La guerre... et autres inconvénients

Une sacrée rentrée ! L’agriculture version élevage proche du coma, des professionnels dans le désespoir, une pression fiscale insupportable où moins de la moitié des foyers entretient une majorité de français que l’on n’ose plus qualifier de citoyens, des attentats, des foules de "migrants" (à défaut d’un terme plus approprié) qui inondent l’Europe, une école qui n’a plus rien de républicain… et la guerre, en prime.

Oui, c’est la guerre mais pourquoi et comment ? Cela vaut bien de tenter de répondre !


LA GUERRE

C’est le silence aussi revenons aux "fondamentaux" (selon l’expression à la mode) et à l’univers du Huron :

• La guerre, ça sert à quoi ?

• La guerre, ça marche comment ?

• La guerre, qu’est-ce que c’est ? (cette dernière question est facultative, mais le fait de la poser permet à tous et à toutes de s’exprimer, chacun pouvant y aller de "son n’importe quoi" à l’heure de l’apéritif ; peut également être utilisée sur les TV d’informations aux heures de grande écoute !)

ça sert à quoi ?

Jusqu’à la dernière, celle de 39-45, la guerre servait à affirmer un pouvoir sur fond de conquêtes économiques. Le tout assaisonné d’arguties diverses fondées sur la morale (?), la justice (?), l’exportation civilisatrice (?) et autres justificatifs. Généralement les opérations déterminaient un vainqueur et un vaincu, des conquêtes territoriales et des indemnités, bref des arrangements autour d’une table de négociations. Depuis la dernière [guerre mondiale], l’humanité a retrouvé des motivations que l’on croyait perdues depuis quelques siècles et, en particulier, celles bâties sur des motifs analogues à l’instruction religieuse. Après tout, il n’y a pas de grande différence entre catéchiser au nom de Dieu, de Marx et Engels ou d’Allah, soit en brandissant une croix, à la pointe d’une baïonnette et/ou, plus récemment, sous la menace d’une kalachnikov. La différence essentielle, c’est qu’il ne s’agit plus de conquérir des territoires et/ou (ce qui revient au même) des biens matériels mais d’exterminer l’autre, celui dont la pensée est différente.

Pas de compromis possibles, pas de négociations ! Seule la quasi disparition de l’un ou l’autre groupes peut mettre fin au conflit

Nous sommes ainsi passés d’une guerre contre un ennemi à une guerre contre une pensée. Le problème, c’est que nos sociétés occidentales sont si friandes d’oppositions "intellectuelles" et si respectueuses de la pensée d’autrui qu’elles en oublient qu’en l’occurrence la pensée qui nous agresse est indiscutable et qu’elle est portée par un ennemi qui ne recherche que notre disparition.

Oui, nous sommes en guerre et nous avons un ennemi bien réel, tout à fait matériel. Il ne s’agit pas d’une "guerre de civilisation" (avec ou sans "s") mais d’une guerre vraie, avec des morts au quotidien, où le compromis n’a pas cours. Et dont l’issue ne peut être que notre disparition, si nous nous obstinons à ne pas vouloir porter un regard sur la réalité.

En fait ce regard porté sur la réalité naît de l’examen des considérations qui sous-tendent le conflit. En d’autres termes, la caractérisation de la vision d’avenir, la politique, dont la guerre est la formalisation ou, si l’on préfère, l’expression stratégique. En deux mots, le pourquoi et le où.

Il est vain de s’apitoyer sur l’image du cadavre d’un enfant rejeté sur une plage turque si nous continuons à feindre d’ignorer la responsabilité directe de ceux qui l’ont noyé.

Oui, c’est la guerre et il serait temps de désigner l’ennemi : les pratiquants d’une lecture déviante du Coran, regroupés dans une secte puissante et bien organisée, la secte des salafistes. Tant que nous n’aurons pas accepté cette vérité pourtant d’évidence, il est inutile de cacher notre aveuglement sous des démarches apparemment charitables et humanitaires.

ça marche comment ?

Avant de tenter de démonter le mécanisme qui décrit le déroulement des "opérations", rappelons quelques vérités élémentaires, tellement élémentaires que les analystes en oublient de les considérer :

les "lois de la guerre" n’existent que lorsque les belligérants appartiennent au même monde culturel, ce qui suppose, en apparence du moins, l’existence d’une "morale" commune. ;

dès lors que ce contexte est ignoré, la manière de mener le conflit, la tactique, est déterminée par l’agresseur selon les objectifs qu’il se fixe, les instants divers du conflit et ses conditions actuelles et locales.

Il en résulte que toute récrimination, dénonciation, accusation et protestation adressées à quelque organisme supranational que ce soit, ne sont que bruits de bouche sans incidence sur le développement des actions. L’agresseur dont la stratégie est la formalisation exclusive de la politique qu’il mène (l’expression de sa vision d’avenir) génère les tactiques appropriées au lieu et à l’instant.

