Tout va très bien Mme la Marquise ! Tout va très bien, tout va très bien !

Un double discours, une double réalité ? La parole de l’Etat et le vécu des citoyens ? Comme dirait l’en-tête d’un hebdomadaire illustré : le poids des mots et le choc des photos !


Malgré les efforts des acteurs comme des figurants et le matraquage publicitaire, il semble bien que les spectateurs n’existent pas. Un moment curieux de notre Histoire où le mot de Rochefort (la France comporte dix-huit millions de sujets…, sans compter les sujets de mécontentement) pourrait être repris en actualisant les données tout en notant au passage que les sujets de mécontentement sont aussi nombreux et divers que les membres de la population. Cette individualisation est à l’origine du divorce entre les citoyens et l’administration, au sens large du terme. Elle garantit, mais pour combien de temps encore, la paix sociale dont jouissent les pouvoirs publics. Bref, une confrontation à venir entre rêve et réalité ?

LE MYTHE

Notre image du monde repose sur une interprétation elle-même fondée sur un modèle où le travail s’oppose au capital, où l’exploitation des uns par les autres est une règle indiscutable, où la confiscation de la plus-value du travail par une minorité est une réalité fondatrice. Bref où un modèle interprétatif s’est figé en un dogme indiscutable bien que les "explications" qu’il offre comme les mesures qu’il applique ne conduisent qu’à une suite d’échecs. Le tout agrémenté d’une sauce à base d’idées généreuses où l’affirmation de la recherche planétaire d’un régime de liberté, d’égalité et de fraternité représente l’ambition personnelle de tous et de chacun.

Tout va très bien madame la Marquise, tout va très bien ! Qu’il s’agisse du pouvoir comme de l’opposition, le comportement de tous se fonde sur un regard d’aveugle (en excusant cette apparente incongruité).qui se pose sur le spectacle d’une réalité aujourd’hui largement imaginaire. Un univers mythique !

Commençons par jeter un œil sur le monde, puisque nos pouvoirs publics actuels semblent particulièrement fiers de leur comportement à l’international.

• La guerre avec les héritiers de Ben Laden d’abord . Les termes largement utilisés pour décrire l’adversaire, terroristes, et son idéologie, le terrorisme ; sont non seulement inappropriés mais également incorrects. Le terrorisme n’est pas une idéologie mais un moyen au service d’une politique, en l’occurrence la suprématie d’un certain Islam et d’une stratégie, formalisation de cette image du monde. La tactique choisie par nos adversaires est la guerre dont le terrorisme est un des instruments. Une guerre qui nous échappe car elle est étrangère à notre mode de pensée et à nos "valeurs". Même si nous employons ce terme de plus en plus souvent, nous lui attribuons un sens tout à fait traditionnel. C’est ce que nous opposons à une conception systémique des opérations qui laisse à chaque "soldat" le soin de mettre en musique la politique choisie et la stratégie correspondante. Alors qu’il est maître à tout moment et en tout lieu de la tactique à mettre en œuvre, nous tentons de lui opposer des méthodes inadap-tées. Si ce n’était à pleurer, ce serait à rire que d’entendre nos plus hautes autorités menacer les "terroristes" de poursuites judiciaires pour des actes de barbarie et des assassinats qui ne sont à leurs yeux que la poursuite tout à fait "normale" de ’leur" guerre. Si nous estimons que leur politique et sa traduction stratégique nous menacent, qu’attendons-nous pour aller les chercher sur leur propre terrain et avec les méthodes appropriés. "La France n’a pas peur" vient de signifier notre ministre de l’intérieur en réponse à des menaces précises récentes manifestant ainsi une légèreté consternante, une suffisance et une arrogance qui conduiront à d’éventuels 11 septembre. C’est la guerre et ces paroles sont une expression publique d’aveuglement. ’La France n’a pas peur" mais un randonneur enlevé vient d’y laisser sa vie…

• Les négociations entre l’Union européenne et le gouvernement des Etats-Unis sur les règles d’échanges à mettre en œuvre entre les deux puissances : menées dans le secret, sans que les populations connaissent, même en gros, les mandats dont nos négociateurs sont porteurs.

• Des choix discutables au niveau du conflit ukrainien dont les conséquences tant sur les plans industriel et agricole que sur le plan, peut-être plus fondamental encore, de la fiabilité de la signature de l’Etat français.

