La patrie en danger ?

Dans un même élan, les citoyens français viennent de renvoyer (une litote) leur président et den ’élire un nouveau dont ils semblent attendre qu’il soit un Président nouveau. Après tout, l’espoir fait vivre !

De son intronisation, pas grand chose à dire du contenu de ses premières démarches, sinon que la juxtaposition des deux, le sortant et l’entrant, a dû être un supplice pour le premier et une jubilation intérieure pour le second. Cela dit, et pour cause, un coup de chapeau à l’artiste, pour le reste, attendons la nouvelle Assemblée nationale et le passage du discours au travail.

Mais la situation est autrement préoccupante sur le terrain de la guerre. Cessons de vaticiner, c’est la pire des guerres, la guerre de religions. Refusant de qualifier l’état des choses, nous nous obstinons à sous-estimer l’ennemi (l’ennemi, pas l’adversaire !) ? En même temps qu’un nouveau Président nouveau, avons-nous acquis un politique capable de qualifier la réalité de la menace ?


ENCORE, ENCORE… TOUJOURS ?

Nous n’aimons pas réagir à chaud. La situation est telle pourtant qu’elle met en cause des visions de l’avenir, des politiques et des stratégies qui vont au-delà des regards actuels.

Les explosions sentimentales passent aussi vite que l’actualité et donnent lieu à un quasi rituel. C’est dire, c’est constater, que les paroles officielles comme celles des médias sont généralement offertes sans que les situations en soient bouleversées. Oh, quelles que soient les Nations menacées, les forces de l’ordre, au sens le plus large (renseignements, forces spéciales, polices, gendarmeries, armées, …) sont à l’œuvre et dès le moindre attentat les résultats pleuvent, les complices trouvés, arrêtés et les Justices (avec plus ou moins de succès, selon les cas, les traditions et les capacités) se saisissent des cas qui leur sont présentés … Jusqu’à l’attentat suivant et sa litanie de "le risque zéro est impossible". Est-ce réellement le cas ?

Une réaction, aussi immédiate qu’elle soit, appartient au domaine de la tactique car elle tente de répondre par des "comment" à une situation que, semble-t-il, tous les gouvernements concernés ne paraissent pas parvenir à qualifier proprement. Certes, ci et là, "on" parle de guerre mais "on" n’en tire pas de conséquences autres que celle d’une accumulation de mesures administratives (recrutement, lois d’exception et autres positions bureaucratiques).

Mais qui osera dire la réalité : oui, c’est la guerre mais la pire des guerres : la guerre de religions. Une guerre sans autre revendication que celle de la démission des autres, une guerre qui n’st pas celle de Nations lancées contre d’autres Nations, une guerre où les Etats ne sont qu’accessoirement visés. Une guerre de religions, appuyée sur un socle civilisationnel. Oui, c’est la pire des guerres car elle n’a d’autres objectifs que le massacre de populations terrorisées prises au hasard, la revendication est universelle : des "initiés" traquent des "infidèles" dont la soumission éventuelle n’est qu’accessoire. Aux yeux de nos adversaires, tout ce qui est autre est impardonnable. La seule action possible c’est sa destruction saluée par un Dieu jaloux et vengeur qui offre la sanctification en récompense à celui, à celle qui frappent au prix-même de leur vie.

Première conséquence, l’ennemi n’est pas l’Etat mais la population. Certes la mobilisation des forces de l’ordre, leurs liaisons avec le monde, autant de démarches utiles mais qui appartiennent au domaine de la tactique face à un ennemi qui possède une vision de l’avenir ; donc une stratégie qui habille mille tactiques. Si les Etats sont limités à des réactions aussi puissantes qu’il se peut, seule la mobilisation des populations peut permettre de répondre à la politique qui nous est opposée. Que cela choque ou pas, la seule manière de survivre d’abord, d’éradiquer ensuite (pas de répondre, précéder !) la menace, c’est de préparer l’innocence à l’engagement. Mobiliser n’implique pas de donner des armes létales mais de préparer tous à la vigilance et la curiosité. Certes, la mode est aux "cellules dormantes", aux loups solitaires", aux "radicalisés inattendus" et à tous les autres enfants de l’imagination médiatique mais dans la réalité, les individus hommes, femmes, adolescents qui sont prêts à passer à l’acte sacrificiel présentent certaines caractéristiques de comportement que l’on retrouve de manière universelle. A commencer par des attitudes qui les rendent invisibles, effacement public, absence de manifestation socio-sociétale, des modes de vie où la disponibilité est entière et bien d’autres encore. La typologie s’affine à chaque attentat, à chaque arrestation. Bref, un ensemble de comportements parfaitement descriptibles, souvent inattendus, et qui tranchent sur des images dépassées telles que l’attitude vis-à-vis des femmes, de l’alcool, voire des divertissements, des modes vestimentaires. Tous les "barbus" ne portent pas la barbe et toutes les volontaires ne portent pas de burka ou un autre signe serait-il discret. Nos spécialistes connaissent tout ça, il serait simple d’attirer l’attention de tout un chacun sur ces points. Cela ne supprimera pas le terrorisme mais cela rendra la vie des candidats et des candidates plus difficile.

