Quelques riens..., parmi les autres

La France dont les citoyens peuvent de targuer d’un manque de pétrole mais d’une surabondance d’idées (si l’on en croit le Président Giscard d’Estaing) est aussi la championne de la conservation des "avantages acquis". Qu’importent leurs origines et les raisons, autrefois légitimes, qui ont conduit à leur adoption, les évolutions, voire les révolutions, des conditions de nos vies, ces avantages demeureront même si leur inadaptation à l’actualité en fait autant de vices qui finiront par nous emporter.


 Citation invitée : Un rien, c’est rien ! Mais trois fois rien, c’est déjà quelque chose ! Raymond Devos 

Avant toute(s) chose(s), les "Humeurs stratégiques" vous prient d’accepter la vingt-et-unième expression de leurs vœux les plus sincères.
2007 déjà a été passionnante, 2008, bissextile, risque d’être encore plus excitante. Nous semblons entrer dans une configuration nouvelle où les illusionnistes et autres équilibristes de la sclérose intellectuelle prennent contact, les un(e)s après les autres avec une réalité qu’ils, elles, ont ignorée. Que ce soit par aveuglement, bêtise ou inconscience, ils ne sont plus que gestes incantatoires et leur évanescence politique est l’expression d’un désespoir définitif.

Les instants de vérité deviennent de plus en plus fréquents. Les plus intelligents des médiateurs, plus aptes que leurs confrères, prévoient, sinon sentent, qu’à la lourdeur du conformisme idéologique succède quelques prémisses d’une brise nouvelle. Aussi, introduisent-ils dans leurs analyses un climat de doute sur la sagesse et l’universalité d’une pensée faite d’illusions.

Oui, vraiment ! Ce sera dur, bien plus dur encore que nous le pensons. Nous n’en sommes qu’aux premiers jours, mais au moins pour une fois, nos ventres bientôt affamés auront des oreilles.

Alors ? Alors, "on" vous la souhaite !!!

CEUX QUE JUPITER…

Il est toujours intéressant de revenir aux sources des idées les plus "reçues", c’est-à-dire les plus indiscutables. Nous les avons tellement intériorisées que nous en avons complètement oblitéré l’origine. Comme l’air que nous respirons et le temps qui passe, nous n’avons même plus conscience qu’elles puissent être mises en cause.

Nous avons oublié, si tant est que nous l’ayons jamais su, que le fondement même de nos organisations socio-sociétales n’est qu’un ensemble d’hypothèses. Pour de nombreuses raisons dont l’énumération fait à la fois la joie et le fonds de commerce de la psychanalyse (et par voie de conséquences, des psychanalystes), nous, les êtres sociaux, avons "vitrifié" ces hypothèses en dogmes. Et le simple questionnement d’un dogme entraîne dans l’instant l’édification d’un bûcher…

C’est ainsi que se crée le "vrai" et son antidote, le "faux". Antidote ? Sans aucun doute, tant il est vrai que le "vrai" est un poison, le poison même auquel succombent la plupart des organisations humaines.

Certes, vivre, prospérer, développer et conquérir l’avenir et le présent d’un monde aux références variables ne sont pas des activités de tout repos. Reprendre les éléments de toute situation nouvelle en repartant de son "à quoi ça sert ?" crée un univers d’incertitude et oblige chacun de nous è faire preuve de créativité. Tout naturellement, nous sommes poussés vers cette solution de facilité où nous vivons dans le monde virtuel de nos désirs tout en évoluant dans une réalité que nous nions avec constance. Ainsi le "vrai" imaginaire est un "faux" matériel ; les faits que nous observons sont tantôt maltraités dans le but de coller à nos représentations théoriques, tantôt purement et simplement ignorés.

Ah, qu’elle serait réjouissante la lecture du catalogue de nos principes imaginaires comparés à nos contorsions intellectuelles d’identification. Si les faits sont têtus (comme disait Lénine, un expert en assimilations abusives), nous le sommes plus encore en manifestant envers et contre tout notre obstination à faire de toute vessie une lanterne planétaire.

