La République et les terroristes

(Nous savons pleurer, saurons-nous nous battre ?)

"Quand le sage désigne la lune, l’imbécile regarde le doigt !" Rarement proverbe, chinois en l’occurrence, ne s’applique avec autant de pertinence à la description de la lutte antiterroriste. telle qu’elle est envisagée par la fine fleur de l’ENA qui nous fait l’honneur de nous gouverner.

Mais cette guerre n’est pas qu’interne surtout pas d’une signification unique. Sous une autre forme, elle se poursuit dans un cadre qui pourrait rappeler ces bonnes guerres d’autrefois où des soldats se mesuraient à d’autres soldats. Dans le cas présent les objectifs sont différents, les armes mêmes sont autrement utilisées. Mais laissons cet aspect… nous y reviendrons une autre fois car plus encore que celle que nous subissons aujourd’hui sur le sol national, elle exprime une vision d’avenir, traduite en stratégie et matérialisée en tactique qu’il y a lieu d’analyser avec attention selon d’autres lectures que nos lectures traditionnelles.


Les "Humeurs stratégiques" ne sont pas spécialement dédiées aux diverses manières de gérer des situations de guerre, mais elles ont prouvé, souvent, qu’elles n’étaient pas dénuées de bon sens. Certes, la littérature consacrée aux guerres de partisans couvre les étagères de nombreuses bibliothèques civiles ou militaires, mais voilà ben longtemps que l’Occident n’a pas connu ce genre de configuration : la guerre de religions. La dernière que nous ayons vécue et qui opposa catholiques et protestants n’est pas une référence pertinente car elle ne mettait pas en opposition des zélotes de civilisations différentes. A dire vrai, les aventures stoppées à Poitiers, poursuivies en Espagne par Isabelle la Catholique et terminées par la prise d’Alger dans les années trente (du dix-neuvième siècle) bien que fondées religieusement n’offrent aucune ressemblance, même lointaine, avec la situation actuelle.

Cette situation est nouvelle. Jusque là le terrorisme était une arme maniée par des groupes d’inspiration matérialiste : participation à un conflit d’envergure plus large en Espagne et en Russie au cours des guerres napoléoniennes, en Europe et en Extrême-Orient pendant la seconde guerre mondiale, et plus récemment en Chine, en Indochine et en Afrique du Nord, en liaison ou pas avec les Etats-majors d’armées régulières. Et les enseignements qui auraient pu (au fait, l’ont-ils réellement été ?) être tirés de ces passés-là, ne portent guère d’informations utilisables en l’état.

Alors, ce bon sens, si souvent décrié et méprisé, que nous apporte-t-il ?

LE SCENARIO, LES ACTEURS ET LE DECOR

Il semble, mais qui peut en être sûr, que l’attentat récent dont Nice a été le théâtre, les niçois et les visiteurs, les victimes, a secoué nos indifférences et notre mouvement naturel de compassion. Certes la logomachie officielle véhiculée par l’appareil d’Etat et sa cohorte de spécialistes des choses du cerveau dont le seul objet est de nous détourner de la réalité, insiste, encore et toujours, sur les présupposés psychologiques et les déviances du terroriste. Les victimes sont là pourtant bien réelles et au delà de toutes les spéculations. Peu importe si le tueur était psychiquement instable, le soin avec lequel il a monté son massacre et sa précision dans le "passage à l’acte" (des termes qui devraient être interdits de langue surtout quand le résultat s’exprime en centaines de victimes, morts, blessés et traumatisés) est en tout état de cause l’expression matérielle d’une tête bien faite et opérationnelle. Cessons alors de vaticiner sur sa personnalité ou, pour le moins, sur cet aspect-là de sa personnalité.

Ah que n’entendons-nous pas depuis le drame, l’accumulation des pleurs, les dissertations sue la nature pathologique de l’opération, les discours sur le renforcement de la sécurité, la reconduction de l’Etat d’urgence, des propositions de centres de rétention, etc. A en ressentir une envie de tout balayer. L’horreur et le dégoût, et une colère, de plus en plus violemment exprimés contre ces dirigeants que nous sentons dépassés, impuissants, incapables même.

Alors et si nous partions de nos frères et sœurs allongés sur le trottoir ?

Le scenario ? Nous en connaissons tous à présent les grandes lignes et pourtant officiellement personne ne nous en parle. Le scenario qui nous est offert est celui de notre destruction. Point à la ligne. Il ne s’agit pas de nous convertir, le but est de nous empêcher de vivre à tous les sens du terme, y compris le plus excessif, nous tuer. Pas de palabres, pas de négociations possibles, la mort où l’adversaire utilise une arme absolue, sa propre vie.

