De la dérive du langage au langage de la dérive

Nous avons tendance à suivre "innocemment" les divagations sémantiques de nos "parleurs" médiatiques. Si notre "innocence" est la manifestation de nos paresses individuelles, ces divagations sont-elles aussi gratuites ? Ne méritent-elles pas d’être replacées dans leur contexte et considérées comme un outil de désagrégation socio-sociétale ?


La parole, disait un humoriste, a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée. En ces temps où le paraître semble l’avoir définitivement emporté sur l’être, il devient naturellement tout à fait passionnant d’examiner d’un peu plus près, les glissements du langage tellement ils sont révélateurs.

Chaque jour nous apporte des mots anciens auxquels les "leaders d’opinion" attribuent une signification nouvelle. Le phénomène est devenu à ce point quotidien et général qu’il s’en est banalisé.

Dans la mesure où notre société est devenue communication, il n’est pas inutile de se pencher sur ce phénomène pour tenter de saisir son "à quoi ça sert ?".

EN RIRE, N’EST-CE PAS DÉJÀ EN PLEURER ?

Des liaisons incorrectes aux sens aussi nouveaux qu’inattendus attribués à des mots courants, l’espace est infini où s’exerce la cuistrerie des parleurs (ou parleuses) de toutes sortes qui jouissent du moindre espace microphonique. Nous en rions d’abord. La pédanterie ne manque jamais de réjouir ceux et celles pour qui parler est transmettre avant de se faire valoir. Mais quand le procédé devient la règle, le rire se change en inquiétude. La langue du téléviseur ou du poste projetée sur la communauté devient incompréhensible parce qu’approximative. La peur de paraître "hors du coup ", dépassé, brutalement vieilli, assaille l’auditeur qui se dépêche de manifester sa jeunesse d’esprit, sinon de corps, sa contemporanéité en adoptant ces incohérences. Et, de proche en proche, le langage s’affadit, l’argot lui-même, si évocateur récemment encore, n’échappe pas à la stérilisation.

Dans ces conditions, la question vaut d’être posée de la signification éventuelle de ce phénomène. Pour tenter d’y répondre, saisissons-nous de quelques exemples courants.

Les liaisons inappropriées  :

Le phénomène n’est pas nouveau, des z-haricots aux quatre-z-éléphants, l’espace a toujours été offert à ceux qui recherchent, envers et contre tout, une jouissance euphonique que la rigueur grammaticale leur refuse. Sans doute, faut-il en rechercher l’origine dans la qualité, ou plus précisément, dans l’absence de qualité qui a baigné l’enseignement de la langue nationale à l’âge de l’acquisition des outils de l’expression.

Les pronoms relatifs  :

Un massacre d’origine récente, une dizaine d’années tout au plus où le pronom relatif "lequel " semble avoir supplanté toute sa famille. Laquelle, lesquels, lesquelles, duquel, desquels, desquelles, auquel, auxquels, auxquelles (il y a quelques jours sur une antenne nationale, nous avons été gratifié d’un superbe "à lequel il a été déclaré...") sont devenus autant d’antiquités à l’usage desquelles ne paraissent plus attachés que quelques rares précieux. Il semble qu’il faille attribuer l’origine de cet assassinat collectif à la disparition de l’enseignement, même élémentaire, de toute rhétorique. Bref, plus personne n’enseigne à qui que ce soit l’art et la manière d’intervenir oralement. A tort ou à raison, la profondeur d’une intervention orale semble être liée à la complication, pour ne pas dire la complexité, de sa construction grammaticale. Aussi, l’utilisation abusive du relatif "lequel" semble constituer l’unique bouée de sauvetage offerte aux victimes d’un dérapage oral. Celui-ci est d’autant plus fréquent que les orateurs, si l’on peut dire, n’ayant généralement pas grand chose à dire ne savent pas non plus comment le dire sans masquer le vide de leur pensée par une accumulation d’incidentes sans rapport les unes avec les autres et encore moins avec l’inexistence du sujet initial.

Les glissements sémantiques de toutes natures  !

La surdité transformée en "malentendance", la cécité, en "malvoyance", le cancer, en "longue et grave maladie", toutes les infirmités, en "handicaps", bref, le traitement de toutes ces images dont le pouvoir évocateur nous paraît insupportable.

Ensuite, d’autres dont l’adoption semble porter un caractère tout aussi psychologique. Ainsi, le remplacement de plus en plus fréquent d’authentique (originellement vrai) par véridique (originellement vraisemblable), introduit un flou superbe où la réalité ne se distingue plus du rêve. D’ailleurs depuis que les medias ne savent plus faire de différence entre "rapporter" et "ramener", nous confondons avec eux et les gens et les choses. Quel monde facile où ce qui était vraisemblable peut, d’un coup de sémantique magique, devenir vrai dans un environnement où se confondent les êtres et les objets !

