalitaire, puis très vite, sous le prétexte que certains trop jeunes (mais si, on y viendra aussi) ou trop vieux, ne présentent pas le même intérêt pour le développement, qui deviendra indexée sur la notion d’utilité socio-sociétale.

Combien de sacrifiés nous préparons-nous à accepter en fermant les centrales nucléaires ? Quelle chute du niveau de la vie de tous les assistés d’aujourd’hui et de demain (dont le nombre ne manquera pas d’augmenter si nous continuons à réclamer une politique de restrictions) et bientôt du reste de la population, si nous continuons à nous gargariser de panneaux voltaïques et de ventilateurs gigantesques pour nous offrir la quantité sans cesse croissante d’énergie nécessaire ? Sans doute, cette politique apparemment astucieuse, semble-t-il pour le moment, payante. De "riches" accapareurs exploitent une multitude de "pauvres" ! Nous pourrons ainsi, quelque temps encore, de nous rassurer en croyant que la solution réside dans la dénonciation des nantis. Pessimistes, dénonciateurs des responsabilités des autres, armés du refus de l’évolution, il devient impossible de remettre en cause ce postulat de la limitation des ressources.

L’idée n’est pas rassurante qui exprime que notre développement dépend moins des ressources de la planète que de nos capacités d’imagination et du désir effectif d’évolutions dans un univers où tout progrès comporte non seulement des risques mais aussi de la capacité d’en prendre et d’en assumer les conséquences . Non seulement, le pire n’est pas toujours sûr mais dès lors que l’on en accepte la possibilité, les mécanismes de prévision et de gestion sont affaire d’efforts à notre échelle.

[A cet égard, il serait intéressant de voir et d’étudier dans le détail en quoi les accidents de Tchernobyl et de Fukushima diffèrent aussi bien dans leur origine que dans leurs conséquences. Examiner en quoi les enseignements de la première ont été mis en œuvre à Fukushima, examiner aussi en quoi le deuxième accident, pour dramatique qu’il ait été, n’a pas été aussi destructeur que le premier.

Plutôt que de hurler à la sortie du nucléaire et envisager d’un cœur léger cette condamnation à une inévitable récession, ne serait-il pas plutôt raisonnable d’étudier et de mettre en œuvre les diverses améliorations qui pourraient être apportées à la sécurisation des sites ? A la lumière des insuffisances criantes relevées au Japon, ne serait-il pas plus positif de resserrer la méthodologie de gestion des risques ? Enfin, les recherches sur la fusion ne pourraient-elles faire l’objet d’une campagne internationale ?]

Récemment le changement de majorité d’un des Etats de la République fédérale a entraîné la fermeture prochaine des cinq centrales nucléaires situées sur le territoire considéré. Il est intéressant de constater que des restrictions de l’approvisionnement en énergie n’aient pas été envisagées. Sans doute attend-on des voisins qu’ils se fassent un plaisir de combler le déficit en production d’énergie en forçant la production de "leurs" centrales ? Ou bien, parce que la demande continuera à augmenter, cet Etat envisagerait-il le retour à des centrales fonctionnant au charbon, au gaz, aux carburants verts (dont la teneur en carbone ne manquera pas d’augmenter la pollution en CO2 vigoureusement dénoncé par ailleurs) ?

CEUX QUE JUPITER VEUT PERDRE…

Prisonniers de ce rejet sur l’autre, les autres, de la responsabilité des mécontentements personnels ou collectifs, plus rien ne peut être considéré comme relevant de l’individu. Chaque échec doit être attribué à d’autres et, finalement, rien n’est plus commode que de partager le monde en deux. Cette dichotomie a été longtemps, est encore notre seul mode de conquête du monde. Quoique l’on se rende de plus en plus compte que le modèle qu’elle caractérise ne permet plus d’interpréter les événements quotidiens. Pourtant, le recours permanent à des schémas obsolètes évite de remettre en cause, les analyses et le comportement du plus grand nombre. A cet égard, l’invention d’une écologie politique permet d’éviter toute fondation d’une réflexion originale. Envisagée comme un objet d’idéologie, réécrite et "relookée", l’écologie, cette étude des problèmes liés aux rapports de l’Homme et de la Nature, de leur évolution et de leur gestion, décourage toute tentative de réflexion originale qui prendrait en compte les inadaptations d’un modèle dépassé.

