Beaucoup des bruit(s) pour rien

Selon le sondage le plus récent (tout au moins parmi ceux dont le résultat est porté à la connaissance du pékin vulgaire), seul un électeur sur cinq est satisfait de l’action du Président de la République. En l’absence d’aitres précisions, cela signifierait que quatre électeurs sur cinq en sont mécontents.

Comment peut-on concilier la permanence d’une légitimité fondée sur l’expression d’un choix dans les règles un jour donné et la manifestation, mois après mois, d’une désaffection majoritaire relevée par des institutions privées diverses aux résultats convergents ?

Sans entrer dans les arguties maurassiennes des oppositions entre pays "légal" et pays "réel" qui firent les beaux jours des années trente du siècle dernier, une certaine lecture de la Constitution de la Cinquième république déjà pratiquée par son fondateur lui-même permettrait de lever cette apparente contradiction.

On peut toujours rêver…


LE RENDEZ-VOUS DE SAMARCANDE

Que reste-t-il de ces vingt-deux mois de présidence Hollande ?

Posée ainsi, à brûle pourpoint qu’est-ce ce qui vient à l’esprit ?

Une ambiance d’abord. Faite d’une dénonciation multiforme mais permanente du prédécesseur, de la promesse "d’une absence de promesses" et d’une affirmation "le changement ; c’est maintenant".

L’expression règlementaire de la répétition d’un slogan "faire payer les ruches", selon l’interprétation qu’en avait donné le ministre Tardieu, c’est-à-dire sous forme d’une mise en coupe réglée des ressources des classes moyennes.

Une série de décisions dont la plupart n’ont été que le "détricotage" de décisions prises au cours du quinquennat précédent, les autres l’expression d’une idéologie à courte vue parmi lesquelles une réforme a minima des retraites et l’institution du "mariage pour tous".

Les événements marquants ? Des avatars personnels et une audience chez le Pape où le monde entier (du moins la partie du monde plantée devant un écran de télévision) a pu voir un homme dans la force de l’âge, accessoirement chef d’Etat, s’asseoir devant un homme du troisième âge, accessoirement mandataire de plusieurs centaines de millions de fidèles, sans même attendre d’y être invité. A dire vrai, tout le personnage est dans ce geste. Et les couacs… les uns ministériels, les autres réglementaires chaque fois relevés pas les organismes compétents (conseil constitutionnel, conseil d’Etat, cour des comptes, etc…), tous manifestations publiques d’incompétence et d’immaturité professionnelle.

A la réflexion, pourtant, rien ne surprend. La France est gouvernée comme le fut le Parti socialiste quand monsieur Hollande en était le Premier secrétaire, sans pensée politique, c’est-à-dire sans vision du monde.

Mais tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se casse !

Pendant vingt-deux mois, la grogne, le désenchantement ; la fureur-même, ne s’exprimaient qu’à travers des mouvements limités, localement exprimés, quelques élections partielles ci et là et des sondages qui traduisaient une lente désagrégation de la confiance des citoyens. Rien qui laissait présager la tempête. Et puis, les élections municipales, où le socialisme localement gestionnaire pouvait logiquement s’attendre à un tassement, voire un léger recul. Les élections, des élections, enfin le moyen, le moment, l’occasion d’exprimer l’ensemble des sentiments qui agitent l’électorat depuis près de deux ans. Las ! Quelle qu’ait été l’inexistence de l’opposition (qui ferait bien de balayer devant sa porte), malgré une dénonciation désordonnée des dangers d’une extrême-droite, malgré la découverte fort opportune "d’affaires d’Etat", malgré l’appel aux électeurs abstentionnistes et les déplacements ministériels, au final, un tsunami ! Jusqu’à des maires irréprochables balayés pour leur appartenance et sur environ cinq cents communes de taille notable, seule une pognée est restée sous la direction du Parti au pouvoir.

Evidemment quand le feu est à la maison… Après des paroles consolantes,, un -"je vous ai entendus"- [moins exaltant qu’un "-je vous ai compris"- d’un autre temps et d’une autre pointure], les actes. Changement de Premier ministre, changement de gouvernement, la totale quoi !

La totale ? Sous la Quatrième république, peut-être mais sous la Cinquième ? En effet, sous le régime précédent, un changement de gouvernement traduisait, autant que faire se pouvait, un changement de politique. Sous le régime actuel, la politique, c’est le Président et le ministère n’est lè que pour mettre en œuvre la politique définie et imaginée par le Président.

Certes, tout être humain, le Président comme tout autre, est en droit de changer de politique, c’est-è-dire d’afficher une autre vision du monde que celle qui a conduit à son élection. En l’occurrence, c’est là qu’est le problème. La politique défendue par le candidat était fondée, d’une part, sur la dénonciation de la "malfaisance" de son prédécesseur et, d’autre part, sur une énumération de bons sentiments. Des critiques, auraient-elles été fondées, et un étalage de bons sentiments, seraient-ils des plus humanitaires ; ne meublent pas une vision du monde. Pas plus que cet assemblage ne débouche sur une stratégie. Pour changer de cap, encore fait-il en suivre un, ce qui n’a pas été le cas jusqu’ici.