Mais une autre dimension est à rendre plus publique. Une guerre de religions, nous l’avons dit, ne vise pas les mêmes objectifs qu’un conflit courant. Il est de notoriété publique que les premières victimes (des centaines de milliers) sont des populations de religion musulmane appartenant à l’une et l’autre communauté (chiites et sunnites) sans que nous ayons pu observer pour autant quelque réaction que ce soit, pas même des protestations des responsables communautaires aussi bien au Moyen-Orient que dans le reste du monde, en Europe en particulier. Qu’attendent nos autorités pour placer ces communautés nationales concernées devant leur responsabilité. Dans une guerre de religions, la neutralité n’existe pas et les laïques de toutes les origines sont les premiers concernés. La France est une République laïque, les citoyens comme les résidents doivent impérativement choisir ’leur camp" et les autorités en tirer toutes les conséquences. Le prosélytisme doit être combattu par la République dans son socle le plus fondamental, à savoir l’adhésion explicite de tous aux principes qui la gouvernent. Ce qui amène tout naturellement à l’engagement tout aussi explicite de l’appareil religieux, les imams et autres prêcheurs dont on pourrait s’attendre à ce que leur pratique repose sur la citoyenneté française à l’exclusion de toute autre. N’y aurait-il pas lieu d’exiger une édition autorisée du Coran en langue nationale ? Et d’une manière plus fondamentale une révision en profondeur de la doctrine afin d’en gommer toute proposition totalitaire ? N’est-ce pas d’ailleurs le cas de la plupart des religions pratiquées dans notre pays. ?

Et qu’on ne se précipite pas pour condamner un racisme éventuel. N’oublions pas que l’Islam, religion récente, prétend encore à l’universalité et ne fait aucune différence entre la croyance personnelle et l’adhésion à un rituel sociétal total (comportements individuels, rapports entre sexes, adhésion à un système politique, laïcité et neutralité politique de la religion, etc…). Se développe, en fait, une doctrine "a-républicaine" dans son principe-même et dans la plus grande partie de ses conséquences.

L’expérience montre que dans de nombreux cas il existe un lien quasiment organique entre la délinquance, serait-elle élémentaire, et la mouvance religieuse exacerbée jusqu’à l’attentat. Les exemples en sont quotidiens, multiples et permanents. Il serait temps que la sécurité la plus absolue soit rétablie sur le territoire de la République et qu’il devienne anecdotique de parler de "zones de non-droit". Ce qui amène également à poser une bonne fois pour toutes, la question du fonctionnement de l’appareil de la Justice. Ce qui amène également à questionner cette prétention inadmissible à constituer un Pouvoir supérieur même à l’expression régulière et constitutionnelle de la source unique du pouvoir dans une République démocratique, le peuple par la voie du suffrage universel.

Alors, quelles mesures devraient-elles être proposées ?

LA PATRIE EN DANGER ? UN ETAT QUI S’ASSUME COLLECTIVEMENT !

Nous sommes en guerre, une sale guerre menée dans l’ombre. Des mesures immédiates, des mesures à long et moyen termes sont nécessaires.

Sur le plan de la défense :

Les réactions de l’appareil de défense, si elles exigent un peu plus de personnel, semblent bien pensées, bien organisées, bien menées. Si elles pêchent, c’est que toute la partie "offensive" est quasiment inexistante. D’abord l’appareil judiciaire est tellement inadapté qu’il exige le renouvellement perpétuel d’un état d’urgence, pas plus adapté d’ailleurs que la loi ordinaire. Une guerre de religions exige de la fermeté et des comportements définitifs. L’adversaire, pire l’ennemi, ne reconnaît aucun de nos principes de compréhension, de rédemption, de contrition. La guerre de religions cherche d’’abord à détruire l’adversaire, la mener dans un esprit de victoire exige d’en adopter les règles sans s’encombrer de modalités de temps de paix. S’en abstraire, c’est accepter cette "soumission" que Houellebecq décrit si bien sans y ajouter d’ailleurs la disparition physique qui reste sous-entendue. Il y a donc lieu d’inventer une législation parallèle adaptée, reposant sur des textes spécifiques à emploi ciblé, mis en œuvre par des personnels spécialisés qui sauront distinguer les actes relevant du droit commun et les opérations de guerre. Il est impératif de tenir compte de ce que la situation va durer et que cette législation parallèle sera pérenne voire permanente à l’échelle d’une ou plusieurs générations et qu’elle exigera des mises à jour. Elle devra comporter des mesures particulières dont la résonance devra retentir au niveau-même de la pratique religieuse. A quoi sert-il de menacer de mort des individus qui sont déjà morts et sanctifiés à l’instant-même où ils ont choisi leur destin ?

