La politique !... Vous connaissez ?

Il y a des mots, des attitudes, des commentaires qui auront marqué pour longtemps le climat politique de notre pays. Comment cela s’exprimera-t-il dans notre vie quotidienne ? Ce serait une erreur de considérer le passé pour tenter d’imaginer l’avenir : il ne suffit pas de nier une rupture pour n’en pas subir les conséquences.


Une campagne électorale s’achève. Une ? Non, compte tenu des circonstances, de la réalité quotidienne, c’est de "la" campagne électorale qu’il s’agit. Une campagne qui a commencé en fin 2006, interrompue par une élection de 2007 dont les résultats n’ont jamais fait loi auprès d’une partie importante de l’électorat français. Plaisanterie ? Soyons honnête et reconnaissons que trois mois après les résultats, seuls un gros tiers des électeurs se déclaraient satisfaits de leur président… et cela n’a jamais changé depuis.

Un jour, sans doute, un observateur plus curieux que d’autres, se penchera sur le vocabulaire qui aura été, qui est encore, pratiqué par les oppositions de tous horizons. Ce n’est pas par hasard qu’au delà des "noms d’oiseaux", un des candidats aie commencé un de ces récents discours en parlant de "l’autre", pas plus que la réaction de mme Royal à l’annonce d’un éventuel financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par Khadafi où a jailli spontanément une mise en cause de la "légitimité" de l’élu ! Oui, aux yeux d’une grande partie de nos concitoyens et si l’on en croit leur vocabulaire, notre Président actuel est un usurpateur et son rejet éventuellement réalisé n’est qu’un "retour à une situation normale" dont on se demande encore comment elle a pu être, momentanément heureusement, abandonnée.

Les "Humeurs stratégiques" n’ont jamais eu de goût pour les cris de Cassandre et les prévisions de Mme Soleil, pas plus que pour les "attendez-vous…" de Geneviève Tabouis. Mais si l’on se fonde sur le ton et les contenus des arguments proposés au cours des interventions des uns, des autres et de leurs partisans, le rassemblement opéré n’a d’unité que dans le rejet du Président actuel. Nous pouvons donc raisonnablement supposer que cette apparente unanimité explosera à l’instant même de la proclamation des résultats, quels qu’ils seront.

Il y a des mots, des attitudes, des commentaires qui auront marqué pour longtemps le climat politique de notre pays. Comment cela s’exprimera-t-il dans notre vie quotidienne ? Ce serait une erreur de considérer le passé pour tenter d’imaginer l’avenir : il ne suffit pas de nier une rupture pour n’en pas subir les conséquences.

POLITIQUE

Revenir sur les circonstances présentes, reprendre les propositions des uns et des autres, analyser la manière dont l’ensemble des médias en a rendu compte ? Ciel ! Quels que soient notre curiosité, notre goût de la chose politique, l’acuité de notre regard –les vôtres ?- tous nous ne respirons plus que "présidentielles" et, en fin de compte, trop c’est trop !

Alors, sans perdre de vue le moment que nous vivons, offrons-nous le luxe de quelques considérations théoriques que nous tenterons ensuite d’appliquer à une intelligence nouvelle de la situation.

La politique, rappelons-le une fois encore, c’est l’expression d’une vision. Son "à quoi ça sert ?" n’est autre que le moteur qui nous pousse à chercher à comprendre pour tenter d’agir, le "pourquoi ?", en quelque sorte, de cette recherche, inconsciente ou consciente qui nous anime tous sur le chemin de nos vies. Cette vision que nous matérialisons pour pouvoir passer du rêve à la réalité au cours d’une opération qui constitue une autre étape essentielle du développement de la pensée précédant l’action, la formalisation stratégique. Ce moment qui affiche les repères qui conduisent à la réification de la politique, son "où va-t-on ?", si l’on préfère. Il n’y a plus, enfin qu’à choisir entre les différentes chemins qui peuvent mener à cet "où" et les suivre.

Mais oui, mais oui, ce sont là des redites tant de fois présentées que vous les connaissez maintenant au point d’en être lassés. Pourtant, à leur lumière, ce qui vient de nous être présenté peut-il être considéré comme l’offre d’une vision ? Au cours de cette campagne qui s’achève, avons-nous entendu un débat de politique ? Oui, non ? Question de point(s) de vue, sans doute !

