Pour une politique sans discours !

La situation est catastrophique et, fort probablement, plus catastrophique encore que ne semblent le mesurer les analystes, intervenants politiques de tous bords et citoyens.


Typiquement, nous vivons au jour le jour dans une démarche purement tactique, incapables que nous sommes d’envisager un avenir dont nous pourrions assurer une certaine maîtrise en mettant en œuvre d’autres mesures. Nous croyons changer de voie en changeant les hommes et nous n’aboutissons qu’à des maux traités par des mots !

Que faire ? Dans une situation où chaque démarche aggrave la situation, avant même d’entreprendre quoi que ce soit, il faut commencer par aller chercher ce qui caractérise nos comportements de gouvernance. Cela fait, se proposer une autre vision, puis envisager les moyens d’engager la bataille.

Trois étapes : Où est l’erreur ? Comment bâtir une politique de l’emploi ? Comment s’en donner les moyens ?

CHERCHER L’ERREUR !

Qu’est-ce qui caractérise l’action des pouvoirs publics depuis quelques années ? La réponse est immédiate, elle est dans tous les discours, elle tente de s’exprimer dans toutes les mesures, elle efface toute analyse de la situation qui dépasse l’immédiat : la lutte contre le chômage.

Cette appréciation des priorités est directement issue d’un regard sur le monde qui procède d’un sentiment généreux mais complètement irréaliste, pour ne pas dire irréel, celui de l’égalité uniquement envisagée sous l’angle étroit d’une démarche égalitariste.

Les conséquences de ce regard sont multiples. Mais la plus dramatique, peut-être, est que toute initiative individuelle est immédiatement vécue comme l’agression de quelques uns contre la plupart . Il en résulte que la réussite la plus légitime est sur l’heure quasiment vécue comme une une trahison sociale. Dans ces conditions, l’Etat se doit de tenir les rênes, toutes les rênes, devenant investisseur de capitaux, entrepreneur, dirigeant, en se dotant d’un pouvoir réglementaire qui lui permet de "rétablir la justice" à partir d’une fiscalité confiscatoire appuyée sur une législation du travail irréaliste jusqu’à en devenir paralysante.

Ainsi, l’emploi est un bien commun. Aussi, dans la mesure où la quantité de travail est considérée comme constante, la justice "sociale" consiste à en limiter l’exercice individuel pour la partager entre tous (les trente-cinq heures, par exemple). Résultat obtenu ? Apparemment pas concluant car le chômage ne semble pas avoir diminué pour autant.

Mais ce point de vue s’appuie sur une conception particulière du fonctionnement de la machine économique, celle popularisée par un économiste anglo-saxon disparu au milieu du siècle dernier et sur l’influence duquel il n’y a pas lieu de revenir.

Que disait-il ? En gros que la consommation était le moteur de l’économie et que, par conséquent, toute reprise en cas de "hoquet" était fondée sur une relance de la consommation. Cette relance pouvant être pilotée aussi bien par une guerre que par des aides. L’expérience tirée des événement de cette dernière centaines d’années permet de considérer que jusque vers les années soixante-dix, au plus, les propositions de Keynes, même si elles étaient souvent discutables, avaient un sens et que leur application avaient eu un effet bénéfique dans la plupart des cas,

Le problème, c’est que nous ne semblons pas avoir réalisé que depuis une vingtaine d’années qu’après avoir été neutres, les effets des politiques inspirées par Keynes sont devenus inexistants, négatifs même en aggravant les conditions de fonctionnement des économies.

Certes, si la récession, selon ses définitions comptables, n’est pas générale, sur le plan de la réalité, elle est ressentie dans la plupart des pays industrialisés. La "prospérité" de la Chine, des Amériques du Sud, de I’Inde, de l’Allemagne même, s’accompagne de difficultés, voire de l’appauvrissement d’une partie importante de leur population. Les relations entre le développement économique et le marché ont changé de nature : les termes en sont inversée et la consommation, hier encore moteur du développement en est aujourd’hui la conséquence.