Parallèlement, un programme double doit être mis en place. Un volet dit "attentat en cours-que-dois-je faire" où les plus jeunes comme les plus âgés apprendront l’ensemble "des démarches et des gestes-qui-sauvent". Ce programme sera mis en œuvre autour des casernes de pompiers et fera appel aux compétences des milieux hospitaliers et de centres de police. L’autre volet sera celui de l’observation de tout ce qui nous entoure sur la base des typologies de comportement décrites par les spécialistes actuellement au travail. Il vaut mieux présenter des excuses à la suite d’une arrestation gratuite que de ramasser des blessés et des morts par aveuglement collectif. Il est difficile d’échapper aux yeux multiples d’une population avertie dont la participation sera requise.

Un programme d’instruction civique devra obligatoirement faire partie de la formation des enfants au niveau élémentaire. On y exaltera les lois de la République, la place de la solidarité citoyenne et le rôle éminent de chaque individu dans le fonctionnement du groupe. En outre, si dans les régions menacées par des catastrophes naturelles, l’éducation des enfants comporte la formation aux comportements appropriés, la même approche devrait mise en œuvre chez nous. L’éducation du regard ne commence jamais trop tôt. Soit dit en passant, il est temps de mettre fin à ces compromis boiteux où l’histoire et le roman national, voire l’enseignement des sciences et de la littérature sont censurés pour tenter de s’assurer une paix impossible.

Sur le plan de l’offensive :

La succession d’états d’urgence est un choix qui relève de la tactique. Cette démarche répétée est antinomique d’une vision à long terme.

A côté d’un code pénal de temps de paix, il faut créer un système judiciaire de guerre, plus précisément de guerre de religions, si spéciale où notre ennemi ne cherche pas un compromis et les combattants courent à la mort avec un seul objectif, tuer un maximum d’infidèles. Cela signifie que cette génération-là est perdue et il faut en tenir compte.

Parallèlement, établir la sécurité sur tout le territoire en appliquant pendant quelques années une politique de la tolérance zéro. Du carreau cassé à l’injure publique, du harcèlement à l’agression, de la simple bousculade, du papier jeté à terre au cambriolage, bref dès la moindre manifestation d’incivisme, de la plus élémentaire à la plus complexe,, la sanction sera immédiate. Foin de demi-mesures, de sursis, de semonces mais des condamnations à des périodes de travaux d’intérêt général obligatoires. La France ne manque pas de routes à réparer, de canalisations à remplacer et de trous à creuser. Finis les rassemblements dans les escaliers, la menace permanente, les destructions de portes et d’éclairage public.

Créer le serment d’adhésion aux lois de la République et au système démocratique. Prononcé à 15 ans, par tous les adolescents, il sera renouvelé au moment de la majorité. Sa négligence sera sanctionnée par du travail collectif. Il ne s’agit plus de payer quelque dette que ce soit à la société mais d’être extrait temporairement de la délinquance et mis au travail. Une société, aujourd’hui, n’a pas seulement le droit mais aussi le devoir de rendre la socialisation contractuelle et d’attendre la réciprocité de ses sociétaires.

Organiser peu à peu la liquidation de la mécanique communautaire : la République est une et indivisible, elle ne peut tolérer des "mini états" dans l’Etat qui imposeraient un pouvoir régalien concurrent. Les tentatives d’imposer la charia ici ou là seront combattues et le prosélytisme réprimé. . Est-il impensable d’imaginer un concile qui tenterait d’écrire un Coran moins impérialiste où la pratique quotidienne de la religion reconnaîtrait, par exemple, l’égalité des sexes ? Il serait temps de retrouver l’esprit du Président Bourguiba qui avait tenté de moderniser l’Islam et son culte.

UN PEU DE TOUT, BEAUCOUP DE "RIENS"…

Un nouveau Président qui se propose, qui nous propose, d’être un Président nouveau. Pourquoi pas et le moins que nous puissions lui accorder, c’est du temps, mieux le temps de manifester cette promesse de nouveauté.