C’est la crise, le monde change, tous semblent le découvrir (c’est même le slogan principal d’un des candidats). Le chômage, le déficit des comptes publics, le déséquilibre de la balance commerciale, le "trou" de la Sécurité sociale, une école à vau l’eau, …, ce n’est plus un constat, c’est un relevé. Quand la situation est à ce point dégradée, que les mesures prises semblent ne pas être suivies des effets qu’on espère, n’est-il temps de s’arrêter un instant pour réfléchir sur des bases nouvelles ?

Et puis, le temps ne presse pas à ce point. Certes l’eau monte mais cesser de tenter d’écoper avec une cuillère à café ne changera pas grand chose… Surtout si nous profitons de la pause pour changer de regard. Voyons un peu !

Par exemple, si au lieu de chômage, nous nous intéressions à l’emploi ? A quoi servent les emplois ? A nous alimenter en objets divers, aussi bien matériels qu’immatériels qui sont offerts à la satisfaction de nos besoin et de nos désirs. Mais l’acte de satisfaction passe par la dépense, or celle-ci est conditionnée par le pouvoir d’achat dont le montant est lié aux rémunérations, lesquelles sont liées à l’emploi… Et nous voilà reparti dans un tourbillon sans fin, un parcours en boucle. Et pourtant, c’est bien comme cela que tout marchait jusqu’ici, non ? Comment cela se fait-il que "ça" ne marche plus ? Quel est le chaînon qui a craqué ? Le premier, la consommation peut-être ?

La consommation ? Parler de consommation, c’est passer à l’offre. Celle-ci est supposée répondre à la demande ; mais si nous regardons la chose de plus près, nous pouvons constater que, depuis des années, l’offre qui nous est proposée est moins la traduction de nos demandes que des réponses proposées à des questions reformulées par les fournisseurs. Il ne s’agit plus alors de satisfaire des besoins "naturels" mais de nous pousser à satisfaire des besoins artificiellement créés. Aussi, peu à peu, cette offre est devenue une accumulation de "superflu" au point que le processus de création de valeur s’est inversé : de cause, la consommation est devenue conséquence . Les conséquences de cette déviation sont considérables. D’une part, une diminution de la demande qui entraîne une suppression d’emplois et une baisse du montant des liquidités disponibles. Moins de demande entraîne simultanément une crise de création de produits nouveaux, donc de création d’entreprises qui auraient répondu à une demande nouvelle si celle-ci avait été réellement écoutée. Une fois, le processus engagé, il s’alimente de lui-même.… Le résumé est un peu sec : nous n’avons parlé ni de recherche, ni d’investissements, ni de création de la valeur ni de l’abandon de la recherche d’un profit capitaliste au profit d’un profit financier, un ensemble de facteurs dont l’addition a contribué à l’effondrement socio-sociétal dont nous sommes aujourd’hui auteurs, acteurs et victimes.

STRATÉGIE

Parmi les conséquences de cette différence de regard où la consommation est devenue effet, l’emploi passe à l’état de cause. Une figure de style ? Loin de là : il y a aujourd’hui près d’un siècle, au lendemain de la Grande guerre, Henry Ford s’est lancé dans la fabrication en masse d’un véhicule automobile dont le premier client, la cible, devait être le personnel de ses usines. Il a donné l’exemple d’une réussite où la création de l’emploi a entraîné celle d’un marché.

La création d’emplois ne peut être que le résultat d’une volonté . Elle suppose des investissements qui ne peuvent être que le résultat de la mise en œuvre d’une politique formalisée dans une stratégie de développement industriel. Mais ce développement ne peut se produire que s’il sous tend une intelligence retrouvée de la création de valeur. Il s’agit donc de réamorcer le processus qui crée de la richesse dans des conditions actuelles :

étudier les besoins sans références à une offre prédéterminée,

rechercher des réponses adaptées, inventer,

fabriquer,

distribuer.

Ces quatre étapes doivent être envisagées dans un schéma où la réification du profit sera subordonnée à une collecte en tant que conséquence même si sa recherche demeurera une cause, . Cette démarche ne manquera pas d’avoir des conséquences fondamentales sur sa distribution dans la mise en œuvre d’un système où la réussite individuelle ne sera plus considérée comme une faute sociale mais comme l’objet d’une ambition collective.

[Que des rémunérations atteignent des niveaux aberrants, soit, mais que 80 % de leurs montants soient immédiatement réinvestis dans la recherche et des processus productifs créateurs de richesses, d’emplois et de salaires.