Bref, sans nous attarder à des observations qui sont à la portée de tous, cessons de considérer que le chômage est de l’emploi négatif. En d’autres termes, lutter contre le chômage n’entraîne pas une création d’emplois. Bien au contraire, la problématique de la lutte contre le chômage en faisant appel à des tentatives de conservations d’emplois condamnés, à l’invention de mythes, les licenciements boursiers par exemple, sont autant de mesures qui aggravent la situation et répandent une culture du désespoir.

La meilleure manière de lutter, contre le chômage, c’est d’admettre enfin que dans un monde comme le nôtre, en mutation aussi profonde et brutale, la conservation d’emplois n’appartient pas au même univers que la création d’emplois... et d’en tirer les conséquences, toutes les conséquences !

POUR UNE POLITIQUE DE L’EMPLOI

La création d’emplois a peu de rapports avec une lutte contre le chômage. Celle-ci passe par une conservation, souvent artificielle, d’emplois menacés de suppression. Créer de l’emploi, avant même de créer des emplois, est le résultat d’un processus qui comprend de nombreuses étapes où l’état d’esprit des parties en cause a une importance que les analyses matérielles négligent le plus souvent.

Si la lutte contre le chômage s’appuie généralement sur une intervention directe de l’Etat, celle-ci s’exprime le plus souvent par l’apparition d’emplois non productifs ou non indispensables. Toutes ces occupations rémunérées, ces faux emplois en quelque sorte, disparaissent dès que les sources de financement sont taries. Parfois pérennisées, elles pesant définitivement sur le budget national.

Le développement de l’emploi qui se traduit par la création d’emplois procède directement de la mise en œuvre d’une volonté délibérée d’entreprendre. Cette mise en œuvre exige diverses mesures au premier rang desquelles l’existence d’une ambiance favorable, notamment respectueuse des individus qui acceptent de prendre des risques sans être, pour autant, mis au ban de la société en cas de réussite. Cette ambiance se crée par la qualité du discours dirigeant et de ses échos dans l’opinion publique. Mais elle repose aussi sur une certaine appréciation de la situation à venir comme l’expression d’une politique, c’est- à-dire d’une vision du futur et des diverses mesures auxquelles il est possible de s’attendre.

Viennent ensuite toutes les mesures favorisant la création d’emplois. Qui dit emploi, dit aussi postes de travail, c’est-à-dire l’existence d’une ambition concrète de création de richesses. Mais qui dit emploi dit aussi un ensemble de mesures techniques et réglementaires qui facilitent le "passage à l’acte".

[Un exemple, trivial celui-là et tout à fait anecdotique : au cours d’une récente émission de TV, une dirigeante de la FNSEA faisait remarquer qu’en Allemagne, il fallait six mois pour entreprendre la construction d’une porcherie alors que la même procédure, tentée en France, exigeait trois ans.]

Mais qui dit emploi, dit aussi administration des emplois, c’est-à-dire l’existence d’un cadre de lois et de dispositions règlementaires diverses qui organisent ce qu’il est convenu, bien maladroitement, d’appeler le "marché du travail". Il s’agit pourtant d’envisager la participation de tous au phénomène qui décrit le passage de l’idée à la commercialisation d’un produit.

En somme, le processus qui va de la recherche à la consommation en passant par la conception, la fabrication, l’offre voire la demande et la consommation. Plus cette administration est souple, plus elle contribue à la création d’un climat de développement. Souple ? Eh bien l’établissement d’un climat où l’entrepreneur et son personnel ne vivent pas une idéologie de combat. C’est-à-dire un monde où les tensions naturelles, normales, courantes et indéniables qui existent dans tout groupe ne se réduisent pas à une opposition "sui generis".

[Même quand le "patron" n’est qu’une émanation d’un collectif de producteurs. Ainsi l’AOIP. Cette entreprise, aujourd’hui disparue, dont le sigle résumait et le nom véritable et la philosophie sur laquelle reposait sa création et son fonctionnement était "Association des ouvriers en instruments de précisions", représente un exemple que les thuriféraires du pouvoir de la base devraient bien étudier de près.]