Autant de "couacs" où une conception irréaliste de l’état du monde et une lecture "morale" de ses règles de fonctionnement se heurtent à la matérialité des comportements de nos amis, voire de nos adversaires.

Et sur le plan intérieur  ?

Quoi de plus exaspérant que l’image de nous que nous renvoient aussi bien les professionnels de l’activité politique que les com-mentateurs de la chose. Rien de commun, en effet, entre notre réalité quotidienne et la représentation qu’ils en ont et sur laquelle, pourtant, ils fondent leurs analyses et les mesures qu’ils tentent de mettre en œuvre.

D’échec en échecs, il ne nous reste plus qu’à incriminer la fatalité tout en espérant que "ça" va changer, que l’activité internationale va reprendre et que, miraculeusement sans doute, le cours harmonieux des choses va retrouver son rythme d’autrefois. "On a tout essayé", point barre ! L’idée ne vient pas, semble-t-il, de mettre en cause les hypothèses sur lesquelles se fonde cette appréciation, cette justification même, de notre apparente impuissance. Nous sommes tellement persuadés de la permanence de notre image du monde que nous paraissons incapables de constater que celui-ci évolue maintenant à la vitesse même de nos jours. Il ne s’agit plus de réformer, d’adapter et/ou de simplifier mais d’oublier l’hier pour regarder l’aujourd’hui sans chercher à appliquer des méthodes, des analyses et des solutions sans aucun rapport avec ce qui se déroule sous nos yeux.

Comme dit le sage chinois : "C’est entre le rêve et la réalité que se glisse la lame effilée du sabre du malheur ’".

Réveillons-nous !

LA RÉALITÉ

• Sur le plan international  :

Economiquement, quatre puissances comptent dans le monde, les Etats-Unis, l’Europe, la Russie et la Chine. Les Etats-Unis du Président Obama considèrent que leur problème de demain sera une confrontation avec la Chine, sans imaginer pour le moment la forme qu’elle prendra..

• En ce qui concerne l’Europe et la Russie , voilà plusieurs années que cette dernière est une cible et les relations prennent peu à peu des allures de "guerre froide", même si l’expression est un peu forte. L’affaire ukrainienne, à l’évolution de laquelle les Etats-Unis sont loin d’être étrangers, prend une forme de neutralisation de l’ensemble Russie-Union européenne. Cette politique est poursuivie dans le cadre de la négociation commerciale entre l’Union européenne et les Etats-Unis dont l’objectif est d’assurer la primauté des Etats-Unis et l’enjeu, la maîtrise du commerce occidental.

Cette lutte tantôt sourde, tantôt matériellement évidente est aujourd’hui "polluée" par la montée en puissance d’un adversaire "anormal", cette nébuleuse islamique qui affiche clairement un objectif de domination religieuse au sens le plus étroit. La forme de cette confrontation -qui se greffe sur un état permanent d’anarchie au Moyen Orient devenu incontrôlable depuis la chute d’une partie des régimes dictatoriaux locaux- dépasse largement les limites de l’analyse que les stratèges occidentaux semblent développer. Il ne s’agit plus d’une activité de quelques groupes terroristes ci et là mais d’une guerre véritable menée par des groupes puissamment armés, indépendants, unis par la volonté hégémonique d’une croyance religieuse exacerbée au point de devenir une idéologie conquérante. La politique pratiquée repose sur la vision d’un monde fondé sur la charia. La stratégie qui la formalise, des prises de pouvoir locales conduisant à terme à un Etat islamique mondial, se traduit matériellement par des opérations généralisées menées par des groupes indépendants et isolés dont le terrorisme est la tactique

Les antagonismes économiques occidentaux ne permettent pas d’apprécier à sa juste valeur la menace que représente cet Islam dévoyé. Il s’agit d’une guerre perdue d’avance si les occidentaux n’en prennent pas la mesure. Déjà, dans des circonstances très différentes, un petit pays, le Vietnam, a su vaincre la plus grande puissance militaire du monde, les Etats-Unis. La gestion des troubles constants au Moyen-orient connait les mêmes échecs. Chaque fois, le processus a été le même : des interventions "classiques" se sont enlisées avant que les "attaquants" ne battent en retraite face à une politique et sa stratégie matérialisées par l’action de groupes autonomes qui les mettent en œuvre de manière complètement indépendante. Pas d’Etats, pas de direction centrale (chaque chef" disparu est immédiatement remplacé) sinon une unité idéologique. A cela qu’opposons-nous ? Rien que des méthodes inadaptées, du renseignement, des frappes aériennes et des "cadeaux" de matériels dans des conditions telles que l’ennemi finit par en avoir la jouissance.

