Imaginons que nous avons rêvé... (un air connu)

Certes notre pays n’est pas le seul à vivre la "crise" mais notre situation, si elle dépend aussi, à des degrés divers, de celle des autres pays du monde, présente néanmoins suffisamment de particularités pour que notre réflexion ouvre le champ à des mesures spécifiques.


Pour aussi déplaisante que soit cette constatation, il nous faut admettre que le regard que nous portons sur l’organisation socio-sociétale qui nous administre, ne correspond plus à ce que nous pouvons observer. En effet quelles que soient les mesures qu’il nous inspire, celles-ci n’ont quasiment aucun effet sur la situation de notre économie. Pire même, la situation ne cesse de s’aggraver. Dans ces conditions, il ne nous reste qu’à reconsidérer notre appréciation théorique d’une part et, en attendant d’imaginer une autre interprétation des événements qui pourrait conduire à d’autres comportements, gérer l’état des choses de manière pragmatique.

Il est clair que ce bouleversement de nos regards, de nos comportements et de nos habitudes ne peut être imaginé, accepté et mis en œuvre sans un engagement explicite des citoyens sur des propositions clairement exprimées. En clair, un état des lieux, des objectifs, des décisions, un ensemble de mesures et un calendrier soumis à la collectivité de manière à rendre chacune, chacun d’entre nous co-responsables de leur application.

Mais est-ce possible ? N’est-il déjà pas trop tard pour mobiliser la France et lui proposer, comme il y a soixante-huit ans, de "retrousser les manches" ? Qui sait ? Mais dans le doute, nous avons intitulé ce numéro "Imaginons que nous avons rêvé, que rien n’est arrivé…" pour reprendre la musique d’un film des années trente.

L’ÉTAT DES LIEUX : UN RÉSUMÉ

Nous sommes le 6 mai 2012. Le Président vient d’être élu et il s’adresse à nous. Pour nous dire quoi ? Ce qui va suivre !

Ce n’est pas alarmiste, ce n’est pas le fruit d’une paranoïa, juste une série de constatations où se conjuguent le déséquilibre budgétaire, l’endettement permanent, le montant actuel de la dette souveraine, une législation du travail obsolète, une incompréhension nationale du fonctionnement économique d’une nation moderne et bien d’autres choses encore parmi lesquelles, et non des moindres, un attachement au corporatisme qui remonte au Moyen âge.

La Patrie est en danger ! Non, ce n’est pas une plaisanterie, une référence passéiste à 1792. L’ennemi n’est plus l’Europe coalisée contre une France nouvellement républicaine et encore révolutionnaire. Notre ennemi, le pire, le plus acharné, le plus aveugle et le plus sourd, c’est nous-même Le tout-un chacun, chacune, notre égoïsme dans son sens le plus étroit et le plus stupide, notre oubli des devoirs et notre "conscience aigüe des droits", notre concept d’une "société" dont nous ne savons plus que nous sommes les maîtres pour n’en être plus que les clients sinon les pensionnés.

[Cette semaine encore, la déviance qui frappe jusqu’à nos administrateurs s’est exprimée on ne peut plus publiquement : les français, par centaines de milliers, sont victimes de la conjoncture et l’Etat consacre, successivement, un conseil des ministres et un conseil interministériel au cas d’une trentaine de milliers de membres d’une communauté étrangère et généralement non-intégrable par le choix même de ses membres. De la sollicitude, certes mais pas jusqu’à la caricature !]

La Patrie est en danger mais la Patrie existe-t-elle encore ou faut-il un péril mortel pour qu’elle se réinvente ? Des millions de sans emploi, des milliers de mal logés, voire sans logement, des industries qui périclitent sans qu’un espoir existe même d’une renaissance, un marché du travail dont la description relève du mythe, un enseignement et une recherche qui relèvent d’une situation antérieure et dépassée, une politique, pardon une tactique, qui repose sur des considérations affectives et qui prend son origine dans la négation de la réalité. Les conditions ne sont-elles pas réunies d’une situation dynamiquement dramatique qui n’a pour issue que le délitement total et définitif de la communauté, au delà peut-être même des frontières
nationales ?

"La France", disait monsieur Rocard, "n’est pas en état d’accueillir la misère du monde"… Quelques vingt ans plus tard, il semble que nous soyons restés sourds à cette remarque. Pire, pour beaucoup d’entre nous, la misère du monde est déjà nationale.

