Une bien curieuse ambiance

Blabla, blabla… !

Tous les samedis, depuis des années, nous allons faire nos courses dans l’Ouest parisien. Tous les mois, depuis des années, nous allons acheter viande et charcuterie dans ce même Ouest parisien. Chaque fois, jusqu’ici, il fallait faire la queue aussi bien pour choisir, se faire servir et payer. Depuis le retour de vacances, la presse a disparu : quel que soit le moment de la matinée, aucun problème pour stationner, aucun problème pour être servi, aucune file aux caisses.

La désaffection de la clientèle est évidente, confirmée d’ailleurs par les commerçants. Certes le prix des fruits et des légumes fluctue de semaine en semaine mais sur le terme, ils sont stables. Il en est de même pour la viande et la charcuterie. Quant à la volaille, dix coquelets pour dix euros… c’est tout dire !

Le tout observé et vécu à trente kilomètres de Paris, une vingtaine de minotes par l’autoroute.

Pourquoi ces remarques ? Pour relever que l’absence du chaland n’est pas le fruit d’augmentations inattendues et permanentes.

Alors ? Un "ralbol" généralisé, une inquiétude de la plupart, une peur de quelques uns, sur un fond pas tellement de désespoir que d’une absence d’espoir ?

Cet état de faits, ce climat d’ignorances réciproques, le "pouvoir" face à des citoyens qui lui tournent le dos, ce fossé plus large chaque jour, cette permanence de la méthode Coué comme socle de gouvernance, plus personne, pas même le Président sans doute, ne parvient à imaginer comment réinventer l’espoir, la joie de vivre et un chemin vers le renouveau.

Rêvons ! "Si j’étais Président…"


N’IMPORTE QUOI, N’IMPORTE QUI !

Triste rentrée, donc ! Dans un climat tellement morose que les médias les plus indulgents ne peuvent plus éviter de relever une baisse importante de la consommation des ménages.

Et pendant ce temps-là :

• un Président dont nous ne savons plus trop s’il préside ou s’il est en campagne électorale. Une fin de règne où le Pouvoir distribue des attrapes-nigauds (des cadeaux virtuels dont le proxy sera réglé par les successeurs). Une fin de règne où le Président prend la parole, sans même prendre le temps de reprendre son souffle, pour tenter de nous convaincre que tout va mieux, que tout va pour le mieux. Une fin de règne où la plupart des conseillers, présidentiels et/ou ministériels quittent le navire pour assurer leur survie matérielle. Bref, une fin de règne qui dégage une triste odeur de fin de règne

• des candidats déjà proclamés dont les agitations sont inversement proportionnelles à la réalité de leurs propositions, des candidats probablement candidats mais dans un futur indéfini et un corps électoral, pardon, des corps électoraux qui vont de l’indifférence à un intérêt relatif sans que rien, pour autant, ne semble réellement agiter les foules ;

• des élections primaires, ici et là, qui réduisent le quinquennat à un quaternat, où se déchaînent les uns, les unes et les autres et où l’on parle moins de politique, c’est-à-dire de projets d’avenir que de l’indignité ordinaire de l’autre.

Le tout dans l’indifférence de la plupart et où seuls les médias semblent croire qu’il se passe quelque chose. Bref, une fin de règne qui fait penser à une fin d’ère car la liste des prérogatives régaliennes réduites à de simples énonciations sans contenu ne cesse de s’allonger. Plus grave encore, ce qui était délit n’est plus qu’incivilité et nous n’en finirions pas d’énumérer ces "riens" qui finissent pas restreindre l’exercice de nos libertés les plus élémentaires. Une "loi du plus fort" dont la puissance publique nous donne l’exemple et que les pékins vulgaires s’empressent d’adopter.

Bref, une rentrée dans un climat de désintégration socio-sociétale dont on se demande plus quand elle va s’interrompre mais s’il est encore possible de l’interrompre.

QUELQUES ETAPES

Les primaires ? Le prototype de la "fausse-bonne" idée qui, réifiée, devient une restriction de la portée du suffrage universel.

Premier effet négatif , sa généralisation à l’éventail des partis entraîne une réduction du quinquennat à quatre ans. Depuis plusieurs mois, candidats déclarés, candidats suggérés en général et, plus particulièrement, le Président en poste, confondent leurs activités régaliennes, l’exercice de leurs mandats, avec une campagne électorale. La multiplication des voyages, ici et là, les prises de paroles sur tout, et souvent sur rien, le serrement de mains généralisé réduisent la gouvernance à une opération de mauvaise tournée publicitaire, Pendant ce temps, la dette de l’Etat augmente, je déficit des finances publique s’accroît, le chômage augmente, les impôts aussi. Bref, quel que soit le domaine, la France, déjà poussive, est à l’arrêt Les pseudo-réformes poursuivies voient leur expression réduite à de simples énoncés. tandis que l’action du gouvernement se traduit par l’attribution de cadeaux électoraux tous azimuts. Un intéressant bilan : deux ans d’erreurs d’appréciation dus à une fâcheuse inexpérience, un an d’interrogation, un an de mise en pratique de décisions sans portée autre qu’immédiate le tout dans une atmosphère d’incantations et, enfin, une activité fébrile dont seul le pouvoir continue à ignorer le contenu de campane électorale aux frais du contribuable.

Deuxième effet négatif  : un défaut de démocratie en ce sens qu’une courte fraction du corps électoral, à droite comme à gauche, va choisir son, ou sa, candidat(e). Quelques semaines plus tard, l’ensemble du corps électoral n’aura plus qu’à se prononcer sur un choix déjà prononcé entre initiés. Ce n’est pas une élection mais une expression collective sur fond de délit de "sale g…" où les propositions de programme, c’est-à-dire tout ce qui concerne l’avenir, se seront effacées, auront été effacées, par la "bonhommie" du vainqueur.