Les acteurs  ? Les adeptes d’une certaine lecture de l’Islam, en fait une chaîne à laquelle sont mêlés les Waabistes, les Salafistes, les Frères musulmans. Une bouillie dont tous les ingrédients pris un à un ne sont pas obligatoirement mortels, mais dont l’association, sinon le mélange, porte la destruction de notre société via la mort de ses membres.

Le décor ? Ici là, ailleurs, partout !

Et dans cette analyse que le bon sens et nos yeux nous décrivent, un grand absent. Oui, un absent de tous les discours officiels comme des analyses de spécialistes dont les médias nous abreuvent jusqu’à nous en écœurer. Un absent ? Mais qui donc ? Le peuple tout simplement, vous et moi, auquel la vulgate n’offre qu’un seul rôle, celui de figurant et de réservoir à victimes !

La guerre ! Et nous ne le répéterons jamais assez, nous sommes en guerre. Et la guerre, quelle que soit sa forme, son objectif, la nature du combat, les armes mises en œuvre et l’action des combattants, ne peut se mener en dehors du peuple. L’action peut être menée par des professionnels aussi compétents et dévoués soient-ils, aussi prêts qu’ils le sont, et ils le montrent chaque jour, à jeter leur vie dans la lutte, elle ne sera victorieuse qu’en s’appuyant de manière permanente sur les éléments du milieu qui en est le théâtre, nous !

[Evidemment, il est facile aujourd’hui de pointer ce qui n’aurait dû échapper à quiconque justement "armé" de vigilance. Ainsi, par exemple, en revenant sur ce 11 septembre dont le souvenir brûle la mémoire des citoyens des Etats-Unis. Est-il imaginable que dans un climat de vigilance où l’alarme aurait été donnée, les démarches si particulières des commandos de tueurs –des leçons de pilotage où seuls étaient recherchés les savoirs relatifs au décollage et au pilotage (quid de l’atterrissage ?), payées en liquide- et mille autres détails parfaitement imperceptibles en l’absence d’alerte générale, n’auraient pas été relevées. Pensez-vous que, toujours dans ce même climat de vigilance, un quidam loueur de camion, jette son dévolu sur un bahut de 17 ou 19 tonnes sous prétexte de son déménagement serait passé inaperçu ? De quoi vider un garde-meubles. Bizarre, non ? Surtout qu’en fin de location, le camion n’est pas ramené à l’heure dite. Un coup de fil à l’autorité policière aurait dans l’instant décelé une anomalie. Et voilà que l’enquête post-attentat révèle que ce "loup solitaire récemment radicalisé" semble avoir minutieusement préparé son action et qu’il a bénéficié de complicités. On peut espérer que les médias seront à l’avenir plus circonspects dans leurs commentaires. En tout état de cause, une vigilance citoyenne n’aurait-elle pas pu permettre de le repérer au cours de ses préparatifs  ?]

Qui mieux que chacun, chacune, d’entre nous, munis de nos regards et de nos oreilles, éveillés par le devoir de vigilance sont mieux armés pour déceler et démasquer l’ennemi. Une fois encore, la promptitude des enquêteurs, leur professionnalisme permettent d’imaginer ce que leurs interventions pourraient être si elles étaient soutenues par, appuyées sur, la mobilisation citoyenne.

La vigilance proposée, la prudence réfléchie, la conscience prise de la réalité de la situation, des explications claires et honnêtes sur la nature du danger, autant de considérations que tout gouvernement républicain, respectueux des citoyens se devrait d’apporter à celles et ceux qui l’ont porté au pouvoir.

La mutité de la caste gouvernante est déjà une déclaration de mépris. Un jour ou l’autre, ce silence jettera sur la pavé des foules incontrôlables qui effaceront des années d’impuissance par un chaos insurrectionnel.