Si, en apparence la situation du pays semble présenter quelques signes d’amélioration, la Cour des comptes vient de poser un regard résolument plus pessimiste sur l’héritage que laisse le Président sortant, sorti plutôt. Mais si la tâche est plus difficile, rien jusqu’ici ne permet d’accuser le Président nouveau de ne pas être capable de mettre en œuvre son programme.

Son programme ? C’ers là que la bât blesse, la campagne électorale du nouveau "patron" si elle a proposé des mesures intéressantes, elle ne procède pas d’une vision explicite de l’avenir. Or, sans vision de l’avenir, pas de politique, pas de stratégie et, par conséquent, dès demain des actions au jour le jour qui ne s’inscrivent dans aucune perspective à moyen et long termes. Ce n’est pas de la direction d’entreprise, c’est de l’impressionnisme où l’agencement des couleurs demeure le fruit d’un désir momentané.

Hollande est mort (déjà les commentateurs l’enterrent en qualifiant son quinquennat de "catastrophique") mais sa gestion erratique des événements semble demeurer la règle.

Jusqu’ici, pourtant, en ce qui concerne les postures, le nouveau Président est apparu "nouveau". Une intronisation tirée au cordeau, un habit de responsable endossé comme s’il avait été taillé sur mesures, une apparition sur la scène internationale comme on en rêvait depuis Georges Pompidou. Tous ébahis, tous "bluffés", madame Merkel, le G7, messieurs Trump et Poutine… dans la foulée.

Bref, comme si la France s’appropriait un poste d’avant-centre dans le football des Grands. Hélas, "parolé, parolé", comme chantait Dalida avec cet irremplaçable accent qui l’installait dans nos bras éblouis.

Oui, des paroles qui écoutées avec attention sont difficilement inscriptibles dans une ligne continue. Qu’en en juge : à l’intérieur, une loi sur la moralisation de la vie publique au moment-même où des soupçons graves pèsent sur le compagnon de toujours comme sur le comportement d’alliés proches , une évolution drastique entre le langage du candidat et celui du Président nouveau relativement à la morale, l’éthique et la justice manifestées par les "happy fews" du magma "politique", une condamnation sans appel de Bachar El Hassad et la révérence publicitaire manifestée à l’égard de ce grand démocrate qui règne en Turquie. Bref, un sans fautes accompagné par la manifestation d’un "double je’’ !

Mais les jours se suivent et les interventions présidentielles continuent à s’inscrire dans un climat tout aussi virtuel au coup par coup. Tancer les Présidents Poutine et Trump en insistant sur le caractère "franc et direct" du vocabulaire et du contenu satisfait sans aucun doute des egos abimés par cinq ans d’inexistence mais masque en fait un vide politique. Se hausser du col, parler fort dans un langage qui relève de la gesticulation car le pays du hâbleur n’est pas plus puissant qu’un état moyen de l’une ou l’autre des fédérations dont "on" frotte si vigoureusement les oreilles. De quelles sanctions allons-nous frapper l’un, l’autre, les deux ? A dire vrai, jusqu’ici ce sont les paysans français qui ont été les principales victimes des "mouvements de menton" de nos dirigeants et les outrances présentes sont autant de témoignages d’impuissance. Une chance car aux oreilles professionnelles ces "gazouillis" sont inaudibles et leurs auteurs, transparents. Une situation intenable sans une quelconque génération de mesures effectives dont il ne sera impossible de sortir tant que le pouvoir n’aura pas énoncé une politique, sa vision de l’avenir, une stratégie, cet agencement d’objectifs à moyen et long termes sans lequel toute démarche ne sera jamais qu’une accumulation d’errements inorganisés.

Est-ce rédhibitoire ? Le nouveau Président nouveau serait-il à ce point la simple copie à peine modernisée du potentat précédent ? L’adresse et l’intelligence manifestées au cours du processus de sa marche vers le pouvoir sont autant de témoignages de qualité.

"Le feu n’est pas au lac" et rien de définitif que quelques paroles… verba volent… ! Après la prise de pouvoir, il faut attendre le moment où les conditions de son exercice seront réunies. Quelques semaines et au-delà d’un texte infantile sur la "moralisation" d’un système "amoral", le nouveau Président nouveau sera obligé de mettre une politique en œuvre. Et pour la lancer, l’expliciter dans des gestes qui nous dirons vite la réalité de cette nouveauté des choix que le discours actuel ne précise pas.

Alors ? Patience, les mois à venir lèveront les voiles et la réalité opérationnelle du nouveau Président nouveau apparaîtra.

Qu’en pensez-vous ?

Romain JACOUD
mai 2017

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jeudi 25 mai 2017, par Romain Jacoud (Date de rédaction antérieure : 25 mai 2017).