La cinquième République, vue par son inspirateur, le général de Gaulle, se voulait la rencontre entre un homme, une femme et le peuple. Elle n’est plus, aujourd’hui, qu’une compétition entre images. Une compétition dont il est clair qu’un grand nombre de citoyens refusent le "casting" qui leur est proposé. Cette situation est un lit offert à Marine Le Pen qui, quel que soit par ailleurs l’avenir qu’elle nous propose, est le seul candidat politiquement "vierge". Rarement élection ne sera proposée sur une collection de "tout sauf…" à toutes les étapes, primaires, présidentielles puis législatives.

Troisième effet négatif  : cette réduction du champ politique à une confrontation des "refus" est une introduction dans le domaine du "destin national" d’une philosophie de l’égalitarisme fondamentalement opposée à l’essence républicaine fondée sur l’excellence qui, depuis une décennie au moins, inspire les réformateurs de l’école publique.

Non, définitivement non, ce n’est pas la même chose d’être sacré le meilleur au cours d’une confrontation primaire entre des candidats fatalement équivalents ou désignés par une ferveur populaire si générale que personne puisse songer à contester le ’sacre" populaire. Ah rien ne sera plus authentique que cette revendication de "normalité" affirmée par l’actuel détenteur de la charge. Le problème, c’est qu’un Président ne peut être "normal" ? L’histoire est là pour nous le confrmer, si besoin en était. Les meneurs, les meneuses, d’hommes (au sens générique du terme) ont été, sont, singuliers, et c’est pour leurs personnalités exceptionnelles que l’Histoire a gravé leurs noms dans le marbre, serait-il celui de l’erreur.

Une assemblée de notables ne choisira jamais qu’un notable, il faut une catastrophe, une faillite nationale pour qu’un être de qualité, peu importe son âge, son sexe et son origine, s’impose. Visiblement, nous n’en sommes pas encore là. Dans cinq ans, peut-être. Alors, en attendant…

EN ATTENDANT …

Il n’est pas facile d’être citoyen aujourd’hui… Encore que nous, le peuple souverain, nous cueillons aujourd’hui la moisson aux prémisses de laquelle nous avons présidé… !

En un certain sens, l’éventail, pour ne pas dire l’éventaire, des possibilités est universel. A droite, du côté de la liberté d’être, de Dupont-Aignan à Poisson, les programmes proposés couvrent quasiment toutes les nuances d’un monde brusquement devenu moins régulateur. A gauche, du côté de la solidarité publique, laïque et obligatoire sur le dos des "riches", l’irréalisme semble devenu le fondement de chaque proposition. Et, en prime, un inconnu, le FN, qui rejette le présent dans les "poubelles de l’histoire", pour satisfaire une aspiration bien établie à "autre chose", y compris le n’importe quoi, d’ailleurs.

En fait, ce qui caractérise l’ensemble des propositions, de la droite à l’extrême gauche, c’est qu’elles reposent toutes sur une présence du passé. De la lutte des classes à un libéralisme régulé, tous tentent de répondre à des situations qui, n’ont que de lointains rapports avec la réalité. Quant à l’avenir, serait-ce le plus immédiat, il est absent de toutes les considérations. Rien sur les productions de demain, rien sur la mécanique productive, rien sur le travail, ses conditions d’exercice et sa rémunération., rien sur la participation citoyenne à la gouvernance socio-sociétale, bref rien sur ce qui n’est pas un aujourd’hui strictement déduit de l’hier.

L’extrême droite ? Nous n’en savons pas grand chose sinon que les bribes de programme distillées ci ou là empruntent aussi bien à l’extrême gauche qu’à la droite extrême. Un ton différent, peut-être, mais à coup sûr une "innocence" indiscutable qui ne manque pas d’attirer des électeurs déçus (une litote) par les rassemblements traditionnels animés par de "vieux renards"..

L’inconnu du jour enfin, Emmanuel Macron, plus trublion que révolutionnaire, intéresse sans réellement convaincre. Mais comment pourrait-il en être autrement dans la mesure où ses conceptions relèvent d’une philosophie ancienne dont le "propriétaire actuel", l’indéboulonnable Bayrou, ne manque pas de défendre "son" pré carré avec une violence étonnante.

Bref, entre des boîtes à outils adaptées aux erreurs du passé et des mythes tout aussi anciens quoique présentés sur une musique qui se voudrait différente, rien qui puisse suggérer un bouleversement qui ouvrirait nos yeux sur un avenir dont nous maîtriserions le sens.

Le temps semble passé d’une citoyenneté qui se contente de remettre à des tiers le soin de nous "guider" vers des lendemains qui chantent. Le système même des primaires est la manifestation de la recherche obsolète de l’homme ou de la femme providentiels qui nous mèneraient vers la terre promise. Notre avenir dépend de chacun d’entre nous, ce sera donc à nous d’en décrire les formes, les contenus et l’organisation.

Comment ? Les chemins à emprunter sont multiples mais ils ne pourront être poursuivis, parcourus, que par des citoyens capables de mettre un pied devant l’autre sans attendre une quelconque autorisation. Pour aller où ? Vers un monde qui sera ce que nous en construirons jour après jour en cessant de nous réfugier dans la passivité.

Que dire de plus si ce n’est de se mettre à avancer ?

Qu’en pensez-vous ?

septembre 2016
Romain JACOUD


vendredi 2 septembre 2016, par Romain Jacoud (Date de rédaction antérieure : 2 septembre 2016).