L’ENNEMI

En toutes circonstances, le langage est un révélateur. A cet égard le vocabulaire des gouvernants, des représentants du peuple, des commentateurs et de la cohorte de spécialistes qui ont envahi les médias est d’une rare simplicité. Des individus, hommes et femmes de tous âges se "radicalisent" sur la base de "lavages de cerveaux" dont l’effet est dévastateur sur un public psychiquement faible, souvent détraqué. L’idée que ces hommes et ces femmes, ces enfants n’hésitent pas à mourir pour accomplir une "mission" sans être victimes d’une faiblesse mentale, ne semble même pas effleurer la pensée de cette "élite" qui nous gouverne. Toute analyse d’un adversaire doit se construire sur le respect de ses choix même si ses comportements heurtent au plus profond "nos" choix, "nos" croyances, "nos" modes de vie et de pensée. Saisir la réalité du danger, même et surtout, les motivations affichées qui nous paraissent incompréhensibles, implique des réactions qui ne se bornent pas à de bonnes paroles et à un renforcement de la présence des forces de l’ordre dans la rue. Des militants radicalisés ? Etaient-ils radicalisés, les premiers résistants qui attaquaient l’ennemi avec des fusils de chasse ou des lebels antiques ? Quand cessera-t-on de pratiquer ce langage infantilisant où les autorités, le chef de l’Etat lui-même, ne parlent que de "nous" protéger ? Prend-on à ce point des citoyens majeurs et disciplinés pour des crétins congénitaux tout de suite précipités dans la panique au moindre incident ? Pourquoi cette armée de psychologues, souvent autoproclamés, semble-t-elle ignorer que la panique naît toujours du manque ’informations et d’in sentiment d’impuissance ?

Des soldats, décidés à tuer et dont la vie sacrifiée est la première des armes, sont à peu près assurés de la réussite de leur action. Le problème se pose alors aussi en des termes simples, sinon simplistes : eux ou nous ! Les éliminer après un acte, assister à leur auto élimination, comme cela se passe le plus souvent, sont des défaites, les nôtres, pas les leurs. Lutter contre ce type de guerre, c’est rechercher à tout prix, l’élimination préalable.

Parler vrai, désigner l’ennemi, expliciter la réalité du danger qui nous menace ainsi que sa probable durée, relever les caractères particuliers à cette autre manière de mener une guerre, c’est faire appel aussi bien à l’instinct de conservation de chacun et de chacune qu’à la prise de conscience individuelle et collective qu’au delà des personnes et du groupe, c’est toute notre société qui est attaquée.

Si tous les pratiquants de l’Islam ne sont pas des ennemis en puissance, l’expérience montre que tous ces soldats se réclament peu ou prou de motifs religieux. Une première série de démarches consiste donc à mettre nos compatriotes se réclamant de l’Islam à l’abri d’une colère incontrôlable. Comment ? En commençant par appliquer scrupuleusement et sans faiblesse la loi de 1905 qui met le fonctionnement de la société à l’abri de toute ingérence religieuse et renvoie la pratique à l’intimité des êtres et des familles. En exigeant ensuite de la communauté considérée qu’elle s’organise et en créant, autoritairement s’il le faut (le Premier consul nous en a montré l’essentiel), une véritable représentation nationale de la pratique religieuse. Il ne suffit pas d’en appeler à l’unité nationale, encore faut-il lui donner des règles strictes, nationalité des capitaux, nationalité des imams, etc. …..

Dire le réel ! Ne pas enfumer le citoyen, voire le résident, en se lançant avec célérité (les médias comme les autorités) dans des considérations sans fondements sur la nature de la "radicalisation TGV" d’un individu qui, à peine éliminé, est déjà présenté comme un malade mental, quitte à être démentis dès les premiers moments de l’enquête ! Oui, dire le réel de cette guerre qui fait du hasard une nécessité en transformant le moindre objet en arme, de la pierre jetée, au camion lancé sur la foule en passant par tous les intermédiaires auxquels une imagination passionnée peut recourir.

L’inadaptation de la législation judiciaire et des coutumes de l’appareil, une conception erronée de la notion des droits de l’homme continuent d’ignorer ces nouvelles conditions de la guerre. Aux yeux de la justice, nos ennemis ne sont que des "délinquants" qui dépasseraient des limites généralement reconnues par la pègre des temps de paix. Aussi, la complicité relève de la Correctionnelle, l’attentat lui-même relève de la police judiciaire et d’un lourd système dont le couronnement est un procès aux Assises après des années d’instruction. Le tout bien évidemment accompagné de toutes les dispositions qui encadrent l’action de forces de l’ordre dans un contexte de paix. En gros, des lance-pierres et des sommations humanistes face à des tueurs décidés bien au delà de la déchéance de nationalité et des butins de hold-up.

Le complément naturel du réveil citoyen est un appareil parfaitement au point de lecture des renseignements apportés. Oui, bien évidemment, il y aura des bavures, des dénonciations abusives et des erreurs d’appréciation, mais le propre d’une organisation compétente est aussi de savoir trier. A tout prendre, enfin, il vaut mieux subir quelques heures de garde à vue que de laisser passer un signalement dont la négligence se traduirait par d’autres morts.

DES MESURES, SANS DOUTE PARMI BIEN AUTRES

Toute démarche devra tenir compte à toutes les étapes de son développement d’une vérité première et fondamentale : EUX ou NOUS.