Qui dit emploi, qui dit création d’emplois doit commencer par s’interroger en vue d’apporter des solutions nouvelles compatibles avec une situation nouvelle. Un état des choses tellement inattendu que nous n’en sommes même pas à pouvoir en décrire ne seraient-ce que les contours. Des solutions nouvelles dont le caractère ne peut être que transitoire et la souplesse telle qu’elles permettent d’être constamment adaptées. Des solutions nouvelles ?

• Une place nouvelle de l’entreprise dans un système objet d’une refonte profonde de la fiscalité qui s’appuie sur un transfert de l’imposition du processus de production aux opérations de consommation. Un glissement qui doit s’accompagner d’un examen nouveau de la politique anarchique de mesures d’aides et de subventions publiques dont la Cour des comptes elle-même doute de la nécessité.

• Si l’on prétend dire son mot sur la production, ses conditions et ses objets, il n’est pas possible de se limiter à la critique. Il est indispensable de prendre conscience qu’aujourd’hui aucun emploi ne peut se limiter à l’échange d’une force de travail contre un chèque mensuel. Un regard doit être porté sur la situation économique aussi bien générale que particulière à l’entreprise. Une obligation qui s’applique aussi bien aux cadres dirigeants qu’au supplétif de base. Avec toutes les conséquences qu’une telle prise de conscience entraîne. Nous ne sommes plus au temps des "maîtres de forge" et des ouvriers esclaves et réciproquement !

Ces deux remarques, prises en considération de manière exhaustive, constituent une base suffisante pour un bouleversement profond de l’organisation sociale où personne ne pourra plus rejeter sa part de responsabilité. En supposant qu’enfin, responsabilité perde son sens facile d’homonyme de culpabilité ... au point d’ailleurs que sa simple mention ressemble à une mise en accusation.

Une politique de l’emploi ; enfin, entraîne l’admission lucide, publique de l’aspect dépassé d’un bon nombre d’emplois qui sont chaque jour supprimés.

[Ainsi, par exemple, du déchargement des navires, de la distribution des journaux parisiens, du démantèlement prévisible et sain de certaines installations industrielles devenues obsolètes, des hauts-fourneaux loin de tout, du charbon comme du minerai, de l’évolution, encore à ses débuts, de l’industrie automobile et de son armée d’emplois annexes et de sous-traitants, de la disparition de milliers d’emplois "coagulants". C’est-à-dire de ces emplois qui entraînent la dissolution de groupes constitués, des emplois tués, par une politique publique inadaptée : bouchers, charcutiers, épiciers de village, médecins de campagne, spécialistes médicaux régionaux, etc...]

II devient suicidaire de ne considérer que le chômage. C’est ainsi qu’on perd de vue le véritable moteur du progrès, la création d’emploi, et qu’on omet de constater l’action corrosive du maintien d’emplois obsolètes sur la communauté productive . Même si la démarche se masque sous cette expression, si défaitiste et négative, de défense de l’emploi. Une politique de l’emploi favorise la création, l’évolution des regards, des pensées, des méthodes. Une politique de l’emploi oblige l’Etat à intervenir sur la politique d’attribution de crédits par les banques tout en s’abstenant de dicter les noms des bénéficiaires.

Pour tout dire, une politique de l’emploi suppose, exige, l’existence d’une politique... tout court !

OUI, CERTES ! MAIS "ON" FAIT COMMENT ?

La situation est, en réalité beaucoup plus grave, que nous ne semblons l’apprécier. Payer des impôts, "se serrer la ceinture" ? Pourquoi pas, si les Pouvoirs publics nous indiquent un but, des objectifs, un délai raisonnable. Le regard que nous portons dans les deux parties précédentes décrit une réalité dans la mesure où nous l’équilibrerons par un comportement financier raisonné, public et privé.

Le but, les objectifs ? Il appartient à "ceux qui organisent" de nous les proposer.

Laissons de côté pour le moment, la question de l’endettement de national. C’est dans la réduction du déficit annuel et actuel que réside le premier acte du chemin vers l’indépendance. Notre déficit annuel est de l’ordre d’une soixantaine de milliards. Il ne naît pas d’emprunts destinés à financer des projets d’intérêt public, de développement d’infrastructures, projets de recherches, amélioration de projets existants, développement de secteurs nouveaux, etc... Non, loin de là. Le produit de ces emprunts sert au fonctionnement de l’Etat. Un Etat qui se révèle incapable d’assurer de manière autonome les conditions de son fonctionnement quotidien. Les ponctions fiscales ne parviennent même pas à se justifier par une diminution notable du déficit. Notons que si la chose devient aujourd’hui de plus en plus flagrante, la responsabilité des gouvernements précédents est indéniable.