En fait, c’est la totalité de notre appareil socio-sociétal qui est devenue inappropriée. Nous étouffons notre monde sous une accumulation de règlements et nous l’asphyxions par une insuffisance criante de directives indispensables, tout en entretenant une bureaucratie économiquement mortifère. Il sera donc essentiel de commencer par une refonte aussi bien de notre système fiscal que des lois qui organisent la création d’entreprises et leur fonctionnement. Il faudra revoir et élaguer tout notre "stock législatif" où les lois et règlements s’accumulent au point d’en être contradictoires.

Bref, revoir le contenant et le contenu de notre appareil socio-sociétal en posant à chaque étape la question de son "à quoi ça sert ?" devenu le préalable de chaque choix. Mais en avons-nous les forces ? Certes ! Elles sont là, sous nos yeux. Des jeunes gens et des jeunes filles, chaque jour plus nombreux, s’expatrient pour aller créer ailleurs ces entreprises et ces emplois que notre lourdeur bureaucratique leur refuse. Quand répondrons-nous à leur ambition créatrice ?

A quoi doivent servir l’école, le collège, le lycée, l’université, les grandes écoles ? Tout ce système n’est aujourd’hui qu’une déclinaison des différentes évolutions quotidiennes énoncée au jour le jour, au coup par coup, sans même qu’une vision aie jamais été réellement envisagée. Qu’est-ce que la lecture, l’écriture, la parole, le calcul, l’observation à l’ère de l’Ipad, du smartphone, de la toile, de la télévision interactive, du télétravail et de l’image reine ?]

Une première question posée, nous n’avons pas le temps de penser à y répondre que d’autres, une infinité d’autres, se posent, au point que nous ne sommes plus capables de les ordonner pour tenter un classement, annoncer des priorités. Et une caractéristique apparaît : dans ce monde qui s’effondre et qu’un autre monde va remplacer, il n’y aura pas de pauses, pas de solutions "passagèrement définitives" mais la nécessité d’une évolution permanente. La conscience de ce mouvement perpétuel nous débarrassera de cette tentation de "construire pour l’éternité" qui semble inspirer chacune de nos décisions. "Aujourd’hui et à présent, plutôt que demain qui sera un autre jour" deviendront les maîtres mots de chaque entreprise ; mais à ne pas s’y méprendre, cet "aujourd’hui et à présent" s’étend aussi loin que porte le regard de chacun, quatre ou cinq ans, tout au plus !

Cette appréhension de la nécessité du mouvement va caractériser la stratégie à mettre en œuvre. Son objectif ne peut plus être que d’imaginer un système souple et adaptable en permanence. Celui-ci sera mis en œuvre par des sociétaires devenus mobiles qui agiront plutôt qu’ils ne subiront. Sur quel paramètre reposera cette société  ? La sécurité sociale, le RMI, le RSA, l’allocation chômage ? Non, le travail  ! Mais quel peuvent être le contenu et le rôle, du travail dans le monde d’aujourd’hui qui ne se figent pour stériliser l’avenir ? Qu’et-ce que le travail dans un monde où les tâches, hier exécutées par des millions dans la peine, la sueur et le sang sont, aujourd’hui, un jeu d’enfant pour une machine intelligente ? Ne serait-il pas temps de se poser la question et de dépasser des évidences devenues creuses où le travail est la source d’un salaire qui, une fois perçu, nous libère passagèrement ? Pouvons-nous réellement accepter sans nous interroger que la participation à une autre distribution de richesses que celle que nous subissons aujourd’hui, puisse être défendue dans ce cadre ?

Des questions qui se posent et que nous ne pouvons plus repousser. Notre survie dépend des réponses que nous saurons inventer collectivement. Et ce processus sera d’autant plus difficile à vivre qu’il nous faudra formuler les questions et envisager des réponses tout en continuant à participer à la création de richesses. Parce que nous devrons participer à tout : le temps n’est plus de professionnels entre les têtes et les mains desquels nous pourrons remettre les leviers de notre évolution.

Mais la politique et la stratégie ne sont encore que des "jouissances intellectuelles" tant qu’elles ne se réifient pas dans des tactiques appropriées. Alors :

TACTIQUES

Avant même de parler de contenu et de contenant, si l’acte premier d’une réalisation est celui de la réunion des moyens, l’acte préalable en est celui qui consiste à obtenir l’accord de la communauté. Ce qui change de la signification commune du suffrage universel, c’est que cet accord-là aura valeur d’engagement à participer à toutes les étapes du processus d’un premier épisode dont la durée sera à définir. Un referendum donc ! Son objet sera de proposer les grands programmes à lancer, les objectifs qui leur seront fixés, les moyens nécessaires et le calendrier des réalisations ainsi que la manière de les atteindre. A chaque étape, compte en sera rendu et les sanctions appliquées (rappelons que la sanction n’est pas que punition, elle est simplement la juste rémunération de résultats, dans un sens comme dans l’autre).