Mais il en est d’autres encore où d’abusives assimilations, des périphrases trompeuses donnent à des situations irréelles le poids d’une réalité objective. La substitution de "voyou" par "jeune de banlieue déstabilisé, en détresse ou en abandon affectif", l’assassin "né ailleurs" qui devient un "français d’origine étrangère", autant de locutions qui introduisent des catégorisations ethniques, racistes et géographiques, inscrites dans une logique de différenciation multiculturelle fondée sur l’affrontement. Dans le même registre, nous pouvons classer tout ce qui relève du vocabulaire descriptif des situations nées de l’illégalité la plus flagrante (immigration clandestine, travail au noir, occupations illégales, actions de commandos, etc...)

Ces confusions, où la transgression de la règle commune est justifiée dès sa constatation par l’énoncé d’une injustice abusivement transcendée en culpabilité sociale, effacent peu à peu la notion même d’un ordre social quel qu’il soit. La transformation injustifiée de régions en nations alors que l’observation quotidienne dément la validité-même de l’argumentation, permet ainsi la transformation des crimes les plus évidents en "actes de résistance". Les assassins vulgaires sont anoblis en "nationalistes", les "rackets", en impôts révolutionnaires, tandis que l’Etat, régulièrement constitué pourtant, n’est plus qu’une puissance colonisatrice dont les subventions ne sont plus que le juste remboursement d’exactions séculaires.

Les impostures, enfin .

Elles sont devenues tellement communes, qu’il devient quasiment impossible d’en donner une énumération exhaustive. Communes et banalisées. Le mythe, par exemple, de l’école libératrice, publique, gratuite, laïque et obligatoire : nous sommes à la veille de la rentrée et déjà nous apprenons que pour entrer au cours préparatoire, le montant des fournitures scolaires atteint des montants astronomiques. Au lieu de se poser quelques questions quant aux conditions optimales de l’acquisition des outils d’intégration sociale que sont la lecture, l’écriture, les "quat’-z-opérations" sur les nombres entiers et les fractions, les éléments quotidiens de la grammaire, nous alignons le prix de l’idiosyncrasie d’une bureaucratie prétendument pédagogique où la couleur et le calibre des classeurs et stylos à bille l’emportent sur toute autre considération.

Et puisque nous en sommes aux mythes, visitons celui de la pêche, cette activité si chère au citoyen français qu’il n’hésite pas à "tremper un fil" le jour-même où le destin futur du pays est en jeu, préférant s’abstenir que de manquer l’ouverture. Et bien, le smicard devra payer une somme pour lui diablement importante (de l’ordre de 500 FF, quasiment 80 euros) pour acheter cette année le droit de pêcher au coup et au lancer. Il faudra ensuite qu’il s’achète le matériel nécessaire. Pour faire bonne mesure, pensons à son casse-croûte. S’il considère avec certains que le bœuf français, accommodé par Mac Donald’s et accompagné de frites taillées dans des pommes de terre tout aussi nationales, est la manifestation éclatante des méfaits de la mondialisation, il pourra sans problèmes se tailler des sandwiches dans du pain au levain beurré de beurre des Charentes et consolidé au Roquefort millésimé de chez monsieur J. Bové, dans la mesure, bien sûr, où le contenu de son porte monnaie, déjà obéré par le prix de son permis de pêche, le lui permette !

La Société ? Ce responsable collectif et anonyme, désincarné, de toutes les turpitudes réelles ou supposées comme de tous les manquements et errements individuels sans que jamais personne ne fasse remarquer cette vérité élémentaire si évidente qu’elle en est devenue invisible : qu’est-ce que la Société sinon le groupe que nous avons constitué dans le but de vivre mieux ? La démocratie enfin, le mythe majeur que les faits quotidiens mettent constamment à mal. Inutile même de chercher des exemples car il n’est pas d’intervention de la puissance publique dont la conséquence ne se traduise par une dépossession civique. Citons pêle-mêle l’interprétation souvent abusive des lois et règlements en vigueur, le rétrécissement de l’étendue des pouvoirs locaux et régionaux par l’étranglement financier, l’intervention permanente de l’Etat dans l’univers contractuel, le refus répété, par négligence, par incompétence ou délibéré, nous ne saurons jamais, de l’administration d’appliquer les lois par elle-même proposées au vote des représentants de la nation au prix parfois d’astreintes financières dont le citoyen aura à régler la note, etc...

MAIS A QUOI BON ?

