Du rêve à la réalité

Nous vous avions promis un numéro consacré à l’analyse des piliers de la République, Liberté, Egalité, Fraternité. Nous nous y sommes attachés mais le résultat est désastreux.

Le liberté ? Tout commence par une fragmentation en deux : liberté individuelle (au singulier) et publiques (au pluriel). Ces dernières détaillées en une multitude d’énoncés, conduisant tous à des droits de, des droits à, accompagnés d’autant de normes. Il ne s’agit donc plus de liberté mais d’interdiction(s).

Un œil jeté sur l’égalité n’est pas plus encourageant. Le fondement de cette égalité commence par la découverte d’une école élémentaire supposée donner à chacun, chacune, les outils fondamentaux de leur intégration à la communauté nationale : lire, écrire, compter, observer et décrire, s’exprimer enfin. Inutile d’insister,

La fraternité ? Dur d’en parler au moment où l’on (?) s’apprête à réécrire la loi Combes, ce bijou d’exercice de la démocratie. Apparemment, nous ne le méritons plus. Comme disait Churchill à propos de l’égalité, nous sommes tous frères (et sœurs, bien sûr) ) à cela près qu’il y en a qui sont plus frères et sœurs que d’autres. Bref, un désastre dont la perpétuation n’est possible que par le manque d’intérêt, pour ne pas dire l’absence d’intérêt qu’il soulève.

Alors ? Alors nous avons pensé qu’il était plus positif dans ce contexte de morosité ambiante (malgré la loi Macron er l’optimisme retrouvé des cadres - cf le Figaro du 02.03.2015) de jeter un œil sur le conditions d’un renouvellement économique..

C’est pourquoi, nous nous sommes penchés sur les raisons de la stagnation de l’économie de notre pays malgré l’alignement si favorable, "les pouvoirs publics dixit", des trois fondamentaux actuels, inflation, faiblesse de l’Euro, niveau historiquement bas des taux d’intérêt.


COMMENÇONS PAR LE DÉBUT

Rappelons qu’une situation, quelle qu’elle soit ; s’analyse selon trois niveaux : politique d’abord (une vision à long terme), stratégique ensuite (la formalisation en objectifs à long et moyen termes de la vision précédente accompagnée d’un calendrier), tactique, enfin (la phase de mise en œuvre de la poursuite matérielle des objectifs en tentant de respecter le calendrier proposé).

Si une situation nous échappe, quels que soient les efforts auxquels nous nous contraignons, c’est généralement parce que nous n’avons pas suivi le processus
ci-dessus rappelé. Soit qu’il a été incomplètement abordé, soit que la tête, entendez la politique, est absente.

Visiblement, nous sommes en panne. Nous ? Oh, pas seulement la France, la Chine, les Indes, l’Amérique du Sud et même si certains pays Européens naviguent encore et semblent s’en tirer mieux que d’autres, ils manifestent néanmoins une fragilité qui échappe souvent à des regards trop superficiels. Si nous considérons l’ensemble des pays, il y a vraiment lieu de se poser la question de déterminer la politique que chacun met en œuvre. Et la réponse ne paraît pas couler de source. Quelles visions à long terme animent les dirigeants des grands pays, voire des plus petits ?

Les Amériques de demain, l’Europe de demain, l’Asie ? L’Afrique ? Silence !

Et si, maintenant, nous nous interrogeons sur la France. Où, quand et en quels termes, nos dirigeants actuels, au pouvoir et dans l’opposition, nous ont-ils offert des perspectives qui dépassent le simple désir d’être réélus ? Leur regard, supposé synthétiser le nôtre, participe pourtant plus de la tactique que de la stratégie car il se pose au plus loin à trois ans à chaque quinquennat..