Diverses mesures sont possibles. Leurs objectifs déclarés, leur mise en œuvre et leur durée (qui pourrait être celle d’une présidence) seront soumises à referendum et si elles sont acceptées devraient s’organiser comme suit :

• |e déficit de l’Etat : réduction des dépenses de fonctionnement en appliquant immédiatement les mesures suivantes : passage de l’horaire de travail des fonctionnaires de tous ordres et de tous grades à 42 heures par semaine, avec comme corollaire la suspension de tout recrutement pour la durée du plan de sauvetage de l’économie française. Le recrutement de personnel nouveau sera interrompu jusqu’au moment où le sous-emploi individuel ainsi créé aura pris fin. Les retraites seront affectées selon un barème progressif qui sera appliqué à partir d’un montant de la retraite égal au SMIC ;

• le régime général : suppression des 35 heures et passage général aux 42 heures hebdomadaires et les retenues sur le montant des retraites alignées sur les propositions précédentes. D’une manière générale, le départ en retraite se fera à 67 ans ou après quarante ans de cotisations. Mais la réforme du régime de retraite sera fondée sur une acquisition de points qui permettront à chacun de cesser son activité à loisir, voire de se constituer son "capital-retraite" au choix.

En ce qui concerne la fiscalité, l’impôt sur le revenu s’appliquera à partir du SMIC net par part pour les familles au delà de deux personnes par foyer et de 1,5 SMIC pour une personne seule ne déclarant qu’une part. A titre de contribution solidaire, tous les citoyens, salariés, investisseurs, SDF, sans emploi, titulaires d’une aide de l’Etat verseront une contribution annuelle et unique de 20 euros. En outre et toujours pour la durée d’application du plan de survie, aucune rémunération, intéressement et bonus de tous ordres compris, résidents en France ou pas, ne pourra excéder un montant par part inscrit dans le plan proposé.

Le regard porté sur la fiscalité doit s’écarter des entreprises et se poser de manière plus intéressée sur le revenu des particuliers (salaires, dividendes, revenus d’investissements) et la consommation, notamment en créant un taux de TVA général de l’ordre de 25%, parallèlement à une réorganisation de l’échelle des impositions et à la simplification du système de taxes particulières, voire la suppression d’un grand nombre d’entre elles, inutiles ou obsolètes. En fait, l’idée serait de ne soumettre à l’impôt direct que les revenus à partir d’un certain montant, la TVA jouant un double rôle : une contribution des consommateurs et une contribution des produits importés.

En ce qui concerne les élus de la République : non cumul des mandats ou pas, le cumul de plusieurs sources d’émoluments et/ou de défraiements publics et/ou privés sera interdit quelle que soit la nature de la fonction. Au cas de l’élection d’un(e) membre de la fonction publique celle-ci, celui-là, devront choisir leur statut de manière irrévocable (plus de mises en disponibilité ou de congés de longue durée), afin d’aligner la situation des élus issus du public sur ceux du privé.

En ce qui concerne le développement et la création des entreprises : la législation qui les intéresse doit être entièrement revue . L’administration doit travailler en étroite collaboration avec les membres des syndicats professionnels, du personnel, patronaux, des représentants de la Cour des comptes et des Chambres d’agriculture, de commerce et d’industrie.

Bref, il ne s’agit pas ici de rédiger une nouvelle constitution, des codes de procédure civile ou des impôts mais d’indiquer surtout d’autres manières de voir et de penser. De rappeler aussi que devant l’extrême gravité de la situation, nous avons le choix de survivre ou de disparaître selon que nous accepterons ou pas de redevenir des citoyens, membres d’une collectivité en danger.

Qu’en pensez-vous ?



dimanche 10 mars 2013 (Date de rédaction antérieure : mars 2013).