Alors, oui, la Patrie est en danger et comme en 1792, le tocsin est à sonner et la mobilisation générale doit être décrétée. L’ennemi ? Nos habitudes, nos paresses, nos égoïsmes  ! Un aspect "théorique" d’abord : le monde a changé, une nouvelle lecture du destin collectif est devenue nécessaire. Nous étions chacun, chacune, une partie du Tout, nous sommes aujourd’hui non seulement une partie du Tout mais nous sommes aussi le Tout partout où nous sommes. Avant de réclamer une satisfaction éventuelle de droits, remplissons d’abord nos devoirs, à commencer par l’acte de sociétaire. Pratique ensuite : traduire cette responsabilité individuelle de l’état des choses dans nos actes aussi individuels que collectifs.

Rappelons-nous, il y a un peu plus de soixante-dix ans aujourd’hui, dans des circonstances tout aussi dramatiques, Winston Churchill, à peine intronisé Premier ministre du Royaume uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, promettait à son peuple un avenir de sueur, de sang et de larmes avant de parvenir à la victoire. Rappelons-nous, le Roi et la Reine, les premiers, le peuple dans sa totalité avaient avec fierté relevé le défi et accepté les sacrifices annoncés. La situation aujourd’hui ne se présente pas sous les mêmes formes, le défi pourtant est aussi radical. Serions-nous moins adultes et moins lucides que ces Britanniques qui, avant, que d’autres les rejoignent ont su faire face à des temps si contraires ?

Nous devons nous fixer deux séries d’objectifs.

• Des objectifs immédiats : équilibrer le budget, réduire la dette souveraine.

• L’avenir : envisager une organisation socio-sociétale nouvelle où la conscience de l’appartenance de chacun s’exprime par un comportement de sociétaire.

Comment les atteindre ?

LA POURSUITE DES OBJECTIFS IMMÉDIATS

Les considérations qui suivent feront l’objet de propositions précises et les mesures qui en découlent seront soumises au vote populaire sous forme d’un referendum qui sera organisé dans le mois à venir. Leur délai de mise en œuvre et leur durée seront fixés à la durée de la mandature. Le résultat de cette consultation constituera la manifestation de l’engagement de chaque citoyenne et de chaque citoyen et leur responsabilité dans les réussites comme dans les échecs. Une fois votées, en supposant qu’elle le soit, ces propositions deviendront le vade-mecum qui organisera le comportement de tous.
La prochaine élection présidentielle suspendra automatiquement son application et sera, en quelque sorte, le quitus donné à une action dont personne ne pourra dire qu’elle lui aura été imposée. Au futur candidat, et en fonction de la conjoncture à venir, de proposer la politique appropriée.
La réduction de la dette souveraine est un objectif qui ne s’assurera que dans la poursuite de l’équilibre budgétaire accompagnée du dégagement d’un excédent pendant plusieurs années. La considération pragmatique des mesures nécessaires conduit soit à privilégier l’impôt sur la dépense, soit à réduire celle-ci sans recourir à l’imposition. Inutile de tenter de justifier la première démarche qui ne peut trouver d’arguments autres qu’idéologiques, c’est-à-dire pour la plupart complètement irréalistes sinon surréalistes.
La Patrie est en danger ! La réduction des dépenses de l’Etat s’accompagne aussi de la réduction des dépenses de tous les citoyens.

Dans le cas de ceux et celles qui occupent un emploi, pour l’ensemble des activités économiques, commerciales et financières (pour la fonction publique et ses assimilés comme pour le reste du salariat), le temps de travail est rétabli à quarante-cinq heures hebdomadaires sans augmentation des salaires (rappelons que la passage aux trente-cinq heures s’est fait sans incidences sur les salaires).

[Le cas de l’enseignement public sera traité selon les mêmes critères, les temps de travail passant à quarante heures de présence au minimum dans les établissements d’enseignement secondaire dont trente consacrés à l’enseignement stricto sensu. Et à quarante heures dans les enseignements primaires.]

Conséquences immédiates :

Plus aucun recrutement dans la fonction publique pour une période déterminée. Une diminution drastique du coût du travail industriel et commercial, un bond fantastique de compétitivité, une baisse du coût de la vie et, très probablement au bout de quelques années une création d’emplois dans l’industrie et le commerce. Notons au passage que les entreprises privées ou publiques dégageront très vite des fonds qui devront être réinvestis ou investis dans des développements industriels et commerciaux . En outre, la Patrie étant en danger, le temps est celui de la mobilisation générale avec toutes les conséquences prévisibles sur l’exercice des libertés, entre autres sur la défense des intérêts corporatifs.