Essayons donc de définir ce que pourraient être les bases d’un regard qui se projetterait dans l’avenir en nous posant la question des désirs élémentaires. Que poursuivent donc les individus quel que soit leur sexe ? Une situation, qui leur assure le vivre et le couvert de manière régulière. Bref, d’abord et avant tout, un emploi ! Voilà de quoi fonder une politique. Reste à la formaliser en énonçant les quelques objectifs qu’il est nécessaire d’atteindre pour que ces satisfactions personnelles puissent trouver une expression collective et durable. L’objectif prioritaire de la collectivité est, par conséquent, de créer de l’emploi. Qui crée de l’emploi ? L’Etat ?, Mais il ne sait inventer que des emplois qui ne participent pas à la création de richesses collectives ; il en détruirait plutôt. L’état d’Aréva est un exemple édifiant et révélateur (un parmi tant d’autres) de son incapacité de substituer le haut-fonctionnaire bon élève à l’aventurier créatif dont la réussite est la seule bouée de sauvetage ,Alors, qui crée l’emploi ? Les PMI et les PME bien plus que les entreprises du CAC 40… encore faut-il le reconnaître.

DU CHÔMAGE A L’EMPLOI

Une fois de plus, le Président vient de nous dire qu’il a tout fait pour réduire le chômage mais que dans l’état actuel des choses, il faut patienter jusqu’au retour de la croissance. Evidemment, il n’a pas été aussi clair mais ce qu’il a dit revenait à ce que nous en avons saisi.

Alors Intéressons-nous, au chômage. Il faut être clair, le chômage est une des conséquences d’un dérèglement de l’économie. Ce dérèglement peut être instantané, limité et dû à des dysfonctionnements passagers de l’appareil productif qu’il y a alors lieu de régler. Dans ces conditions, on ne lutte pas contre le chômage, on indemnise les travailleurs dont l’emploi est passagèrement inutile. Mais il peut être aussi, c’est la cas d’ailleurs depuis près d’une décennie, dû au fait que la politique précédemment proposée et sa formalisation stratégique sont devenues obsolètes.. La production est inadaptée aux besoins du consommateur, les entreprises disparaissent et, en même temps les emplois… sans espoir de retour.

La conséquence est évidente : le traitement du chômage est d’ordre tactique, la gestion et la création d’emplois sont d’ordre stratégique . Tout traitement du chômage par la création d’aides, d’emplois non marchands et autres mesures tactiques ne peuvent rien. Chômage et emploi n’appartiennent pas au même univers conceptuel. L’argent consacré à la "lutte contre le chômage" ne fait qu’entretenir une situation sans aucun espoir d’amélioration. D’où l’adage bien connu "on a tout essayé… !"

Un économiste lucide dirait : on ne traite pas un problème de politique et de stratégie avec une accumulation de mesures tactiques. Le chômage est la manifestation de la poursuite d’une politique et d’une stratégie inadaptées. Un seul remède : mettre en œuvre une politique différente et sa traduction stratégique appropriée.

Une vérité élémentaire que la sagesse populaire exprime en disant qu’il vaut mieux faire n’importe quoi de nouveau plutôt que de recourir à des procédés éculés.

Bien, bien… mais alors comment crée-t-on des emplois ? En laissant s’exprimer le goût de l’aventure, de la prise de risques, de la passion, bref en encourageant l’esprit d’entreprise. En cessant de vilipender la réussite, de dénoncer le succès et en admettant, enfin que la prime doit être attribuée à la réussite. Cesser aussi de considérer que le manque d’esprit d’entreprise ne crée pas une catégorie de
sous-citoyens qui ne pourraient survivre sans la sollicitude de l’Etat.

N’importe quel entrepreneur, placé dans la même situation, aurait tiré un certain nombre de conséquences immédiates. Par exemple, si l’ennemi désigné est le chômage et que je ne parviens pas à le stabiliser, mieux à le réduire malgré tous les milliards que j’ai mis sur le tapis est-ce que je ne me tromperais pas d’ennemi ? Voyons, le chômage est une conséquence du manque d’emplois, alors est-ce que ma réaction ne devrait-elle pas de commencer par créer des emplois ? Qu’est-ce qui m’empêche de créer des emplois ?