Ignorer ce cadre conceptuel, c’est courir à la défaite parce que cela revient à nier la réalité dans laquelle l’ennemi opère. Il y a un monde entre un comportement qui cherche à conduire l’ennemi vers des négociations et celui dont le but explicite est l’annihilation de l’adversaire. S’il n’est pas possible de mener une guerre contre une "idée", il est imaginable, en choisissant les moyens appropriés, d’en supprimer les "vecteurs". Soit dit en passant, les nazis l’avaient bien compris qui, pour détruire le message, ont tenté d’en détruire les porteurs. Tant que les agressés n’auront pas pris conscience de la force politique, c’est-à-dire de la puissance unificatrice de sa traduction stratégique, de renoncement en renoncement, de lâchetés ordinaires en lâchetés ordinaires, ils s’chemineront vers une défaite inéluctable dont le contenu est notre disparition.

Alors, ça marche comment ?

Qui peut encore l’ignorer ? D’abord, une atteinte permanente au moral de l’adversaire en utilisant une arme vieille comme le monde : la peur. Le terrorisme est une arme à double objectif. D’une part elle crée l’insécurité et développe la peur et, d’autre part, cerise sur le gâteau, comme toute arme, elle tue. Mais ne nous y trompons pas, le terrorisme n’est qu’une arme, son maniement relève de la tactique. On ne fait pas la guerre à une arme, on cherche a en désarmer le porteur. Axer un discours, voire une action sur l’arme, c’est se borner à la défensive , à la défense passive même, c’est se condamner à l’échec ; en l’occurrence se condamner (nous condamner ?) à la mort.

Mais si le terrorisme est une arme, c’est aujourd’hui loin d’être la seule. Selon les circonstances, l’agresseur retrouve toutes les tactiques traditionnelles de la guérilla où l’on retrouve certaines démarches de la guerre du Vietnam.

Et nous dans l’affaire ? Ce qui est évident, c’est que nous, les pékins vulgaires, la volaille à plumer, les agneaux à égorger un jour (aujourd’hui-même si, par malchance, nous sommes syriens, kurdes et/ou autres errants au Moyen Orient), nous ne sommes pas "dans le coup". A nos yeux, et bien que des soldats français paient de leur vie l’inexistence d’une politique vis-à-vis des états arabes (au sens large du terme), cela ressemble à une "drôle de guerre" : un attentat ici ou là, des attentats déjoués, des professions de foi exaltées et extrémistes, des soldats en uniforme, apparemment armés mais aux armes déchargées, des forces de police exténuées… et puis plus rien. Cette guerre, sans autre ennemi désigné que le ’terrorisme" n’est pas la nôtre, même si elle s’étale tous les jours dans les journaux et les discours de nos dirigeants. Et, retour à la débâcle de juin 40, nous sommes en outre victimes d’une arme peut-être plus collectivement meurtrière à terme, l’afflux des réfugiés (nous nous demanderons longtemps quel technocrate inculte les a baptisé "migrants", comme des fourmis en transhumance sans doute) avec toutes les conséquences prévisibles dont ’l’encombrement" n’est pas la moindre.

Ne nous leurrons pas, mieux, mettons-le nous dans la tête une bonne fois pour toutes : le problème des "migrants" (drôle de terme ; pourquoi n’osons-nous pas parler de ’réfugiés" ? Le terme serait-il trop cru en nous renvoyant à la réalité d’un climat de guerre ?) est indissociable de la guerre avec les salafistes. La solution sera unique ou ne sera pas !

… ET LES "INCONVÉNIENTS"

Tout d’abord, où en sommes-nous ?

Nous ? Enfin l’Europe ! L’Europe ? Mais kekseksa ? A part les normes, les régulations si souvent stupides et inadaptées, la cavalerie financière et autres bricoles où est-elle cette Europe qui meuble les discours et jette nos paysans su les routes ?

Alors, pas cette Europe inexistante en l’occurrence mais les nations et nous, les pékins vulgaires ? La main à la poche, et encore, la larme à l’œil et le cœur sur la main dans l’attente de solutions que nous ne savons pas envisager. Nous sommes en guerre… mais nous ne faisons pas la guerre. Nous nous contentons, si l’on peut dire, d’attendre les coups, voire de tenter de les contrer avant qu’ils ne soient portés. Devant l’afflux des réfugiés, nous en sommes au coup par coup. Au système D, quoi !