Tout se paie et tout doit être payé. Recevoir sans donner est non seulement dégradant mais une démarche qui a pour effet d’exclure du groupe celles et ceux qui en sont les objets. Vue sous un angle univoque, la solidarité n’est autre qu’une démarche de charité publique, une négation scandaleuse de la dignité des "ayants-droits". Aussi toute action qui vise à réorganiser l’environnement socio-sociétal passe par une définition nouvelle de l’échange social dans tous les domaines et à tous les niveaux. Dorénavant , par conséquent, toute allocation, toute aide entraîneront ipso facto une participation des impétrants . Les emplois nécessaires ne manquent pas qui sont de la compétence de cette participation en retour et qui ne correspondent pas à la création structurelle d’emplois pérennisés.

• En ce qui concerne le déficit des budgets sociaux : plus une prestation dont le versement ne sera équilibré par une participation . Le régime ; qui date d’un autre temps où des immigrants, même clandestins, pouvaient prétendre à une égalité, voire à une priorité de droits avec les autochtones et les résidents légaux, sera revu et corrigé par la suppression de l’automaticité à terme.

Ces mesures auront un triple effet : la réduction, voire la suppression rapide des déficits publics, un rythme permanent de remboursement de la dette souveraine et le dégagement progressif de fonds d’investissement productif. Mais ce ne sont là que les premières mesures. Plutôt qu’un recours à l’impôt direct où il faudra revoir le cas de la moitié des ménages français qui sont dispensés de l’IRPP et nous reprendrons cette démarche avortée de création d’une TVA, improprement baptisée sociale. Elle effacera en partie ce déséquilibre concurrentiel qui avantage des importations venues de pays moins rigoureux quant à la protection sociale de leurs travailleurs. Les retraités seront mis également à contribution par une augmentation mesurée de CSG. Et nous règlerons enfin ce problème bancaire où les établissements réalisent des profits importants en consacrant des ressources autrement utiles dans la poursuite d’un commerce improductif sur les "produits dérivés".

Dur ? Insupportable ? Comparons ces propositions au sort actuel des Grecs et des Espagnols… !!!

OUI… ET ALORS ?

Le train de propositions précédent a pour objet de tenter d’apurer la situation financière et de donner un peu d’aisance à la modernisation des circuits et des appareils productifs. Mais ces mesures ne répondent pas au besoin de reconstituer un appareil d’Etat et de gestion prévisionnelle de notre communauté. Cet appareil, son organisation et son fonctionnement sont totalement inadaptés aux conditions actuelles, quant à envisager l’avenir… Et cette inadaptation est totale. Qu’il s’agisse des appareils de gestion du quotidien, de la Justice, de la formation, de la recherche, du développement, de la Santé publique, des transports, bref de tout ce qui organise la vie quotidienne et la prévision du futur, nous en sommes réduits à subir tant bien que mal.

Dans ces conditions, parallèlement à la mise en œuvre des mesures de survie, nous organiserons une réflexion sur la forme et le contenu d’un appareil socio-sociétal capable de répondre aux conditions nouvelles de l’environnement et souple assez pour en suivre l’évolution. Bref, un ensemble constamment adaptable. La rupture avec les considérations du passé est totale ne serait-ce qu’avec la puissance, la rapidité des circuits d’information et leur accessibilité à tous.

Nous allons développer une nouvelle manière d’envisager les rapports entre l’Etat, centre d’harmonisation, et des centres de décision répartis, en mesure de traiter des problèmes dont l’incidence est par essence locale. Un appareil où la décentralisation n’est pas synonyme du développement de baronnies qui reconstitueraient la féodalité du Moyen âge. A commencer par une Constitution qui réduira l’intervention de l’Etat à un rôle de coordination, de confrontation entre des solutions localement mises en œuvre, qui dira l’organisation du pouvoir et qui marquera clairement que seuls le peuple et ses représentants sont à l’origine du pouvoir.

[Parler d’indépendance de la Justice, par exemple, c’est se référer directement à une transcendance d’un bien et d’un mal (l’absence de majuscules n’est pas une faute de frappe) dont tout nous rappelle à chaque instant et en chaque lieu qu’il s’agit de notions hautement factuelles. Plutôt que d’uniformiser des procédures et d’inventer des solutions universelles, l’organisation structurelle de toutes les mobilités devrait être l’objet des soins de la communauté au sens le plus large A cet égard, dans un cadre où tout le savoir se porte sur le disque dur d’un ordinateur portable, voire sur la puissance d’un "smartphone", nous en appliquerons les conséquences en rétablissant le "nomadisme" des clercs comme celui des professionnels du Moyen âge ; selon les objets des études, des recherches poursuivis.]

Cette constitution permettra de formaliser la distinction entre des formulations nationales de problèmes nationaux et des approches locales, voire la mise en œuvre de solutions particulières. Elle énoncera des règles générales qui permettent en chaque lieu de développer des solutions optimales dans des termes nationalement comparables. La compétence territoriale sera envisagée en dehors d’une approche hiérarchique de manière à permettre à chaque unité de traduire de manière appropriée l’expression de son génie local.