Mais oui, "quand ma bouche et mon bras sont en désaccord, je crois à mon bras"… dit le sage chinois. En l’occurrence, si la bouche n’a pas chômé, l’absence de résultats témoigne de l’inexistence d’un projet politique originel.

Bref, le rendez-vous de Samarcande où ; malgré un long détour, vient un moment où il n’est plus possible d’échapper au rendez-vous de la réalité.

Et maintenant ?

DE LA GOUVERNANCE…

Avant de caractériser, plutôt de tenter de caractériser ce qu’il y aurait lieu d’entreprendre, il est utile de jeter un œil sur notre environnement (à tous les sens sauf écologique). Notre communauté, la France, a considérablement évolué et ; si cette évolution a commencé au lendemain de la seconde guerre mondiale, le feu qui a cheminé sous ls cendre commence à apparaître. Ce bouleversement qui touche tous les comportements de l’activité humaine, nous rend aujourd’hui brusquement acteurs alors que jusqu’ici nous en subissions les effets sans même nous en apercevoir tellement l’évolution de nos conditions de vie étaient lente.

Cette accélération est récente, rien jusqu’ici n’attirait notre attention tellement les modifications étaient progressives. Et puis, brusquement de manière apparemment inattendue, un début de monde nouveau nous est dégringolé sur la tête.

La communication d’abord : jusqu’ici nous la subissions mais à présent l’ordinateur portable, la tablette, le téléphone intelligent et leur corolaire, les réseaux sociaux, la possibilité donnée à chacun, quasiment à toutes et à tous, de s’exprimer, d’être entendus et de participer. Ce choc, ce pouvoir auquel personne n’était préparé, nous le subissons toutes et tous, de manière différente mais tout aussi brutalement. En ce qui concerne la gouvernance, la gestion de l’Etat ; l’irruption des "dirigés" laisse les "dirigeants" bouche bée, tellement la chose est neuve, inattendue, incomprise.

Jusqu’ici, la politique, ou ce qui en tenait compte, se traitait en deux univers sans aucun rapport : les Assemblées et le café du commerce. La politique, aujourd’hui est affaire de SMS, de twitter, de blogs. Elle se discute, se vit ; se manifeste à chaque instant et sous des formes multiples, mais elle devient l’affaire de tous et de toutes. Cette facilité de s’atteindre les uns, les unes, les autres, est telle que tout un chacun ne peut comprendre, admettre et accepter d’être laissé sur le bord de la route dès qu’il s’agit de la vie de tous. Le fossé vient d’apparaître entre les professionnels de la politique et nous, l’électorat, les citoyens, les administrés de façon générale. Cette appropriation de l’échange nous accorde une maturité que nous refuse un appareil politique dont les méthodes, la pensée et les réflexes datent du siècle dernier. Toutes les conditions de l’incompréhension sont réunies.

La déviance vers l’égotisme ensuite ou, si l’on préfère, le délitement de l’Etat dans un "chacun pour soi" sans commune mesure socio-sociétale. Mille revendications mais rien qui permette leur synthèse.

La fureur d’abord, puis le dégoût, l’indifférence enfin à force de ne pas être écoutés, entendus, voire compris.

Moins que les vicissitudes du quotidien, les difficultés de la vie, le naufrage socio-sociétal qui frappe la communauté, c’est ce sentiment de divorce avec l’univers des dirigeants. Ce sentiment d’une incompréhension d’ordre quasiment génétique, un même objet devenu différent parce que vu différemment sans que jamais la superposition ne se puisse faire. Le sens même des mots, la qualité des gestes, plus rien de commun ; comme si la réalité de nos existences était niée au profit de quelque robotisation du regard et de la pensée.

Ce qui demeure, c’est notre nombre. Aussi, le jour proche où l’Etat ne sera même plus ce guichet qu’il est encore aujourd’hui verra le divorce prononcé et entré dans les mœurs. Comment ? Par la recherche de solutions locales à des problèmes immédiats et l’abandon de normes collectives dépassées et inadaptées.

Ce délitement est-il inéluctable ? Peut-être bien car lutter contre cette désagrégation exige un autre regard socio-sociétal.

En fait, l’idée serait de chercher le moyen de nous épargner ce passage par le chaos vers lequel nous semblons tendre, tellement nous cherchons à échapper à la mise en œuvre d’autres ambitions. Nous ? L’abandon d’une société où ceux qui prétendent savoir imposent des solutions à d’autres supposés incapables de savoir, pire même supposés incapables de comprendre au delà de leur pré carré. A commencer par la manière de fabriquer de la richesse, de pérenniser cette création et d’en assurer une distribution intelligente.

Bref, soit nous commençons entre nous, petitement et pragmatiquement ce qui est nécessaire au présent pour envisager une représentation de l’avenir tel que nous pourrions l’inventer, soit nous continuons à subir.