Du ressort de la puissance publique :

• Création d’une Agence centrale de lutte antiterroriste qui dirigera le recueil et la gestion de toutes les informations relatives à cette guerre si particulière. Emanation des services civils et militaires de renseignements, cette agence aura toute autorité sur les services actifs dont elle coordonnera les actions. Agence placée sous la surveillance permanente d’une commission restreinte et représentative des élus nationaux. Et n’oublions jamais : Eux ou Nous.

• Simultanément le Parlement devra déclarer l’état de guerre et voter un ensemble de mesures permettant à l’agence ci-dessus citée d’accomplir véritablement sa mission. . Bref, inventer ; produire et mettre en œuvre les instruments nécessaires (dispositifs judiciaires, poursuites des individus suspectés, corps de magistrats militaires, délais de garde à vue) à la poursuite d’une guerre d’un type nouveau où l’ennemi n’est pas un délinquant mais un tueur opérant seul ou en groupe. Une législation, des moyens humains et matériels, une détermination sans faille. Il faudra sans doute rétablir un appareil de justice spécialisé et remettre en service les méthodes d’emprisonnement d’autrefois, notamment l’incarcération en forteresse. Niant l’expression des Droits de l’Homme, l’adversaire doit être traité avec le même mépris des usages. Un individu, des groupes d’individus qui s’excluent de la communauté ne sont pas justiciables dans le cadre de la communauté. A comportement d’exception, répression d’exception. Et n’oublions jamais : Eux ou Nous.

• L’état de guerre déclaré, l’ensemble des citoyens est, ipso facto, mobilisé. L’ennemi étant, alors, clairement désigné, le devoir de chaque citoyen est d’être un agent conscient et attentif de la communauté nationale. A cet effet, l’Agence de lutte antiterroriste diffusera un certain nombre de consignes, simples et suffisamment générales pour que chacun, chacune puissent s’insérer au mieux dans le dispositif de lutte. Mais il ne suffit pas d’être les yeux et les oreilles complémentaires des forces d’intervention : les retraités capables de participer à un tri préliminaires des informations viendront renforcer les équipes spécialisées. Et n’oublions jamais : Eux ou Nous.

• Appliquer fermement la règle et l’esprit de la loi de 1905 sur la séparation de la religion et de l’Etat : seront rigoureusement interdits tous les signes de reconnaissance, vêtements particuliers, pendentifs etc. Les locaux à usage religieux ouverts dans les lieux communs tels que les écoles, les parcs, les passages publics ou les entreprises seront supprimés. Toute transgression sera réprimée sévèrement, sa répétition pouvant entraîner l’expulsion du territoire. Parallèlement, les origines et le fonctionnement des lieux de culte seront périodiquement examinés. Comme cela fut le cas dans le passé où le clergé catholique s’est battu pour l’autonomie nationale, il faut être clair : l’Islam sera français où il sera proscrit. Finies les sectes et les lectures plus ou moins anarchiques du Livre, expulsés les imams autoproclamés et autres prêcheurs de la Guerre sainte, contrôlée, enfin, l’origine des fonds associatifs ainsi que leur destination. Et n’oublions jamais : Eux ou Nous.

• Créer, enfin, un enseignement universitaire de "docteurs de la foi" avec l’accord et la participation des représentants authentiques et des spécialistes de l’Islam. Ce cursus sera consacré à la fois à un enseignement de l’Islam originel en vue du ministère et de sa compatibilité avec les lois et l’esprit de la République laïque, une et indivisible. Et n’oublions jamais : Eux ou Nous.

• Sur le plan européen ? Comme il n’y a pas grand chose à attendre de la CEE, il faut opérer en multipliant des accords bilatéraux entre services de renseignements et forces d’intervention traduits par une plateforme commune des agences nationales de lutte antiterroriste sur le schéma "interpol". Et n’oublions jamais : Eux ou Nous.

Comment financer ? Une contribution exceptionnelle et explicite dont le produit sera directement alloué à l’Agence de lutte contre le terrorisme. Son montant ? Un euro par jour et par personne prélevé sur tous les revenus, salaires, dividendes, placements divers, tout versement de type social, aides diverses publiques ou privées, allocations de chô-mage, etc., retraites. Les étrangers de passage paieront à la sortie du territoire.

Sans doute, l’expérience nous suggèrera d’autres mesures, d’autres comportements, d’autres organisations mais la mise en œuvre des quelques remarques précédentes constituera un bon début.

Qu’en pensez-vous ?

Romain JACOUD
Août 2016


lundi 1er août 2016, par Romain Jacoud (Date de rédaction antérieure : 1er août 2016).