Pourquoi ? Mais parce que pour énoncer une stratégie, il faut choisir une politique, c’est-è-dire exprimer une vision d’avenir. La maison brûle, certes encore au figuré en Europe mais "pour de vrai" au Moyen Orient. Si les pompiers sont nécessaires, il est temps de se poser la question de la mise à l’écart des incendiaires. Il est temps de qualifier les faits, leurs auteurs, de dire clairement qui est l’ennemi, de le débusquer et de le combattre en utilisant contre lui, les armes qu’il utilise contre nous.

L’Histoire ne se répète pas, même si, souvent, l’observateur attentif a l’impression du déjà vu. Rien n’est plus trompeur que ce regard qui nie l’invention, qui refuse l’évolution et qui se complait dans la considération de traditions humanistes qui n’ont rien d’universel. Oui, les nazis déjà ont voulu effacer l’autre mais le salafisme n’est pas le nazisme même s’il présente des similitudes. Malgré nos lâchetés et nos aveuglements d’alors nous avons fini par avoir raison de la peste brune…, enfin presque. Mais les circonstances actuelles ne sont pas les mêmes, pas plus en apparence qu’en réalité. Le nazisme se voulait meilleur et supérieur, le salafisme est exclusif, il n’est pas seulement le meilleur, il est unique et tout ce qui n’est pas lui doit disparaître corps et biens. Les salafistes nous le manifestent chaque jour, attentats, assassinats, destructions de biens, négation du passé face à une vérité, à la vérité, celle qui s’exprime dans cette lecture si particulière du Coran.

Alors, ces "inconvénients" ? La guerre est d’autant plus "dérangeante" que l’ennemi est loin d’être le rassemblement d’une horde sauvage, sanguinaire et analphabète. Outre les "dommages" traditionnels, attentats, assassinats, prises d’otages dus à l’utilisation "classique" d’armes diverses, notre adversaire (unique rappelons-le, quels que soient, par ailleurs, les noms qu’il porte ici ou là) fait appel à tout un arsenal dont nous n’avions pas prévu qu’il pouvait y recourir, et dont l’une des armes les plus absolues est l’utilisation de l’émigration à grande échelle.

Il est temps d’accepter que notre regard sur le monde n’est pas le seul et de cesser de manifester cette arrogance qui fera notre perte. Notre aspiration à l’universalité est un mythe et notre "tolérance", un leurre . Nous ne rêvons que de comprendre et nous n’acceptons pas cette réalité où apparaît un ennemi irréductible. Il existe des maladies incurables et le choix est simple, simpliste même : détruire les porteurs du virus ou en mourir.. Il faut enfin accepter de ne pas comprendre, accepter l’existence d’un monde tellement étranger que la communication est impossible sauf à y adhérer… et encore. L’image la plus parlante serait d’imaginer que l’oxygène venant à manquer la survie passerait par l’accoutumance à l’azote.

Impossible !

QUE FAIRE ?

Dans l’état actuel des choses, nous en sommes réduits à subir. Pourquoi ? Parce que depuis des années, nous avons été incapables d’envisager un avenir, c’est-à-dire de développer une pensée politique. Mais comme nous l’avons dit, la maison brûle, aussi nous devons faire face à une double nécessité.

D’une part et sans attendre, tenter au moins de circonscrire l’incendie, faute de pouvoir l’éteindre D’autre part, se poser d’urgence la question de notre avenir. Deux démarches d’esprit sans rapport mais à mener simultanément. Une question, cependant : en sommes-nous capables aussi bien au niveau national qu’au niveau européen ?

Une "épuration" de l’idée européenne qui entrainerait une refondation à six ou sept plutôt qu’une bouillie indifférenciée à vingt-huit est-elle envisageable, possible même, avant l’effondrement prévisible ?

La prise de conscience de la nécessité de concevoir une politique d’abord, le choix de cette politique, ensuite et sa mise en œuvre, enfin, interviendront-ils avant que le chaos ne nous emporte ? Le plus optimiste d’entre nous serait en peine même de l’imaginer.

Mais, rien n’est jamais perdu et si nos gouvernants ne saisissent pas cette occasion pour créer, enfin cette Europe dont tout le monde parle sans qu’elle existe autrement que sous la forme un édifice bureaucratique qui court comme d’un canard sans tête, nous nous en saisirons. Nous, individus, parce que nous possédons une arme absolue : la toile. Un clavier, un écran et nous sommes reliés, nous pourrons choisir, nous pourrons agir L’intelligence de nos gouvernants pourrait nous épargner ce temps de la reconquête du pouvoir… mais il semble que nous ne pourrons pas éviter de "mouiller nos chemises". Ce serait déjà un résultat extraordinaire que de parvenir à reprendre la main.

Oui, serons-nous capables de muscler nos "élites" dirigeantes en nous accrochant à leurs basques voire de compenser leur irréalisme ?

Qu’en pensez-vous ?

Romain JACOUD


mardi 1er septembre 2015, par Romain Jacoud (Date de rédaction antérieure : 1er septembre 2015).