Des exemples ? Ouvrons les yeux, il n’est pas de domaine, de secteur où nos comportements soulignent nos inconséquences. En fait, il suffit de choisir nos tabous comme balises de ce voyage. Paresseux, commençons par nous saisir du quotidien :

- La mode, en ce moment, est de décliner le "principe d’ingérence" en toutes occasions. Outre que son énoncé-même est définitivement discutable (voir ce moment de vérité christiquement asséné : "que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre" !!!), sa lecture rédemptrice prêterait à rire si elle ne se transformait pas régulièrement en usine à martyres et à martyrs. Des O.N.G. immatures comme "l"Arche de Zoé", aux journalistes d’investigation, en passant par la quasi totalité des commentaires médiatiques, le climat est indubitablement celui d’un colonialisme dont l’expression semble ignorée de tous. Les uns, au nom de leur morale, se permettent de transgresser de manière impardonnable les lois et l’indépendance des pays qu’ils examinent. Les autres en arrivent à renier les engagements pris pour obtenir visas et autorisations de circuler. Imaginons un instant nos réactions si la justice de notre pays et le comportement de nos magistrats avaient été remis en cause comme le sont les institutions du Tchad et les autorités des différents pays africains actuellement "surveillés".

Au fait, quid du silence des associations spécialisées dans la défense des droits de l’homme, du respect des faibles et autres que le moindre écart de langage met en transes ?

- La mode, toujours, de dénoncer sans arrêt le racisme "ordinaire" qui s’exerce quotidiennement à l’égard de toute population exotique ne veut pas entendre parler, même à voix basse, du racisme que ces mêmes populations exercent à notre égard. Le nier n’avance aucune cause sinon celle de l’obscurantisme et de la haine réciproques. Le rêve de ces "gaulois, nos ancêtres, blonds aux yeux bleus qui ne craignaient rien que la chute du ciel sur leur tête", croyons-nous qu’il puisse être la gomme universelle qui oblitère l’origine ethnique ? Cette différence, ce gage d’enrichissement collectif, interdit de reconnaissance parce que nié par de bonnes âmes, sont gâchés, définitivement stérilisées par le refus, au nom d’un antiracisme qui se révèle être le pire des racismes.

- La pratique de la grève, cette arme ultime du prolétariat exploité contre l’avidité d’un patronat dénoncé comme tout puissant, ne s’exerce en fait que contre le pékin vulgaire généralement pris en otage. Mais à y réfléchir, s’il est victime, c’est en toute justice. Qui est propriétaire de la SNCF, de la RATP, de Gaz de France, d’EdF, du système éducatif dans sa totalité, de la quasi totalité du système sanitaire, de la Poste et d’autres officines de "service public" sinon ce pékin vulgaire, vous et nous ?

- La critique du capitalisme semble vivre une période tout à fait faste. Dommage pourtant que ses éléments soient d’une rare indigence et illustrent avec régularité un environnement imaginaire qui serait l’expression actuelle d’une situation largement séculaire. Les têtes pensantes qui dénoncent avec vigueur la motivation mercantile des entrepreneurs ont laissé ceux-ci se faire éliminer par des financiers dont le regard ne s’élève jamais au-dessus des résultats de la Bourse du jour. Ah qu’elle a été belle et géniale, cette démarche d’un grand groupe industriel français collant à son époque et se retirant de toute production ! Le résultat a été quasiment immédiat : même en s’acoquinant avec un ex-concurrent américain, l’effondrement de l’entreprise poursuit son cours. Le capitalisme consiste en un achat d’argent qui s’investit dans une production dont le bénéfice de la vente permet à la fois de rémunérer le travail, de payer l’achat d’argent et de réinvestir, notamment en achetant de nouveau l’argent nécessaire. Ignorer l’intermédiaire productif jusqu’à déserter ce champ conduit immanquablement à la création d’une de ces "bulles" dont l’éclatement programmé détruit chaque fois un peu plus un tissu qui est la vie et le développement de la planète.

- Autre tabou, celui des "pauvres" des "SDF", des "exclus" et des "abandonnés", plus précisément le tabou de la solidarité. La solidarité est une expression de dignité humaine quand elle s’exerce dans le cadre d’une réciprocité. Dans toute autre circonstance, elle est l’expression inconsciente d’un rare mépris de l’autre. Assister, prendre en charge sans jamais demander en échange le moindre geste, sans permettre que s’exerce la moindre participation, c’est transformer un être humain en légume en le ravalant à n’être plus qu’une paume tendue dans l’attente d’une obole… toujours considérée comme insuffisante. La solidarité ne s’octroie pas, elle n’est pas un dû. Si nous voulons en faire un devoir social, il faut la rendre réciproque. Autrement ces "exclus" sur lesquels nous nous "penchons" avec sollicitude ne sont que le fruit social de notre réelle indifférence.