En fait, plutôt que de continuer à lire le monde à travers une vision idéologique obsolète, revenons-en aux "fondamentaux". N’oublions pas que des questions simples conduisent toujours à des réponses simples.

Ainsi, par exemple, quid de notre survie ? Elle dépend des richesses que nous sommes capables de créer. Comment crée-r-on des richesses ? En laissant s’exprimer la créativité de chacun dans ka liberté d’entreprendre la plus totale.

[Nos contemporains ne sont pas stupides. Considérer que certains, certaines d’entre nous ne sont pas en mesure de défendre leur conditions d’existence et que tout rapport de production doive être régulé, est une négation de la démocratie. Il est des prosélytismes qui sont autant d’irrespects.]

Alors ?

PUISQU’iL EST QUESTION DE FEUILLE DE ROUTE…

Il n’est de développement socio-sociétal harmonieux que dans un système créateur de richesses. Si la participation à la création de richesses est trivial, l’invention de projets, la découverte de filons et le création de structures de développement n’est pas la propriété de tout le monde. Un monde harmonieux est un monde qui facilite ; l’invention, l’entreprise. Un monde qui n’oublie jamais qu’avant de distribuer des richesses, il y a lieu de les créer.

Faciliter la création de richesse, c’est libérer l’esprit d’entreprise, c’est surveiller la souplesse de toutes les organisations, c’est tenir les individus pour évolués et laisser à tous la liberté d’inventer, d’imaginer. C’est mettre à la disposition des porteurs de projets les fonds nécessaires à leur mise en œuvre et à leur développement. C’est apprendre à manier l’interdit en respectant la personnalité des êtres sans s’autoriser à se substituer à l’individu sous des prétextes d’insuffisance individuelle.

Le monde n’est plus un rassemblement de groupes fermés sur eux-mêmes où la mécanique de chacun se déroule dans le silence, le secret et l’anonymat. Dans un monde où tout circule, il devient difficile d’abuser. Dans un monde où tout circule, il est également plus facile d’être solidaire. Dans un monde où tout circule, l’opinion publique est un outil, voire une arme, cet outil si particulier qu’il est celui des cas extrêmes.

Peu d’organisations peuvent se permettre d’ignorer les conséquences d’un boycott. Peu de pouvoirs peuvent survivre à des administrés qui l’ignorent. Aujourd’hui il existe tant de canaux pour faire connaître une opposition que certaines expressions pour traditionnelles qu’elles soient sont devenues si improductives qu’elles sont obsolètes.

Aussi une feuille de route adaptée à une société moderne et chaque jour plus "branchée" est une société dont l’organisation permet de tenir compte de ces expressions de manière permanente. L’évolution de la technique lui en donne chaque jour des moyens plus puissants.. En tenir compte, c’est remplacer des régulations tatillonnes par des propositions de bon sens. Notre monde est multiforme, les énoncés des problèmes les plus quotidiens varient selon les êtres qui les rencontrent, les lieux et les temps. Ce qui rend quasiment impossible la collation exhaustive des cas et des mesures afférentes. C’est dire que tous les codes sont à écrire, toutes les lois à inventer ; toutes les organisations à revoir.

Cette société du respect mutuel se manifeste chaque fois que la "puissance" publique est en panne. C’est constater qu’elle est présente constamment et qu’il suffit de lui laisser la place en changeant l’état d’esprit qui gouverne notre appréciation du rôle de la loi, par conséquent, de son contenu, de sa portée et des mécanismes de son application.

Qui mieux qu’un producteur peut apprécier la nécessité d’un code du travail, de son étendue et des formulations des propositions qu’il régule ? Qui mieux qu’un usager peut exprimer le besoin d’une éducation, de ses formes et de ses méthodes ? Est-ce à une docte assemblée de théoriciens spécialistes qu’il faut confier la philosophie qui préside à la conception d’un système de transports où à m’usager qui se heurte quotidiennement aux conditions matérielles de ses déplacements ? Et les mêmes remarques s’appliquent à la gestion de tous les compartiments de la vie.

Imaginer le système, les systèmes qui permettraient de formuler des projets à partir de leur qualité opérationnelle, de leur "à quoi ça sert" plutôt que d’en imaginer un traitement théorique qui ne s’appliquerait qu’aux principes ?

Vous qui nous lisez, tentez donc l’expérience et vous constaterez vite que bien des problèmes que vous rencontrez sont faciles à résoudre dans la mesure où la loi devient conseil et où son application prend un caractère local. Vous constaterez que le domaine véritablement régalien où les propositions doivent s’appliquer è toutes et tous dans la même formulation se réduisent à peu de choses.

La complexité est bien souvent une expression de totalitarisme. Ah qu’il avait raison notre Boileau national quand il nous versifiait que "ce qui se conçoit bien s’exprime clairement et les mots pour le dire nous viennent aisément."

Qu’en pensez-vous ?

Romain JACOUD
avril 2014


mardi 1er avril 2014, par Romain Jacoud (Date de rédaction antérieure : 1er avril 2014).