Trêve de plaisanteries, qu’il s’agisse des billevesées sémantiques par lesquelles nous avons commencé ou de falsifications plus profondes, il y a lieu de se poser la question de "l’à quoi ça sert ?" de ces comportements. Remarquons d’abord qu’ils ont quelques caractères communs. En particulier de lisser l’existence quotidienne, d’une part, et de banaliser des actes qui mettent en cause l’existence même du groupe, d’autre part. Lisser l’existence quotidienne, en gommer toutes les aspérités, c’est vouloir donner l’impression au quidam, vous et moi, que son existence est dorénavant contrôlable. Plus de soucis, plus de drames, la mort elle-même a disparu du paysage, mais et surtout, plus de responsabilités. Il n’est plus d’incident, d’accident, qui n’aient une cause extérieure. Nous avons retrouvé un monde d’innocence où chacun, quand il est victime, peut aisément trouver l’autre, ou les autres, responsables de son malheur.

Vous roulez à une vitesse excessive et vous terminez dans un platane ? Inqualifiable agression par un platane qui, jugé, condamné, est abattu sur l’heure. Si cet acte de justice élémentaire ne redonne pas une vie, il donnera au souvenir de l’imprudent, le statut d’une victime du sort.

Vous slalomez sur l’autoroute ou le périphérique, vous brûlez vifs une femme et ses trois enfants ? Détail, vous avez confondu une voie de grande circulation avec un circuit de course automobile : pour défaut de vision, il vous faudra attendre quelques mois avant de recommencer.

Vous vous installez par menace d’orage sous des arbres, la foudre tombe et vous mourrez ? Le coupable sans aucun doute est l’organisateur du spectacle, le maire, le commissaire de police, éventuellement la météo, voire le sylviculteur : tous, ou l’un d’entre eux, auraient dû vous interdire de vous y rendre !

Cet assassin-braqueur dont on nous dit à la fois, et successivement, qu’il ne cesse de pleurer depuis "l’événement" et qu’il a été quasiment forcé de tuer parce qu’il avait des "ennuis d’argent" devient l’archétype du bandit irresponsable, condamné par sa situation même à devenir criminel. Bref, une victime des circonstances ! C’est tout juste si l’on ne soupçonne pas de complicité, les malheureuses et vraies victimes.

La Bourse baisse ? Il est clair que les spéculateurs de tout poil, les fonds de pension étrangers qui manipulent la conjoncture, sont à l’origine de la récession. Ciel ! Récession ? Vous êtes fous, juste un trou d’air sans importance réelle, quelques mois de difficultés tout au plus !

Les entreprise, grandes ou petites, "réduisent la voilure", en fait, se restructurent, licencient quand elles ne déposent pas leur bilan ? Les responsables ? Bien évidemment, des actionnaires assoiffés de profit qui cherchent à optimiser le retour sur investissement en jetant à la rue un personnel irresponsable. Qui, pourtant, s’est posé la question de la suite de circonstances qui conduisent à la catastrophe brusquement découverte ? Est-il possible de croire aujourd’hui que les responsabilités des dysfonctionnements des entreprises ne reposent que sur les épaules des seuls dirigeants ?

Quoi de commun entre les éléments de cette énumération ? Tous relèvent de responsabilités individuelles que le langage efface par une dénonciation de la collectivité ou des circonstances, ce qui revient d’ailleurs au même. Quelle que soit la situation, il n’existe plus que d’innocentes victimes ! Dans ce monde où le vraisemblable remplace le vrai, la description de l’univers quotidien est devenue théorique. Les choses ne sont plus ce qu’elles sont, elles ont été remplacées par ce qu’elles devraient être. Tous les jours, aussi bien ceux qui nous dirigent que les médias qui sont supposés nous rendre compte de leurs décisions, s’attachent à "dédramatiser", comme ils disent. Comme ce pilote espagnol qui comptait décoller alors qu’une fuite de kérosène inondait la piste sous une des ailes de son engin. Peut-être que sans le précédent du Concorde, il aurait fini par persuader ses passagers de sa supériorité technique face à leur incompétence. Après tout, ki-ceti-ki-pilotici ?

ENTRE L’ÉTAT DE LA MORT ET LA MORT DE L’ÉTAT

Et cela commence par la manière de dire, par la manière d’exprimer. Affadir l’expression, c’est déjà déresponsabiliser. Banaliser le crime, c’est déjà effacer son horreur. Inventer une logique de l’affrontement, c’est fabriquer un monde de zombies. Chacun, dans l’incapacité de se prendre en charge, est déjà la proie de l’autre. Cette irresponsabilité collective, individuellement fabriquée, donne à l’Etat tutélaire la responsabilité de toutes les réussites. Celle des échecs sera assumée par des "on", des "eux", des "ils", autant d’anonymes qui permettent d ’échapper à toute authenticité. A cet égard, "l’horreur économique" est un modèle du genre : tout y est, l’incompétence, la stupidité, l’apparente information-choc, les contrevérités (pires que le mensonge car elles affichent un caractère vraisemblable). Le vrai est haïssable car il nous renvoie sans cesse à nous-mêmes.