Et, en descendant jusqu’au niveau des comportements individuels du citoyen, chacun de nous peut en mesurer l’irréalisme. L’irresponsabilité que nous affichons est l’alibi majeur et permanent de nos échecs. Combien de milliards perdus parce que projetés sur des situations imaginaires qui masquent, habillent et déguisent la réalité ? La Cour des comptes, chaque fois qu’elle rapporte, met en évidence l’inadéquation des actions aux objectifs recherchés.

Bref, il n’est pas de circonstances, il n’est pas de cas où les sujets et les objets de nos préoccupations nous apparaissent dans leur crudité. Nous ne rencontrons que des versions "moralisées", virtuelles même, d’un monde dont nous finissons par nier qu’il n’est pas conforme à cet imaginaire.

UN UNIVERS DE FAUX

Le monde n’est rien en dehors de l’interprétation que nous donnons à ce qui n’est qu’image. De jeunes voyous, assassins souvent sans rime et sans raison, sont des "jeunes" déboussolés (sic), des actions de sabotage sur les voies ferrées ne sont pas des crimes mais des "actes de malveillance"(re-sic). Les attentats s’ils ne sont pas reconnus comme légitimes sont, à tout le moins, "compris", sinon excusés. Notre langage, nos expressions les plus familières, nous enferment dans l’irréalité. Notre environnement a évolué à une vitesse telle que nous n’avons pas été capables de constituer un système de référence(s) adapté à notre temps. La morale que nous avons voulu transcendante, une erreur dont nous ne nous sommes jamais relevés, s’est dissoute. Le bien, pardon le Bien, le Mal, apparaissent comme des mots creux tant il est devenu impensable de trier le plus quotidien des actes à partir de ces notions.

Notre environnement présente autant de formes et de couleurs qu’il est de regards. Le vrai, le faux sont indéfinissables, soumis comme ils le sont aux goûts et aux couleurs de chacun. Le vélocipédiste qui emprunte le trottoir ou le sens unique, ignore délibérément la présence de l’autre dont il envahit le territoire jusqu’à l’injurier d’être là. Dorénavant le vol de l’œuf est aussi anodin que celui du bœuf… et la sanction quand elle intervient on ne sait par quel hasard, ne distingue visiblement pas quelque degré que ce soit dans l’indignité de l’acte.

Au cours des siècles, nous avons constitué un ensemble humain fondé sur la perception de chacun de ses membres que la survie collective offrait plus de chances de réussite que des tentatives individuelles. Le collectif était d’autant plus stable que chacun de ses membres contribuait selon ses possibilités à l’économie de l’ensemble. Au cours de ces premiers temps, la nécessité de l’équilibre entre l’apport et le rapport qui conditionnait la survie de l’individu au sein du groupe n’échappait à personne car la sanction était immédiate et définitive : l’extinction du groupe par disparition physique de ses membres. Mais par suite de l’apparition de la division du travail, des évolutions de la technologie et des modes de production, de l’émergence des désirs individuels, les formes d’organisation sociale ont été bouleversées sans que ces modifications aient retenu une attention particulière des uns et des autres.

Ainsi, peu à peu, le lien social entre l’individu et le groupe, réciproque au départ, est devenu à sens unique. L’individu, sociétaire d’abord, s’est transformé en "pensionné", perdant complètement conscience de ses responsabilités dans le fonctionnement de l’ensemble. Dorénavant irresponsable, il ne percevait plus les signaux émis par la réalité, embrigadé ainsi dans une organisation qui institutionnalisait sa participation obligatoire dans un enchevêtrement de lois et de règlements dont la fonction lui échappait chaque jours davantage.