[Par exemple, en matière d’enseignements secondaire et supérieur, est-il indispensable de développer une approche unique ? Si l’enseignement des outils (lire, écrire, compter, observer et rendre compte de l’observation) est un caractère national, l’œnologie pour universelle qu’elle puisse être considérée, n’en demeure pas moins une propriété très localisées même s’il en est plusieurs centres.]

Bref, une constitution qui tiendra enfin compte de l’obsolescence des réseaux hiérarchisés et de leur remplacement par des réseaux systémiques. Une constitution qui organisera de manière institutionnelle la circulation aussi bien des êtres que des informations ainsi que toutes les éventualités d’actions à distance. La mobilité des agents de tous grades et de toutes compétences sera l’un des piliers du développement et de l’organisation du groupe.

Comment s’y prendre ?

Autrement, c’est-à-dire en commençant par rappeler aux citoyens que l’exercice de la démocratie ne se réduit pas à la fréquentation épisodique des bureaux de vote selon une fréquence prédéterminée. La démocratie se pratique au quotidien.

Nous sommes au seuil d’un monde nouveau où les méthodes et les comportements jusqu’ici adoptés répondent à des circonstances qui n’ont plus cours. Chaque jour, nous constatons que les solutions inspirées de cet autre temps sont, au mieux, inopérantes, au pire, aggravantes. Tout est à inventer, tout est à tenter, tout est à essayer quitte à rejeter à mesure ce qui n’aura donné aucun résultat.

[L’histoire nous apprend que l’Etat ne connaît d’autres mesures d’équilibre que d’augmenter l’impôt. Pourquoi pas ? Mais quand l’Etat s’y laisse aller en inventant des taxes, voire en supprimant des "avantages", l’effet en est souvent contraire aux espérances. Un exemple ? La suppression des avantages accordés aux bénéficiaires des heures supplémentaires ! Outre que ce ne sont pas les "riches" qui sont en cause, le résultat immédiat est que la plupart des actuels récipiendaires soit cesserons d’en effectuer, soit qu’ils continuerons mais en les passant au noir ("on" réprimera ; certes mais il faudra créer tant de postes de contrôleurs que le bénéfice de la taxation sera mangé.. et au-delà sans doute). Mais pense-t-on, qu’à la place des heures supplémentaires supprimées, des emplois seront créés… Hélas, mon bon monsieur, étant donnée la lourdeur du code du travail, personne aujourd’hui ne se laissera aller à engager du personnel. Résultat des courses ? Une baisse de pouvoir d’achat (justement chez ces "pauvres" qu’on prétend aider.]

Pour inventer, il faut permettre à tous de s’exprimer. Nous lancerons donc une vaste consultation des citoyens, informelle dans un premier temps. Des questions à poser dont chacun, chacune appréciera immédiatement la nécessité. Comment s’organiser aujourd’hui ? Qu’attendre de l’Etat ? Qu’attendre de l’Ecole, du médecin, de l’hôpital, de son maire, de son député, des magasins, de leur proximité et de leurs durées d’ouvertures… etc ? Sans limites, accessible à tous elle sera limitée à quelques mois. L’internet nous en offre les moyens techniques. Après quelques mois, disons un trimestre, une commission indépendante mais représentative de la double qualité de chacune et de chacun, à la fois citoyens et membres de la communauté, réunie sous la responsabilité du Conseil constitutionnel collationnera ces avis et en les synthétisant offrira les grandes lignes de ce que sera cette Constitution une fois mise en forme.

Cette première étape atteinte, nous élirons une Assemblée constituante au suffrage universel. Son rôle unique sera de rédiger un projet de constitution. Celui-ci devra non seulement traduire la synthèse précédente mais lui donner un caractère qui permette toutes les évolutions. Ce texte ne cherchera pas à tout prévoir mais à libérer les voies de l’amélioration de la gouvernance dont il donnera les grandes lignes en s’attachant aux "pourquoi" de ces choix. La forme en sera claire, les termes choisis simples, précis et sans ambiguïtés. Il sera accompagné d’un "mode d’emploi" qui décrira la mécanique de traduction et de mise en œuvre des principes de gouvernance ainsi que les modalités de leur évolution éventuelle.

Le tout sera alors offert au choix populaire sous forme d’un referendum. Si ces propositions sont adoptées, elles seront mises en œuvre dès la fin naturelle de la mandature au cours de laquelle ces opérations auront été effectuées.
Avant de nous réveiller…

Qu’en pensez-vous ?


jeudi 18 octobre 2012 (Date de rédaction antérieure : septembre 2012).