Du côté d’un peu partout !

Ciel ! Ce n’est plus de la politique mais de l’Ornithologie, tellement l’espace public bruisse de "noms d’oiseaux".. Certes, la chose nous paraît commune tant nous avons l’habitude de débats politiques où l’injure individualisée l’emporte sur la confrontation de programmes, mais les circonstances semblent avoir généralisé la pratique au monde entier.

A un moment où les regards de nos professionnels de la lecture dans le marc de café semblent être particulièrement aux aguets, les "Humeurs stratégiques" à l’écart des tarots, des soucoupes et des boules de cristal, sacrifient, à leur tour, à la mode de l’analyse géopolitique. Après tout, compte tenu des conclusions généralement admises et tout aussi généralement démenties par les faits, la place demeure pour d’autres analyses et d’autres interprétations, pourquoi vous priver des nôtres ?


QUELQUES OBSERVATIONS D’ORDRE GÉNÉRAL

Le vocabulaire actuel conduit à des expressions de la réalité qui posent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses. De quoi bouleverser les mannes-mêmes de Boileau. Le langage nous offre symétriquement l’extrême droite et l’extrême gauche. Mais à bien y réfléchir en quoi, la droite comme la gauche peuvent-elles, aujourd’hui, apparaitre extrêmes ? Extrêmes, de quoi, par rapport à quoi ? Ainsi, et par exemple ; lorsqu’à son "avènement" le futur ancien président de la République actuel proposait d’instituer une taxe confiscatoire de 75% sur certains revenus, ne donnait-il pas l’exemple d’une position extrême ?

Mais laissons cela pour des sujets plus sérieux, plus actuels. L’année qui vient de s’écouler, celle que nous venons d’entamer nous ont apporté, nous apportent et nous apporterons probablement bien des surprises ; De grands pays ont vécu des bouleversements inattendus aux yeux des "happy few" de la chose publique. Le Brexit, le départ du Premier ministre Italien, le renoncement (encore qu’il s’agisse moins d’un renoncement que d’une éjection sans ménagements) du Président actuel de la République française, l’élection de Monsieur D. Trump à la présidence des USA, les réactions diverses qu’ont entraînées ces événements, autant d’imprévus qui mettent en évidence le fossé qui sépare presque partout les dirigeants des peuples qu’ils prétendent "mener"."

Passée une stupéfaction, tout aussi inconcevable que l’aveuglement "sus-cité", les "explications" ont fleuri. Populisme, démagogie de certains groupes ; incompréhension de l’état du monde, égoïsmes, désintérêt, bref, une fois encore le théorème de Brecht semble satisfaire les arroseurs arrosés. Au delà des "explications" peut-être serait-il enrichissant de tenter d’interpréter le passé, le présent et, sans doute, l’avenir proche en posant une hypothèse un peu différente : plutôt que de caractériser l’attitude de l’électorat sous l’angle d’un divorce de la politique, imaginons un instant que la plupart des Français soient plus politisés que jamais et en attente d’un débat réel. Il en résulte que le regard des électeurs se porte en premier sur les "inconnus" de l’action politique quotidienne, c’est-à-dire les extrêmes d’une part et le "nouveau" d’autre part. C’est ce que nous avons observé, que nous observons en Grande-Bretagne, en Italie, en France et aux Etats-Unis.

Dans tous ces cas, le même réflexe semble jouer : d’un côté les élites (ou prétendues telles) ; de l’autre, une "populace", intrinsèquement ignare et prête à toutes les aventures, en proie aux chants des sirènes populistes qui se jette dans les bras du, ou de la, premier(e) venu(e) pour peu que le discours soit à elle directement adressé. Une attitude que les "happy few" complètement déstabilisés balayent comme populiste, plutôt que de reconsidérer leurs attitudes et leurs comportements à la fois arrogants, suffisants et emprunts d’un extraordinaire mépris pour la vox populi.