La société remplace aujourd’hui la perception individuelle du monde par une perspective collective qui a perdu toute relation avec la matérialité de l’envi-ronnement. Tant que l’appareil apportait peu ou prou une satisfaction acceptable en répondant à une partie suffisamment matérielle des désirs, la paix sociale était assurée. mais cette époque touche à sa fin. De plus en plus d’individus perdent leur "pension", c’est-à-dire leur emploi et leur place sociale pour se retrouver en position crue d’assistés. Crue, parce que les apparences ont disparu. La liberté du moindre salarié de maîtriser son destin dépend de son désir d’évolution. Même congelé dans son quotidien, il n’en considère pas moins qu’il est un membre actif de la société. Il n’imagine pas que sa rémunération, aussi justifiée qu’elle lui paraisse, est une forme subtile de prise en charge. A cet égard, la réforme des indications portées sur la fiche de paie ne semble pas avoir provoqué la prise de conscience à laquelle certains pensaient pouvoir s’attendre. Dans la mesure où l’intervention de la collectivité n’implique aucun geste libérateur, en l’absence d’emploi, la position d’assisté ne peut pas être niée. L’exclusion sociale est explicite. Le décor s’effondre. Plus de décors, plus de références ; plus de références, plus de Vrai, plus de Faux, plus de Bien, plus de Mal, le chaos, quoi ! En fait, rien de grave. Pour peu que nous fassions attention en traversant les rues et que nous n’hésitions pas à changer de trottoir au moindre signe du destin, nous avons de fortes chances de survivre..., en attendant des jours meilleurs.

A vrai dire, à mesure que les faits nous apparaîtrons dans leur nudité, il nous faudra bien envisager la constitution d’un appareil d’interprétation adéquat. Mais ces faits nous paraîtrons, à chaque fois, nouveaux, ce qui nous obligera à un effort important d’imagination car il faudra que nous apprenions à tenir compte de la spécificité des événements. Einstein, déjà, avait réalisé que la relativité naissait du regard particulier de chaque observateur. Nous aurons perdu la jouissance de cet alibi auquel nous avons tant eu recours : rapporter tout fait nouveau à un fait du passé, ce qui évite de se poser des questions auxquelles il faudra inventer des réponses. C’est ainsi que nous avons toujours été en retard d’une guerre et que nous gérons chaque crise nou-velle avec les remèdes que nous aurions dû administrer au malade précédent.

Un univers de faux ? Sans aucun doute mais dans le sens d’une copie où la tempête s’efface au profit d’une petite pluie et la canicule, au profit d’une brise de printemps. Dans les deux cas, le parapluie et l’ombrelle ne sont pas d’un grand secours.

À L’ÉCOLE DES RIENS…

L’avantage de ce coup de gomme, c’est qu’il sera désormais impossible de tenter d’interpréter un présent à la lumière d’un passé…, même récent. Certes, la tentation demeure, demeurera encore quelque temps mais la succession des échecs deviendra tellement insupportable qu’il faudra se résoudre à reprendre chaque événement à sa source.

Quand l’application répétée d’une même séquence d’actions n’apporte pas le résultat espéré, c’est que les choix qui ont conduit à sa mise en œuvre, pour pertinents qu’ils apparaissent, ne sont plus actuels. La construction qu’ils expriment est probablement fondée sur la prise en compte d’une image qui n’est plus représentative.

Un exemple, tout à fait actuel : le cas de madame Bettancourt. Comment se fait-il que toutes les tentatives d’obtenir sa libération n’ont jamais abouti jusqu’ici ?

Deux séries d’observations, apparemment contradictoires. D’une part, est-il vraiment si incompréhensible d’observer que le président actuel, monsieur Urribe, semble avoir régulièrement torpillé toute tentative de nature à conduire à la libération de la prisonnière ? Comme chaque fois, la question porte la réponse : quel intérêt aurait le président de contribuer à la libération de sa future compétitrice, probablement victorieuse dans tous les cas de figure ? Soyons réalistes, nous serions monsieur Urribe, pour la tranquillité de notre esprit comme pour la pérennité de notre pouvoir, sentiments ou pas, madame Bettancourt est mieux là où elle est, plutôt que sur les chemins à faire campagne. En outre, qui pourrait croire que les Etats-Unis en accepteraient l’éventualité qui mettrait au pouvoir une figure d’opposition supplémentaire dans un schéma dont le contrôle leur échappe de plus en plus ? Leur silence est, à cet égard, révélateur qui n’hésite pas à "oublier" l’existence de plusieurs "otages" américains du nord.