[Le bureaucrate nous parle de récession mais notre ami X vient de monter sa boîte de poudre de perlimpinpin. Elle carbure le feu de Dieu mais il limite son personnel au point de freiner son développement. Pourquoi ? Les charges, les impôts ? Oh, bien sûr, "ils" nous étranglent mais le pire ce n’est pas tant la laine qu’ils n’arrêtent pas de tondre, c’est la bureaucratie, les règles, les normes, les freins de toutes natures, la paperasserie et le changement perpétuel de ces satanées règles, parfaitement inutiles pour la plupart.. Regardez, je lance mon idée, ça fume de plaisir chez mes clients. C’est un début et j’ai risqué jusqu’à la pension de ma grand’mère. Imaginez que j’ai besoin de plus de temps, de plus de patience, de plus d’argent… et d’un peu moins de personnel. Compte tenu de ce code du travail qui ressemble au Larousse en vingt volumes, j’aurai déposé la clef sous le paillasson avant de licencier un seul de mes collaborateurs. Le système serait plus souple, le temps de repartir et je créerai dix emplois pour un supprimé passagèrement. Mais vous croyez vraiment qu’un type qui ne laisse même pas son emploi de fonctionnaire quand il prend la direction d’une entreprise peut même imaginer ce qu’est le risque et comment on lui fait face ? Et je ne te parle pas de mon banquier et des usines à gaz de Bercy !]

Le chômage naît également de la suppression d’emplois devenus obsolètes. Lejaby ayant fermé, le personnel, hautement qualifié, assiste à la disparition des métiers concernés. Son seul avenir… le chomdu ! Pourtant en 1951, un Centre d’apprentissage de l’Eure-et-Loir distribuait des CAP de corsetières et, à peine diplômées, les gamines étaient recrutées par une filiale d’une grande compagnie spécialisée dans la fabrication de tubes électroniques où la sureté de main des corsetières faisait merveille dans un métier de précision. On ne fabrique plus de tubes mais la précision des gestes et l’expérience des personnels de Lejaby ne peut-elle être précieuse ailleurs… la formation permanente n’existe-t-elle pas ?

Non, la récession a bon dos, la création d’emplois n’attend que la libération des entrepreneurs et une glorification permanente des succès.

L’Etat n’invente rien mais il est en mesure de faciliter la création et le fonctionnement des entreprises. En fait, le meilleur Etat est celui qui crée les conditions du développement en se gardant bien d’en réguler le processus.

Alors que devrions-nous faire ?

Quelques principes :

• nous n’en sommes plus au temps des Maîtres de Forges et la tendance à la
judiciarisation de tous les actes de la vie professionnelle conduit à l’infantilisation des citoyens. Des problèmes tels que le travail du dimanche où l’opposition des syndicats repose en grande partie sur une prétendue fragilité des personnels concernés, supposés sans défense face à des patrons vécus comme autant d’oppresseurs ;

• une lutte contre le chômage, ne facilite pas la création d’emplois. Sans un autre regard, une autre philosophie, nous continuerons à gaspiller l’argent public. Les chômeurs ne sont pas des victimes sinon d’une illusion organisée par l’Etat. Même si, par miracle (celui qu’attend le gouvernement actuel), la récession laissait place à une reprise, les emplois détruits ne ressusciteraient pas. La reprise ne pourra reposer que sur de nouvelles productions donc de nouveaux métiers, donc de nouveaux emplois .