• Sut le plan national

La situation est infiniment plus grave que ne l’avoue le gouvernement. Il se pourrait même qu’il n’en soit pas réellement conscient car le fossé entre les citoyens et le Pouvoir est tellement large qu’il y a parfois lieu de se deman-der si ce dernier ne gère pas un peuple imaginaire qui appartiendrait à l’image mythique précédemment proposée.

Certes les mouvements observés quelles que soient leur ampleur et leur apparente durée ("le mariage pour tous", les "bonnets rouges", les négations permanentes mais locales de l’autorité de l’Etat) ne semblent pas mener à une cristallisation collective. Pourtant leur multiplication et leur radicalisation rendent la situation bien plus instable qu’il n’y parait.

Les contradictions éclatantes entre la parole du Pouvoir, les meures annoncées et les actions entreprises frappent un nombre croissant de citoyens aux yeux desquels il devient de plus en plus clair que l’Etat vit d’expédients. L’invention quotidienne de normes, de taxes, de transferts de charges constituent autant d’incohérences qui prennent vite l’allure de mensonges permanents. Qui croit par exemple que la baisse démagogique de l’impôt de quelques ménages qui en payaient à peine ne va pas se traduire par l’augmentation de la quote-part de ceux qui sont déjà écrasés, qui va croire à la réalité des économies affichées alors que les collectivités locales seront obligées d’augmenter une pression fiscale déjà insupportable ?

L’irréalisme des démarches du Pouvoir, les fausses querelles au sujet des politiques à suivre finissent par mettre en évidence le caractère mythique de la gouvernance qui nous organise. Des politiques ? Mais où s’énoncent les visions du monde qu’elles traduiraient, les stratégies qui les matérialiseraient ? Qui croit encore en un Pouvoir dont l’exercice est un tissu d’incohérences ?

"Quand ma bouche et mon bras sont en désaccord, je crois à mon bras !" Le chômage augmente, la croissance est un mythe, les dépenses de l’Etat augmentent, le déficit s’accroît mais le discours persiste, même si les voix s’élèvent, de plus en plus nombreuses, qui expriment l’insatisfaction de la plupart.

Que faire alors ?

CE QU’IL FAUDRAIT FAIRE

Internationalement  :

• Reconnaître l’état de guerre en désignant l’ennemi véritable : tout individu porteur de l’idéologie en question. Ainsi, point n’est besoin de lois particulières et de textes de circonstances. Chaque pays possède l’arsenal législatif approprié. Pour mettre en œuvre les mesures nécessaires, il suffit de le proclamer.

• La politique ? Une destruction définitive de la menace. La stratégie afférente, la caractérisation explicite de l’ennemi et de ses méthodes. La tactique, enfin, à mettre en œuvre, œil pour œil, dent pour dent. Ce ne sera pas la première fois que l’Humanité aura utilisé contre ses ennemis les armes-mêmes qui la menacent. Une fois le danger identifié, l’aspect sociétal décrit, les "professionnels" de la chose sauront vite mettre en œuvre les mesures nécessaires.

• Face à un péril mortel, cesser immédiatement ces querelles subalternes destinées surtout à affaiblir les uns au profit des autres dont le résultat sera l’affaiblissement de tous.

Nationalement  :

• Permettre à chacun d’exercer sa capacité de citoyen en cessant de considérer le pékin vulgaire (serait-il une ouvrière illettrée) comme un analphabète incapable de saisir la réalité des enjeux.

• Cesser de travestir les faits et annoncer l’état de la Nation en des termes accessibles à tous. Dire ce que signifie l’endettement, dire la situation telle qu’elle est dans un monde où les conditions n’ont plus rien à voir avec celles qui ont conduit à la formulation actuelle de notre gouvernance.

• Annoncer alors les mesures socio-sociétales (cf le numéro d’août des "Humeurs") de nature à ralentir puis stopper le délitement et les soumettre à l’appréciation des citoyens, en évitant cette tentation de manipuler les résultats en modifiant le corps électoral (naturalisations sans autre fondement que politicien, attribution du droit de vote à des étrangers non membres de l’Union européenne) .

Qu’en pensez-vous ?

Romain JACOUD


samedi 27 septembre 2014 (Date de rédaction antérieure : septembre 2014).