En fait, cette année qui vient de se terminer, cette année qui commence sont une introduction à la réintégration de "l’homme quel-conque" dans l’organisation et le fonctionnement de la société. A cet égard, rien n’est plus exemplaire que les commentaires des "pros" dont le discours se borne à des vaticinations "entre nous" et, par conséquent, l’expression permanente de "divines surprises".

[ Les commentaires à propos et autour de la primaire socialiste –improprement qualifiée de primaire de la gauche—ne parlent que des candidats, jamais des électeurs. Toujours "l’entre nous"  !]

La plupart des politiciens (rien de péjoratif dans notre utilisation du terme) semblent avoir oublié cette phrase de Léon Blum prononcée du temps de la SFIO : "Mais la classe ouvrière, elle est à nous", alors que le P.C.F. lui disputait avec succès le vote populaire. Encore une divine surpris…déjà !

Les Britanniques avec le rejet de l’Europe et des commissaires divers "hors sol" qui nous vendent une Europe artificielle, bâtie, imaginée par une minorité rejetée par la plupart des citoyens qui ne se sentent nullement des citoyens d’Etats-Unis d’Europe., les Italiens qui préfèrent un statu quo à une aventure, aurait-elle été intéressante, proposée "hors sol" par un ambitieux "moderniste", la "mise à la porte sans ménagements"" du Président français actuel et l’élection triomphale de Donald Trump (au-delà des commentaires sur la différence en nombre de voix qui paraissent ignorer le "pourquoi" du choix des "pères fondateurs" et plaquent sur les Etats-Unis d’Amérique, les standards d’une France jacobine). Chaque fois, dans chaque cas, nous pouvons observer un retour tonitruant des "oubliés" sur le terrain de la gestion des nations.

Les temps changent, internet, les réseaux sociaux, les i-phones permettent, enfin, à la plèbe d’exprimer. Ici comme ailleurs, son désir d’être entendue, écoutée. Son attente d’une adresse intelligible à elle destinée ne pourra plus être ignorée.

Transition, adaptation ! Oui mais à partir des exigences populaires, loin des "donneurs" de leçons.

UN TOUR DU MONDE… EN UN COUP D’ŒIL

Le monde aujourd’hui semble être divisé en, cinq groupes dont les rapports sont d’autant plus antagonistes qu’ils sont fondés à la fois sur des puissances intellectuelles, commerciales et in-dustrielles fortement polluées de considérations morales propres à chaque groupe et sans rapport avec une quelconque éthique généralisée.

A tout seigneur, tout honneur, Les Etats-Unis d’abord .

Après quelques présidents, une main sur la Bible, l’aitre agitant alternativement sinon simultanément, le chéquier et la puissance militaire, le dernier en date a délibérément choisi la Bible, c’est-à-dire qu’il a tenté de colorer les démarches, intérieure comme extérieure, d’un manteau moral brodé de bien pensance. C’est ainsi que nous nous trouvons aujourd’hui sur un chemin fortement teinté de guerre froide. L’intérêt des résultats de l’accession de Donald Trump au pouvoir, c’est qu’elle ouvre la voie à des positions nettement plus "matérielles", commerce, échanges, vente, achat où le monde ne sera plus vécu que comme un vaste étal où l’agilité créatrice des Etats-Unis trouvera un champ d’action de développements. "America first ", un slogan tout à fait clair !

La Fédération de Russie  : depuis la chute de l’U.R.S.S., ce grand pays s’est vu négligé, incompris et "roulé" à plusieurs reprises par un occident à courte vue. L’arrivée de Poutine, politique et stratège calme et froid, dans un univers sans projection dans l’avenir a permis à la Fédération de commencer à retrouver une place dans le concert international. Malheureusement, au lieu d’en tirer quelque analyse constructive que ce soit, le sentiment général des "autres" (le croupion européen et les USA, hier encore) les a renvoyés dans un passé où la guerre froide tenait lieu de ciment à des occidentaux sans réelle politique extérieure.