QUELQUES RÈGLES ÉLÉMENTAIRES

Créer des emplois ? Apparemment les pouvoirs publics ne semblent pas s’être réellement intéressés à la question. Si nous essayons de suivre l’Etat sur ce plan, qu’observons-nous. Des emplois aidés mais dont l’origine est étatique (fonctionnaires, emplois passagers et généralement non marchands) et qui, le plus souvent, ne correspondent à aucune stratégie de développement économique. Disons-le crument : leur objectif n’est que de dégonfler les statistiques et leur effet immédiat, d’augmenter le déficit du budget. En outre, compte. tenu du contenu de la nature de ces emplois, une fois l’aide supprimée, les jeunes gens et jeunes filles, temporairement engagés, se retrouvent à la rue sans avoir acquis de réelles qualités professionnelles sinon de faire traverser les enfants à la sortie des écoles ou de renseigner les voyageurs sur les quais de gare.

Créer des emplois exige un environnement socio-sociétal et des mesures techniques. Pour les justifier encore faut-il cesser de se boucher les oreilles et de fermer les yeux.

Commençons par le commencement. Qui crée des emplois ? Les entrepreneurs, c’est-à-dire des individus, femmes et hommes, qui acceptent de prendre les risques qui accompagnent la création ou le développement d’une entreprise ! Mais pourquoi prendre des risques ? Pour réussir, c’est-à-dire parvenir à divers résultats, celui, entre autres, de gagner de l’argent ainsi que l’estime et le respect de ses concitoyens, en particulier ceux à qui on offre des emplois. ! Voilà pour le socio-sociétal.

Et les aspects techniques et matériels ?

Simplifier les environnements réglementaires et juridiques qui organisent la création d’entreprises et leur fonctionnement. Etablir des délais stricts et appropriés pour la présentation des dossiers, leur sanction et leur mise en œuvre

[A cet égard, la très récente affaire de la retenue d’eau sur un obscur canton du Tarn est un exemple éclatant, une fois de plus, de l’inadaptation des textes et de l’impéritie des responsables. Une opération qui intéresse un canton, mais qui sont alors ces zadistes, d’où viennent-ils, qui les finance, qui les nourrit, que savent-ils des conditions locales, de quel droit s’opposent-ils à des mesures légalement prises par des autorités compétentes ? Une opération nécessaire à la survie d’exploitations existantes repoussée de deux à trois ans au minimum, sans compter de nouvelles contestations, de nouveaux retards]

Mais simplifier ne consiste pas à rayer des paragraphes dans des textes existants mais de rédiger des textes nouveaux à la lumière des conditions qui existent à présent. Les temps ont changé, nos regards et les entrepreneurs aussi. Pas plus que nous ne reprisons nos chaussettes, la distance au passé est trop grande pour tenter de repriser des textes devenus obsolètes. Et c’est aussi vrai des textes qui régissent le travail. Discuter du nombre de dimanches ouvrables, interdire à un artisan d’ouvrir sept jours sur sept… en 2015, on croit rêver, Comment entreprendre si, malgré l’accord des personnels, la bureaucratie et le corporatisme bâillonnent les preneurs de risques ?
Que faire et comment ? Pour une fois, et à titre d’essai, osons aller chercher le fruit de l’expérience de ceux qui se heurtent quotidiennement aux conséquence du délire dont font parfois preuve la représentation nationale et les technocrates avides de règlementations et de normes. Après tout, le Président lui-même n’a-t-il pas dit que nous avons tout essayé… sauf de rechercher l’avis des pros !

Réunir une commission de quelques chefs de P.M.E. et P.M.I. jeunes et moins jeunes, actifs et dynamiques, provinciaux et parisiens. La charger de relever les raisons qui les empêchent de créer des emplois comme les mesures juridiques, méthodologiques, règlementaires et fiscales qui les encourageraient à en créer. Et, avant tout, en rappeler aux commissaires qu’ils sont là pour résoudre des problème réels, pas pour corriger des textes obsolètes.

Qu’en pensez-vous ?

Romain JACOUD
février 2015


dimanche 1er février 2015, par Romain Jacoud (Date de rédaction antérieure : 1er février 2015).