Et ces constructions sémantiques, des plus fantaisistes aux plus irréelles, nées de nos aveuglements, auxquelles notre refus permanent d’assumer nos responsabilités ouvre un champ sans limites. Irresponsables par paresse et par lâcheté, notre organisation sociale nous absous en inventant le mythe des libertés publiques. Chacune d’entre elles, pourtant, n’existe que suite à la suppression d’une liberté individuelle. A chaque règlement collectif, nous abandonnons une parcelle du pouvoir déjà réduit dont nous jouissons pour diriger nos destinées.

Sur le fond d’idéologies bizarres, confuses et souvent contradictoires qui reposent sur des postulats incohérents, nous substituons à un monde fondé sur les désirs et les besoins individuels, un univers où règne l’harmonie de l’uniformité. Ainsi, avec Rousseau, nous clamons que l’Homme est bon et que seule la Société le rend mauvais. Mais, avec le même élan, nous condamnons tous nos désirs dont l’animalité est haïssable. Selon les différents cas de figures, le bien et le mal, pardon, le Bien et le Mal, prennent des caractères différents et les moralistes nous plongent dans un tourbillon de contradictions et d’incertitudes. Nous y demeurons, prisonniers de nos langages, de nos locutions, soumis à la dictature de "leaders d’opinion" qui s’arrogent le monopole de la pensée.

Peu à peu, le langage nous modèle en stéréotypant nos regards. De la peur de l’autre à la peur de ce qui est différent, nouveau et souvent inattendu, en passant par la peur de la connaissance, nous nous réfugions dans l’immobilisme et le refus de l’évolution. Cette négation du mouvement nous conduit à réagir en suivant des chemins depuis longtemps inappropriés. Plutôt que d’analyser des situations nouvelles, nous nous tournons vers le passé en recherchant des analogies. C’est ainsi, par exemple, qu’il y a maintenant plus de dix ans, nous avons assimilé Saddam Hussein à Adolf Hitler, l’Iraq à l’Allemagne nazie et le Koweit, à la Tchécoslovaquie. Un million d’enfants morts plis tard, les bombardiers anglo-américains continuent à pilonner la seule nation du Moyen-Orient dont la pétrole ne servait pas à l’achat de Rolls mais à construire des écoles et à "fabriquer" enseignants, ingénieurs et médecins. Aux yeux de la rue arabe, nous apparaissons aujourd’hui comme des ennemis de l’émancipation des peuples dès lors qu’ils abandonnent notre tutelle.

Notre veulerie sémantique où des assassins vulgaires deviennent d’innocentes victimes des circonstances, où la Société sert de cache misère à nos aveuglements, n’est plus que le masque commode de notre incapacité sociale. Depuis la nuit des temps, nommer un acte, un événement, un objet, un sentiment, c’est leur donner existence. L’obstination avec laquelle nous nous employons de manière permanente à gommer la brutalité, la verdeur et la précision du langage se traduit dans les faits par une négation de l’individu, une stérilisation de son être, une dissolution de sa différence. La théorisation du monde exige l’uniformité des hommes.

Nous nous défendons comme nous pouvons en tentant de faire revivre des dialectes régionaux, des patois même, que nous élevons (encore une déviation sémantique) au rang de langues, en réinventant des parlers particuliers : aujourd’hui le verlan, pourquoi pas le louchebem, demain ! Mais cette lutte pour regagner des identités individuelles ne manque pas de se développer au prix de la négation du concept national. L’amalgame entre le centralisme jacobin, le "prêt-à-penser", "politiquement correct", la pratique généralisée du "jeunisme(?)" et la poursuite de la modernité (c’est-à-dire de l’absence totale de retenue) conduisent immanquablement à la dissolution du groupe. Les revendications d’une transformation sociale dont les fondations seraient multiculturelles, multiethniques ne peuvent déboucher que sur des structures de nature féodale même si le seigneur en serait collectif. A chaque unité territoriale sa langue, son cortège de lois et de règlements, sa monnaie et sa politique étrangère, jusqu’à l’apparition probable d’un, ou d’une dynastie de, rassembleur(s) ou d’une communauté plus agressive !

Oui, le laxisme linguistique est, à la fois, un premier pas vers la dissolution de la communauté nationale et la tentation de la démission individuelle en échange d’une prise en charge de tous les instants. La langue, comme le travail, est un ciment social. Tout ce qui l’appauvrit, appauvrit le groupe dont le constituant essentiel est l’individu. La richesse du langage est la clef de la richesse individuelle. Elle en permet l’expression.

Dans ces conditions, le premier pas vers un renouveau social ne serait-il pas la reconquête de la langue par chaque individu ?

Alors, vive le Nouveau Certificat d’études primaires, première étape de la citoyenneté réinventée ?

Qu’en pensez-vous ?


jeudi 12 février 2009 (Date de rédaction antérieure : septembre 2001).