En fait, il ne s’agit pas seulement d’acoquiner l’écologie à une conception qui privilégie le partage du profit en se désintéressant de sa création. Ce qui se cache derrière ce discours culpabilisant, effrayant et apocalyptique, c’est toute une vision du monde et de la place qu’y occupe le vivant.

Pour un écologiste militant, l’Homme n’est qu’un locataire de passage sur une Terre qui ne lui appartient pas. Pour un peu, il ne serait même que toléré et devrait se comporter comme étant "au service" d’une entité indépendante qu’il serait là pour entretenir. Ce modèle qui repose sur l’effacement littéral de l’Homme devant sa planète, traduit et interprète parfaitement le comportement des écologistes, les ukases qu’ils proclament, les interdits et les excommunications qu’ils distribuent et, particulièrement, la diabolisation permanente du progrès. Ils sont aussi bien les Jacques brûlant le château du seigneur, les lapidateurs de la femme adultère, les Luddites casseurs de machines, les contempteurs de Bernard Palissy et les opposants farouches à tout ce qui apporte un progrès né de l’intelligence humaine. Bref, à leur façon, ils portent et nous font porter le poids d’un péché originel, sans doute le crime commis par Adam et Eve pour avoir arraché sans discernement une pomme sur l’arbre du bien et du mal, au risque d’en abîmer la récolte future.

Bref, une continuité sociale qui renvoie aux grandes peurs du Moyen-âge, la peste, la sorcellerie, la différence, l’avenir et leur corollaire principal, le repli sur soi et le refus viscéral de tout ce qui risque de bouleverser les habitudes, les modes de pensée et les comportements. Le principe de précaution sans masque ! De quoi faire frissonner les mânes de Jenner, de Pasteur, de Gramme, d’Einstein et de tous les pionniers qui, revenus aujourd’hui, seraient soumis à la pression des allumés du repentir.

Un cocktail simple, toujours apprécié parce que flatteur de la sclérose intrinsèque qui anime notre regard sur l’avenir. Sur un fond de peur, des fanatiques bâtissent le rejet irrationnel de tout ce qui inquiète parce qu’incompris et sur quoi peuvent se cristalliser toutes les craintes . Ainsi, nous acceptons sans frémir les milliers de morts sur les routes et les décès, tous les ans répétés, de milliers de grippés, mais nous n’osons pas appliquer la même comptabilité sur les prix des accidents de Tchernobyl et de Fukuschima rapportés à leur fréquence. Un principe de précaution véritable, envisagé par des adultes responsables, n’hésiterait pas à inscrire au bilan tous les passifs mais aussi tous les actifs, sans se laisser aller à des considérations qui ne sont que des extrapolations affectives. Celles-ci ne reposent que sur des éventualités vite réifiées en certitudes.

Non, l’écologie n’est pas un fait politique mais elle constitue le paravent d’une vision rétrograde de l’humanité, de son développement et de l’avenir qu’elle semble construire. C’est cette vision qui se traduit en une politique dont le fait écologique qui nous est imposé par des sectaires irresponsables, s’appuie sur la peur du lendemain dont seuls la reconnaissance d’une culpabilité originelle de gaspillage et un comportement de repentance, nous ouvrirons les portes de la rédemption. Que trouverons-nous après en avoir franchi le seuil ? Eh là, mais vous en demandez trop, contentez-vous d’être coupables, condamnés,
soumis !

Alors, allons-nous continuer à nous faire dicter nos comportements par ceux qui exaltent nos peurs les plus irrationnelles apparemment justifiées par des manipulations d’accidents toujours biaisées parce que fondées sur des informations incomplètes ?

Qu’en pensez-vous ?


mardi 20 septembre 2011 (Date de rédaction antérieure : mai 2011).