La Chine : l’exploitation rationnelle d’une multitude de "coolies" pour le plus grand bien de la puissance chinoise, de quelques hiérarques, et de la présence chinoise lui permet aujourd’hui de réclamer sa place dans un concert qui se joue encore sur une partition obsolète. Il n’est pas sûr que l’avènement de Donald Trump permette la poursuite d’un déséquilibre qui, à terme, risque de réduire à rien le reste du monde.

L’Europe  : l’escroquerie qui a permis à un clan sans réelle considération de l’avenir de remplacer en catimini l’Europe des Nations, chère au Général de Gaulle et au chancelier Adenauer, par un invraisemblable pataquès de fédération européenne aux allures d’Etats-Unis. éclate enfin au grand jour. L’Europe aujourd’hui ? Pas de politique, pas de stratégie, pas même de tactique, une montagne de règles, de règlements, un univers de bureaucrates qui ont fait de l’espace européen un champ de prédation pour toute initiative étrangère avec en primes un frein à toute tentative nationale de rétorsion. Premier résultats, la sécession britannique.

Le reste du monde : les pays non-engagés, les pays en voie de développement, les satellites divers : bof ! Souvent présents en tant que "nuisances", c’est à qui les caressera dans le sens du poil. Pour le moment encore, des populations mal nourries, mal logées, mal soignées, sans avenir autre que la faim, la pauvreté et l’épidémie.

La France , enfin : qu’en dire, sinon qu’il est déchirant d’assister au naufrage d’un pays pourtant riche d’idées, d’entrepreneurs, d’une main d’œuvre de grande qualité à qui le joug d’une idéologie, vieille de près de cent cinquante ans, coupe le souffle, la respiration et le goût de l’avenir… tout au moins pour quelques mois encire… et encore

Et alors ? C’est l’anarchie, le chacun-pour-soi où la puissance brute le dispute à l’astuce individuelle, où les partenaires les plus amicaux, pour survivre, deviennent autant de vautours, où l’absence d’une pensée collective ouvre tout l’espace à la prédation et où la pauvreté des regards sur l’avenir ouvre la porte à des idéologies antiques qui mélangent l’univers personnel et l’univers public dans un climat qui n’offre comme perspective unique que la mort et/ou la soumission. L’aveuglement des "zélites" se manifeste dans les choix en matière de lutte contre le terrorisme. D’une part, le terrorisme est un moyen, l’ennemi est celui qui le met en œuvre et pourquoi, la lutte, par ailleurs met en œuvre des soldats exaltés dont la mort est vécue comme une certitude, un martyre, contre une police, une armée, des règlements, une justice incompétente qui continue à juger l’adversaire comme un criminel de droit commun et, enfin, un grand absent, le peuple. Rien que cela est un gage de défaite à terme. On ne peut pas lutter contre une idéologie mortifère sans un appui radical sur le peuple, la plèbe, celle justement dont on offre le cou aux couteaux des ennemis.

Mais peu importe l’origine du conflit, des conflits. La résistance commence par envisager l’avenir dont le moins qu’on puisse dire, c’est que l’existence de l’internet, des réseaux sociaux, des i-phones et de leurs applications viennent de multiples concours, souvent des plus élémentaires.. Le peuple écoute, le peuple parle, le peuple juge. C’est nouveau, ça vient de sortir, en même temps que les Apple 7, les Samsung et les objets connectés. Va falloir s’y faire et commencer à se "causer" en oubliant des éthiques immatérielles et en se rappelant que, qui mieux que la vox populi peut concevoir son propre désir.