La position des FARC, d’autre part, est plus difficile à interpréter. Pour les mêmes raisons, dans une stratégie d’intégration au système actuellement en cours, il semble qu’ils auraient toutes les raisons de libérer un otage qui serait quasiment sûr d’être le prochain chef d’Etat. Un chef d’Etat que l’on ne peut imaginer autrement que dans une politique de négociation et de reconnaissance du courant politique qu’ils portent. Cette analyse suppose que ce mouvement développe une politique de conquête du pouvoir. Est-ce sûr ? Y aurait-il d’autres perspectives envisageables telles, par exemple, qu’une analyse où le but recherché serait l’accès direct au pouvoir ? Quoi qu’il en soit, les conditions exprimées par les FARC pour la libération de tous les prisonniers ne paraissent pas de nature à détruire le régime actuel tant qu’il apporte au peuple le minimum de bien-être auquel il aspire. Le pouvoir n’est au bout du fusil que s’il propose un "plus" de progrès au plus grand nombre. En outre, si le principe des conditions a été exprimé, jusqu’ici aucune négociation, même préalable, n’a fixé le contour matériel qu’elles impliquent pour être mises en œuvre.

Cette approche conduirait-elle les uns et les autres à exprimer clairement "l’à quoi ça sert" de leurs comportements ? Certes, les adversaires passeraient des décors à la réalité mais en ont-ils la stature ?

Autre exemple, tout aussi actuel : les deux problèmes qui empoisonnent et continueront à empoisonner le paysage social français : la durée de la vie active et l’équilibre financier des organismes de Sécurité sociale.

Les plans se succèdent, les remèdes jusqu’ici proposés n’ont jamais pu être réifiés, les améliorations observées n’ont jamais pu être pérennisées. D’une part, bien que les démographes ne manquent pas de souligner l’augmentation régulière de la durée de vie des bénéficiaires, celle-ci demeure un paramètre trop négligé. D’autre part, l’allongement de la durée de cotisation ne semble pas apporter de résultats définitifs. En fait, ces échecs successifs, cette impuissance permanente, devraient conduire à reprendre les problèmes à leur source même. Nous devrions examiner les hypothèses fondatrices des rapports des individus à la structure sociale dans le cadre d’une modification notable et continue de la durée de vie des sociétaires. A mesure que la durée de la vie augmente, l’activité des femmes et des hommes se poursuit bien au-delà de ce que prend en compte l’organisation socio-sociétale traditionnelle. Là encore, la solidarité entre les générations prend les caractères d’un "rackett" plus que d’une participation équilibrée. En outre, la communauté humaine ne peut plus laisser à l’abandon la force de progrès que représente la population des "soixante/soixante-quinze" ans. Rien, pourtant, ne peut être entrepris sans que ces questions soient abordées dans une perspective globale. Nous vivons plus longtemps, tout est à repenser. Par exemple,

- la formation, son contenu, sa forme et sa durée ;
- la durée de la vie active et son organisation ;
- l’emploi, son contenu, sa forme, sa pérennité.

En ce qui concerne la Sécurité sociale, il serait temps de constater que son principe repose sur une idée apparemment généreuse… et complètement farfelue : puisque les "riches" ont le droit d’être malades, une démocratie sociale doit accorder le même droit aux "pauvres". C’est ainsi que, par constitution, la Sécurité sociale soigne, guérit mais ne prévient pas. Quoi que nous en disions, depuis des années nous mettons consciencieusement en œuvre une politique de la maladie que nous baptisons pompeusement politique de la santé. Imaginez un instant, la réorganisation nécessaire pour "remettre les pendules à l’heure" ! Les incidences sur la pratique de la médecine, sur la recherche médicale.. et sur la santé de la population !

Un dernier mot enfin sur le tabou fondamental qui stérilise toute tentative d’un autre regard sur nos comportements de sociétaires : celui des avantages acquis. Ces trente dernières années, la vitesse d’évolution des conditions de la vie humaine a considérablement accéléré. La forme et le contenu des moyens d’amélioration de l’existence que nous avions eu tant de peine "à conquérir" ne répondent plus aux besoins actuels. La défense des acquis, entendez la perpétuation d’un système dont l’inadéquation devient évidente aux yeux mêmes de ses plus ardents défenseurs, Poursuivre dans cette voie devient suicidaire. Aurons-nous le courage de nous interroger sur le présent et les conditions nouvelles qui se sont installées ?

Qu’en pensez-vous ?

Romain JACOUD


jeudi 6 novembre 2008 (Date de rédaction antérieure : janvier 2008).