Parmi tous les chantiers, il en est un dont la poursuite conditionne le développement de tous les autres : la fourniture d’énergie en grande quantité et à des prix abordables à tous. La filière nucléaire et son corollaire, la substitution de l’hydrogène au pétrole, seront mis à l’ordre du jour avec comme objectif la suppression de tout carburant ou combustible carboné, origines de toutes les pollutions au gaz carbonique.

La production d’énergie maîtrisée, la recherche poursuivie, les entreprises consolidées et l’esprit d’entreprise accompagné d’une source permanente de crédits, l’offre prendra un contenu nouveau, les emplois créés se multiplieront et la consommation reprendra. D’abord sociale, sous forme des travaux d’intérêt publics (écoles, hôpitaux, logements, infrastructures, etc…), puis sociétale sous forme d’équipements privés de toutes natures.

Simple… yaka ! Mais encore faut-il des crédits ! En ces matières, il faudra mener une double action. D’une part, créer un "impôt ré industrialisation" comme on avait créé un "impôt sécheresse" (en bons remboursables à partir de cinq ans en cinq tirages) auquel souscriront tous les citoyens selon leurs ressources, seraient-elles au niveau du smic. On ne plaisante pas avec la nature nationale de l’effort . D’autre part, mettre à contribution tous les revenus sous forme de prélèvements exceptionnels limités dans le temps et dont le produit sera affecté sous forme d’emprunts destinés aux développement productifs au moment même de leur définition. Au bout de quelques années (de l’ordre de cinq, probablement) le régime de croisière étant atteint, les entreprises qui se seront assises dans le paysage, dégageront des fonds qui permettront de rémunérer les personnels dans de bonnes conditions, de rembourser les dettes engagées selon l’échéancier prévu et de dégager sans doute des sommes qui seront consacrées à la poursuite des investissements.

Tout cela, bien sûr, devra s’accompagner d’une remise en état du système bancaire dont les rôles seront redéfinis. Tous les jeux stériles, tolérés encore pendant la période de transition, seront soumis à une fiscalité sévère.

Simultanément, il faudra envisager un nettoyage complet de l’appareil législatif en examinant ce que le passé nous a légué à la lumière des nécessités d’aujourd’hui, en supprimant ce qui n’a plus de réalité et en aménageant dans la souplesse les textes qui auront traversé l’épreuve de "l’à quoi ça sert ?". Il ne s’agira pas d’une agitation sans ordre et sans méthode. Le fil directeur de ces opérations sera de conduire à une contribution permanente et raisonnée de tous les sociétaires à la mise en œuvre d’un nouveau modèle socio-économique. Pour y parvenir, il faudra repenser l’école, de la maternelle à l’université. Une école dont le contenu aura pour objet de former ces sociétaires à la fois chercheurs, créateurs, fabricants, gestionnaires, distributeurs et utilisateurs qui formeront cette association socio-sociétale qui sera le monde de demain. Un monde où le "devoir de santé" remplacera le "droit à la maladie". Ce monde où la machine "intelligente" exige déjà une humanité consciente de sa puissance et de sa qualité. La culture ("ce qui reste quand on a tout oublié" disait Ernest Renan, pillé par Edouard Herriot) ne se séparera plus de la croissance des êtres et baignera cette formation de manière permanente. Un autre regard sur l’être humain et sur ses "capitaux propres" (entendons sa santé, ses capacités d’apprendre et d’agir, la poursuite de ses ambitions individuelles exprimées dans le cadre d’une ambition collective). Un autre regard sur la réussite, une autre appréciation de ses contenus laissée aux idiosyncrasies de chacun, de chacune, à l’abri, enfin, de toute censure idéologique.

Bref, un autre moment de l’histoire de l’humanité qui se développera dans un climat de respect véritable des aspirations de chacun, où personne ne tentera d’imposer une hiérarchie des sentiments, des savoirs… et des objectifs individuels.

En sommes-nous capables ? Aujourd’hui, ce n’est pas sûr mais demain… Peut-être laisserons-nous l’espace du rêve conquérir celui de la réalité !

Qu’en pensez-vous ?


dimanche 6 mai 2012 (Date de rédaction antérieure : mai 2012).