DE LA FIN D’UN MONDE AUX PRÉMISSES DU FUTUR

Bref, un monde complètement déséquilibré, bâti sur un modèle qui exigeait avant toute chose une communication parfaitement contrôlée par les élites dirigeantes et où la mise en œuvre d’une démocratie représentative excluait la plupart de la réalité du pouvoir. Certes, ci ou là des groupes élémentaires pouvaient bien tenter d’atteindre une information contradictoirement énoncée et se pencher sur les sens éventuels à lui donner, mais l’absence d’un système de communication universel, instantané, libre parce que très difficilement contrôlable au delà d’un terme bref, vouait à l’échec toute tentative d’une libération universelle de la pensée.

Mes les temps ont changé et ce système existe. Il a même échappé au système courant d’organisation socio-sociétale. Certes, ici ou là, des zones existent où le pouvoir est confisqué par des clans, des castes, des idéologues, toujours pour le plus grand bien du peuple et où l’esprit demeure prisonnier de démarches obsolètes. Mais, là encore, cette pauvreté de la pensée comme de l’action n’ont qu’un temps. La sagesse populaire dit qu’il est possible de mentir à tout le monde, de mentir à son père, mais qu’il est impossible de mentir à tout le monde et à son père. Et la rumeur publique s’appelle les réseaux sociaux, l’internet, les forums, les i-phones, etc… Le plus puissant dissolvant de la confiscation du pouvoir, quelle qu’en soit la justification même la plus altruiste, inonde les circuits socio-sociétaux : à terme notre modèle socio-sociétal est vidé de son sens.

Déjà, ici ou là, des voix commencent à chercher des hypothèses qui permettront de formuler un modèle nouveau qui puisse sauvegarder les structures actuelles du pouvoir. La plus récemment revenue au goût du jour, au cours des primaires du parti socialiste, est qu’une société humaine peut être fondée sur un autre ciment que le travail collectif. Cette idée, déjà ancienne, mais repêchée comme une ceinture de sauvetage qui permettrait de garder intacte la structure du pouvoir, cette organisation hiérarchique, organisatrice du bonheur collectif. Une idée qui, jetée au beau milieu d’un débat sans caractère politique, donne du grain à moudre en évitant de vivre le présent et ses inconséquences.

Il serait, à coup sûr, plus productif de tenter, dans un premier temps tout au moins, de réactualiser les hypothèses sur lesquelles reposent nos vies, publique et privée. La communication est devenue universelle et son enjeu échappe aux pouvoirs. La forme première d’un modèle actuel doit (pas devrait, doit) prendre en compte cette dimension nouvelle et inventer une représentativité d’évolution permanente. La consultation de la plupart est devenue possible, il est fondamental de lui donner une forme permanente. Ensuite, Il faut rendre à tous le choix direct des projets de l’avenir, nul ne doit ignorer le chemin que lui offre l’organisation socio-sociétale après qu’il eut été défini collectivement.. Ensuite ce modèle devra tenir compte de cette transformation de l’exercice du travail, introduite par l’universalité de la communication.

Il est sûr que la révolution numérique va supprimer des emplois mais il est tout aussi sûr qu’elle va en créer de multiples autres. Pourquoi ? Parce que l’expérience nous l’enseigne. Déjà par deux fois, des progrès considérables ont détruit de multiples métiers tout en offrant des possibilités nouvelles en nombre suffisant. L’histoire est là pour nous rassurer : l’invention de là machine à vapeur au dix-neuvième siècle qui a introduit l’industrialisation, le passage aux courants faibles, l’électronique, puis l’informatique et leur union, la robotique. Qui pourrait croire à la fin des métiers ?

Les hypothèses nouvelles vont s’introduire une à une, fruits d’une pensée partagée et multiforme : la communication encore qui entraîne la fin du temps des penseurs géniaux et solitaires, et exalte le cours de la pensée collective, faite de confrontations, d’améliora-tions. La fin du travail ? Non, le début d’une maîtrise’ du travail .

Qu’en pensez-vous ?

Roimain JACOUD
janvier 2017


dimanche 15 janvier 2017, par Romain Jacoud (Date de rédaction antérieure : 15 janvier 2017).